lundi 17 septembre 2018

Le Gouffre de Rolland Auda

Auteur : Rolland Auda

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 512 pages

Année de sortie : 2018





Lorsque Saïd, 17 ans, se rend en plein hiver à Maleroque, un village des Alpes, ce n’est pas simplement pour pratiquer sa passion, la spéléologie. C’est aussi pour aller passer quelques jours dans la maison de son grand-père qui vient de mourir : Hans, dit Jean des Loups, célèbre écrivain.


Mais Saïd se rendra vite compte que les sorciers et les monstres ne hantent pas que les histoires à succès de son grand-père, et qu’il est très attendu.

Que veut-on de lui ? Qui est ce mystérieux Sourcier, dont les créatures de fumée surgissent des entrailles de la Forêt Chantante ? Une chose est sûre: pour s’en sortir, Saïd devra affronter bien plus que ses propres démons.







Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Ce n'était vraiment pas le roman qui me tentait le plus dans les nouveaux Sarbacane de cette année 2018. Déjà, je n'ai jamais lu aucun des romans de Rolland Auda avant celui-ci (oui tuez-moi, évidemment que vous pouvez). Ensuite, le thème, le genre du récit, qui ne sont clairement pas mes goûts, ne jouaient clairement pas en faveur de ce bouquin. Pourtant, beaucoup de critiques positives sur différents sites m'ont peu à peu motivé à le découvrir, puis finalement bah... Demande à la maison d'édition. Lecture. Extra. 








"Règle n°3 : Les joueurs ne doivent pas parler du jeu, ni entre eux ni à des inconnus." 


J'ai un peu discuté avec certains lecteurs de cette histoire, et on m'avait prévenu : tu vas être absorbé par ce gouffre, et tu n'en ressortiras pas sans quelques égratignures cérébrales. Et… Tout ça s'est avéré vrai. Vrai de chez vrai même, et vous affirmer que mon esprit est retourné comme si j'étais passé dans le tambour d'une machine à laver serait un euphémisme (les cours de L, alala...). Evidemment, j'ai commencé ma lecture sans aucune réelle indication, si l'on excepte les quelques critiques lues sur le tas. Dès les premières lignes, l'atmosphère vous prend aux tripes. Le lecteur est plongé au coeur des montagnes, dans un petit village intitulé Maleroque, complètement isolé, au milieu des vacances de février. L'ambiance est posée, l'auteur la gère parfaitement, avec des descriptions très réalistes et une plume empreinte d'une certaine froideur. Lu au beau milieu du mois d'Aout, il fût une sorte de glace délicieuse que l'on prend le temps de savourer, mais je pense qu'une relecture aux alentours de noël n'est pas à exclure, pour une immersion encore plus totale. L'histoire... Je tarde un peu à vous en parler, car celle-ci... Est assez particulière. Pour tout vous dire, même un bon moment après ma lecture, certains aspects, détails de celle-ci restent encore assez flous pour moi. Le lecteur se retrouve donc plongé dans un sombre combat, un jeux dont les frontières sont très difficiles à cerner, malgré quelques règles de base qui nous sont dévoilées dès le prologue. Rolland Auda a beaucoup joué avec moi. Me mettre sur une piste, dévoiler un indice supplémentaire qui sert de contre-hypothèse, puis encore une petite phrase qui nous fait douter... Le tout se déroule sur un laps de temps très court (du 24 février au 1er mars) et la multitude de personnages qui composent cette oeuvre font qu'il y a souvent plusieurs actions simultanées, que le romancier prend plaisir à stopper pour repartir sur quelque chose de complètement différent, avant d'y revenir plusieurs dizaines de pages plus loin. Lecture rapide et addictive, on s'en doute. Le roman au complet est comme un immense puzzle, dont on ne connaît pas le motif, mais dont les pièces s'assemblent peu à peu jusqu'au tableau final. Et quel tableau... J'ai juste adoré. J'ai trouvé ça très intéressant, original, avec du suspens, de l'action, des révélations. Quelque chose de vraiment prenant, avec un soupçon d'émotions pour polir le tout. Un réussite absolu




"Aucune envie de passer pour un dingue- ou une bête curieuse, sentiment qu'il connaissait au fond depuis un peu près toujours." 


