mardi 1 novembre 2016

L'atelier d'écriture n°235 de Leiloona : L'inspiration d'un artiste par un rugueux crépuscules d'hiver...

Sylvestre marche sur des terres inconnues, dans les méandres poétiques de son esprit torturé. Il s'arrête parfois, sous un lampadaire qui déverse encore sa lueur tiède dans le crépuscule de ce matin d'hiver. De là, il griffonne sur son vieux carnet noirci par les années. Des idées, des personnes, des paysages, mais rien de bien concret. Finalement, il range son carnet et, dans un soupir, reprend sa marche lugubre, funambule de la nuit. Il déambule des rues obscures, où les pavés mouillés crissent sous ses chaussures de cuir. Arrivé à l'entrée d'un chemin boisé, il s'arrête. Les arbres, silhouettes inquiétantes, maîtres de la forêt, s'offrent à son regard rêveur. Il tente une fois de plus, de puiser l'inspiration tant vénérée dans ce paysage mystérieux. Alors, qu'il allait abandonner, et s'en retourner chez lui, se faire couler un bain chaud, il la voit. Elle se balade, fée de la nuit, tout droit sortie du fin fond de l'obscurité. Elle joue avec lui, tente de se dissimuler derrière les troncs des arbres couleur ciel. Elle trébuche, se relève, rit de bon coeur. Son corps nue se faufile délicatement entre les cimes, jusqu'à arriver devant lui. Sylvestre la détaille, ébahi, de la tête au pied. Ses courbes s'inscrivent dans son esprit, il retient le moindre détail de cette apparition aussi sublime qu'inespérée. Soudain, une sensation de chaleur le traverse, une chaleur si forte que des gouttelettes d'eau salée perlent sur son front luisant. Il doit la peindre. Son esprit, son corps est dévoué à cette femme, il faut qu'il la peigne. Il entend déjà l'appel des pinceaux, il voit la toile terminée, fignolée par ses soins. Il regarde les critiques s'extasier devant la beauté de cette créature, une beauté presque électrisante, qui attire le regard et réchauffe les coeurs cabossés. Alors Sylvestre se précipite, dévale les rues, saute au-dessus des clochards ronflant, vole au-dessus des maisons, transperce les murs d'argile. Il ne prend pas la peine de retirer ses souliers crottés, et cavale jusqu'à son atelier. Il n'en ressortira que le lendemain, épuisé, mais heureux. Après un décrassage et quelques tasses de café, l'artiste se dirige vers sa chambre à coucher. Il s'assoit sur son lit. Attend. Et la voit, pour la seconde fois. La même sensation de chaleur le reprend, il se laisse bercer par sa voix cristalline. Il s'allonge, contemple le plafond, porte un regard acerbe sur sa vie, sur son oeuvre. Il sait maintenant que ce n'est pas qu'une apparition, ni le songe d'une nuit enchantée. Elle porte un nom mélodieux, doux, fin, qui interpelle, qui ne peut vous laisser indifférent : Adélaïde. Elle est artiste peintre, il l'aime, elle ne le connaît pas, il veut la retrouver. Dix ans plus tard, ils seront mariés.



Ce texte a été écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona. La photo a été prise par (c) Vincent Héquet.

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