Comme spécifié au-dessus, ce roman compte beaucoup de personnages (j'en compte un peu plus d'une vingtaine). Evidemment, il y en a que l'on voit beaucoup plus que d'autres, qui font à peine une apparition ou deux. Le personnage principal de cette histoire est Saïd, un jeune homme narcoleptique un peu naïf mais très attachant et intelligent. Je me suis senti très proche de lui à travers tout le roman. En effet, il ne connaît rien de son grand-père et de l'histoire qui le mêle au village, donc il découvre en même temps que nous les indices sur tout ça, ce jeux, son aïeul qui lui était finalement inconnu. Il est aussi perdu que nous à certains moments, on a le coeur qui s'emballe pour lui, on est heureux, triste, en colère pour et avec lui. Je peux affirmer que je pense avoir quasiment toujours compris Saïd, même si évidemment il restera toujours une part d'ombre chez lui. Les autres protagonistes de cette aventure sont tout aussi variés et intéressants. Gros coup de coeur pour Marguerite, une vieille folle qui nous reste sympathique sous ses airs bourrus, et pour Roger (prononcez "Rodgeur") avec ses goûts musicaux et son sourire qui m'aura bien bien fait rire à des moments où l'histoire était emplie par la tension du moment. J'ai eu peur au début de tous les confondre, mais pas du tout. Ils occupent tous une place bien particulière sur l'échiquier de ce roman unique en son genre, avec un caractère et un rôle à prendre. Excellent



"Saïd calla son nez à la vitre, un moineau aperçut le bus et le dit à un écureuil qui le dit à un sanglier qui le dit à un cerf qui le dit à un renard qui le dit à une vipère qui le dit à un mulot qui le garda pour lui." 


Là encore, je l'ai évoqué rapidement dans le premier paragraphe, mais j'ai trouvé dans cette œuvre une écriture très froide, très intéressante puisque cela nous plonge instantanément dans l'histoire et dans une petite bulle pour lire tranquillement. On sent clairement un gros travail derrière tout cela, très pointilleux et précis pour les descriptions des lieux, qui sont je pense imaginés (après quelques recherches). Ceux-ci restent très restreints, le tout pourrait faire penser à un huis-clos aussi bien temporel que dans l'espace. On s'y croirait. Ensuite, on voit clairement une évolution dans l'attitude et la maturité des différents personnages de l'histoire, qui changent en fonction des révélations et autres aventures. Enfin, la fin justement, est comme la cerise sur la gâteau : arrivée en bombe, incroyable visuellement parlant, incroyable pour les personnages, et c'est un point d'orgue pour finir en beauté un petit OVNI très prenant. Un romancier incontournable d'Exprim', je fais devant vous le sermon de m'intéresser au reste de sa bibliographie, après une claque pareille. 


"Un loup grand comme un homme
Un homme grand comme un loup..." 





Un roman incroyable, autant dans l'histoire que dans les personnages ou l'aspect hivernale de la chose. Si vous cherchez une critique avec des points négatifs, ce n'est certainement pas ici que vous la trouverez. Je recommande absolument !

L'atelier d'écriture n°310 de Leiloona : Puzzle Solitaire (3) : Début de journée






Lien du premier texte ici et du second juste .




Ils ne me veulent pas de bien. 

Le mal les habite. 

Traverse leurs entrailles…

Coule dans leurs veines. 

La folie habite leur coeur.

Je nage dans une piscine d'horreur.

Et de souvenirs.

Soudain, la chute

Se fait plus forte, 

Plus puissante 

Dans un matelas

Couverts d'épines mauves.

Mes yeux s'ouvrent. Expiration. Inspiration. Expiration. Inspiration. Je m'assois au bord de mon lit. Une goutte de sueur perle sur ma tempe. Vient s'écraser sur le sol. Quelques rayons lumineux filtrent à travers les lourds battants de bois qui couvrent l'ouverture de ma chambre. A pas de loups, je me diriges vers celle-ci, et ouvre les morceaux de bois. La lumière me transperce la peau, comme des centaines de petites aiguilles qui me piquent, pendant quelques secondes. Un courant froid passe entre mes jambes, et soulève légèrement mes habits, déposés négligemment en tas sur une chaise. Je réprime un bâillement, puis me dirige vers la salle à manger. J'entends au loin les premiers cris d'enfants, mêlés aux aboiements des chiens et aux bruissements des feuilles. Mindi se réveille doucement. En se retournant pour fermer ma porte, je remarque une voiture assez vieille, couleur peau. A l'intérieur, un jeune homme, cheveux courts, en bataille, se frotte de petits yeux couleurs jade. Quelques notes de musique s'échappent par les fenêtre entrouvertes. On peut y deviner les mots pacifique, océan...  Vision assez fantaisiste. Je souris, puis rejoins le salon, en essayant tant bien que mal de tenir debout, malgré une nuit bien courte.

     ******

Dans la cuisine, j'embrasse ma soeur, mon père. Ma mère est déjà partie depuis quelques minutes. Merde. Je me verse négligemment une tasse de lait, puis engloutis mes tartines, avant de retourner et de m'enfermer de nouveau dans ma chambre. J'allume mon ordinateur, une cigarette, et commence à travailler. Textes, instruments. Je gratte quelques accords de "Come as you are" puis quelques notes de piano. Le temps défile vite, ici. Au bout d'une heure, peut-être deux, alors que j'ai perdu toute notion de temps et d'espace, j'entends le ronflement du tracteur de mon père. Je sais qu'il part dans les champs et qu'il ne sera pas de retour avant ce soir. Une aubaine. J'attends encore un peu, peaufinant quelques rimes, puis saute par la fenêtre, et m'éloigne de la ferme. La voiture-peau est toujours au même endroit. Je trouve sa présence réconfortante. En revanche, son occupant a disparu... Je descends, m'enfonce à travers la plaine, un carnet, ma guitare, mes clopes sous le bras. Je prends garde à soigneusement éviter la machine du paternel. Pas envie d'une engueulade supplémentaire. Avenir, agriculture. Des thèmes qui ne me plaisent guère. Je préfère la musique, l'écriture. Grattage des ongles sur la guitare, grattage du stylo sur la feuille. La comparaison me fait sourire. Soudain... Je vois la tour au loin. Je m'approche. Heureux. Une fois à son pied, je tourne quelques secondes, histoire d'avoir en visuel les sept turbines de bois que j'affectionne. Leur mouvement hypnotique, le ronronnement qui s'en dégage. Je suis tombé amoureux de ce lieu la première fois que j'y suis allé. Après une engueulade. Pour changer. Au moment de me poser dans l'herbe, j'aperçois à quelques encablures le jeune homme de la caisse beige. Il chante. A l'air dans ses rêves. Il me tarde de le rejoindre. Je pose mes feuilles devant moi. Loin de Mindi, loin de l'avenir, loin de tout. Je fais un clin d'oeil aux turbines, Puis dans un geste théâtrale, je commence à jouer. Boum. 


Ils ne me veulent pas de bien.                                                                                                                              
Le mal les habite.                                                                                                                                                            
Traverse leurs entrailles…                                                                                                                                              
Coule dans leurs veines.                                                                                                                                                      
La folie habite leur coeur.                                                                                                                                            

Je nage dans une piscine d'horreur.

Et de souvenirs.

Soudain, la chute

Se fait plus forte, 

Plus puissante 

Dans un matelas

Couverts d'épines mauves.

Le doute est le poison de l'humain. 

L'espoir son médicament.

Bruit de la vie 

Bruit du destin.

Vivre 

Ou se regarder vivre.



Ce texte a été écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona. La photo est de (c) Tama 66.

dimanche 9 septembre 2018

Le Projet Starpoint tome 1 : La fille aux cheveux rouge de Marie-Lorna Vaconsin

Auteure : Marie-Lorna Vaconsin 

Maison d'édition : Anne Carrière et Monsieur Toussaint Louverture

Collection : La Belle Colère (bien que je pense que l'on peut la considérer comme une maison d'édition, mais dans le doute…) 

Nombre de pages : 380 pages 

Année de sortie : 2017





Pythagore Luchon a 15 ans. Il habite dans la ville de Loiret-en-Retz et s'apprête à entrer en seconde pour une année scolaire sans surprise : travailler  un peu, écouter de la musique souvent, draguer les filles autant que cela lui sera possible, et notamment à l'occasion de la prochaine fête de rentrée pendant laquelle il officiera comme DJ. Il ne se fait aucune illusion sur les railleries qu'il devra endurer au sujet de sa mère, prof de maths au lycée, ni sur la peine que lui causeront ses passages à l'hôpital pour rendre visite à son père, brillant chercheur en physique quantique, plongé dans le coma à la suite d'une agression. Toutefois, une chose le réjouit : il va bientôt retrouver Louise, sa meilleure amie, la fille du gardien du lycée.
Le jour de la rentrée, Pythagore découvre que Louise a apparemment décidé de se passer de leur amitié. Elle s'est liée à une nouvelle élève du nom de Foresta Erivan, dont la présence à ses côtés est d'autant plus intrigante que les deux filles n'ont rien en commun. 

Louise est une geek passionnée de sciences et d’’ingénierie, tandis que la nouvelle élève affiche un look d’’un autre genre : elle a les cheveux rouges, s’’habille toujours en noir, souvent en cuir, et distribue des gifles à ceux dont elle n'apprécie pas le comportement. À son contact, Louise s'isole de ses anciens amis, se désintéresse de son travail et commence à sécher les cours. Pythagore déplore  silencieusement la présence de cette nouvelle élève qui l'irrite autant qu'elle l'attire, jusqu'à ce qu'elle débarque chez lui en pleine nuit pour lui annoncer la disparition de Louise. Elle lui explique que, pour la retrouver, ils doivent passer par ce qu'elle appelle  « l’’angle mort » des miroirs. Pyth la suit sans se douter qu'il est sur le point de basculer dans un monde parallèle. Le monde dans lequel Foresta a grandi, et où Louise est sur le point de se perdre.



Ça fait tellement de temps que je n'ai pas lu de roman issu de l'imaginaire. J'ai eu une énorme période fantastique/merveilleux au courant de l'année 2016 (j'ai d'ailleurs pas mal de sagas non lues dans ma bibliothèque suite à cette période) puis j'ai complètement arrêté, aussi soudainement que j'avais commencé. Depuis, j'y replonge en dent de scie, mais de plus en plus rarement, et j'ai toujours beaucoup de mal, ça en deviendrait presque un blocage. Je comptais bien avec cet ouvrage, (re)découvrir des genres que j'ai pour ainsi dire black-listé. Et vraiment, j'y replongerais bien à nouveau. Vraiment. 

P-S : Il faut bien avouer que la couverture est absolument sublime, ça a aussi motivé mon choix ! 






" Foresta attrape le battant et le fait pivoter tout doucement. Un souffle doux les enveloppe, une brise qui les caresse et les pousse.
Dans le reflet de la vitre se dessine une perspective.
C'est le passage dévoilé par l'angle mort."


Vous l'aurez deviné à la lecture du résumé ainsi qu'à la façon dont je vous ai introduit cette oeuvre, nous allons ici causer fantastique, voir même fantasy. Ce premier tome de la trilogie Starpoint est une considérable sortie de ma zone de confort pour le lecteur habitué aux récits de vie que je suis. Et... J'ai adoré. Ce roman est complètement rempli d'aventures, de rebondissements, de révélations en tout genre. J'avais quelque peu perdu l'habitude de ces lectures rythmées où chaque détail a son importance (shame on me). Mais punaise que ça fait du bien ! J'ai tout de suite été transporté dans l'univers de cet ouvrage, avec ce monde parallèle où tout diffère. J'ai eu quelques aprioris, lorsque je me suis rendu compte de l'immersion complète dans laquelle je m'étais engagé. Au final, Marie-Lorna Vaconsin gère et rythme parfaitement bien son histoire, c'est le moins qu'on puisse dire ! Ainsi, le lecteur se retrouve au coeur d'une histoire floue de guerre, mêlé à quelques obscurs complots, le tout dans un brouillard quasi permanent. Le tout est très détaillé, mais les véritables indices sont lâchés au compte-goutte, du moins durant les 150 premières pages, mais rassurez-vous, on ne traîne pas en longueur, loin de là. L'univers développé par la romancière est cohérent, original, bien construit et surtout très bien décrit par cette dernière. En effet, c'était l'une de mes principales craintes d'avant-lecture, mais elle s'est très vite dissipée. Le roman n'est pas à la première personne, nous suivons donc Pythagore, Foresta, Louise et les autres protagonistes tels les téléspectateurs d'une télé-réalité. Cependant, j'ai transpiré, j'ai rigolé, j'ai été ému pour eux. Le lecteur est si bien transporté là-haut qu'il devient presque un membre de cette véritable expédition, pour son plus grand bonheur (enfin mon bonheur, mais je pense que beaucoup de lecteurs de cet opus seront d'accord avec moi). J'ai eu parfois du mal à voir dans quel direction allait partir cette aventure, car celle-ci est composée de pas mal de petits mystères qui sont plus ou moins liés. Mais au final, tout concorde incroyablement bien. Pour conclure, sans être un pro ni un assidu de ce genre, je peux vous affirmer que j'ai vraiment kiffé, oui ! 




"Foresta Erivan a prononcé son prénom. C'est tout ce qu'il retient, Foresta Erivan a prononcé son prénom." 


Le personnage principal de cette histoire se nomme Pythagore, mais il partage l'affiche avec sa meilleure amie, Louise, qui est, vous l'aurez compris, le personnage mystère-clé de ce roman, ainsi que par Foresta Erivan, la fille venue d'ailleurs. C'est d'ailleurs avec elle que Pyth' va former un duo durant une bonne partie du roman. Un duo de choc, assez complémentaire, que j'ai beaucoup aimé suivre.
Plus sincèrement, je crois que je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé un des personnages de cet ouvrage. Ils sont tous plus au moins attachants, et ce pour différentes raisons. Même si on n'est parfois pas d'accord et qu'on ne valide pas toutes leurs actions et décisions, le lecteur ne peut s'empêcher de les encourager (bon parfois j'ai quand même eu une sacrée envie de leur gueuler dessus… Mais bon, citez-moi un roman dans lequel le lecteur est d'accord à 100 % avec les personnages ? Eh oui, ce n'est pas drôle sinon héhé). Même si la singularité de l'univers proposé par ce roman a clairement pris le dessus selon moi sur les protagonistes qui le peuplent, ceux-ci restent un élément important de l'oeuvre finale, puisque la romancière arrive bien à nous les rendre familier et attachant avec un soin tout particulier. Louise, Pyth', Foresta, on se revoit bientôt, c'est promis ! 



"Le vide n'est pas vide. Il est le siège de la physique la plus violente.
                                                       
 John Archibald Wheeler"


Si vous me suivez depuis longtemps, vous savez que je porte tout particulièrement un oeil attentif aux descriptions, surtout pour des oeuvres issues de l'imaginaire. Eh bien, dans ce cas précis mes chers amis (+1 pour la rime^^),  les paragraphes en question sont loin de m'avoir rebuté, bien au contraire. A la fois fournis et condensés, j'ai pris un plaisir fou à en apprendre plus sur cette "dimension" si je puis me permettre l'expression. Marie-Lorna Vaconsin arrive très bien à faire passer les émotions qu'elle désire transmettre à son lecteur, mais également à se placer dans la tête d'un adolescent (de mon âge, en l'occurence), puisque, comme indiqué au-dessus, je me suis senti vraiment proche des protagonistes de ce premier opus. Après recherches, si mes sources sont bonnes, cette femme regorge de talent, puisqu'elle est également actrice, et elle n'en est pas à son coup d'essai dans le domaine, avec déjà 6 films/séries tournés. Sinon, niveau bibliographie, ce premier tome de Starpoint (qui sera à terme une trilogie, je le rappelle) est son second roman. Le premier, intitulé "le monde des possibles", est d'un genre complètement différent, avec un bon petit résumé. Si jamais on se recroise en salon ou même si l'envie m'en prend un jour, je me laisserais bien tenter ! En attendant, je suivrais avec attention la sortie des prochains tomes de cette saga, qui m'a fait sans aucun doute renouer avec l'imaginaire !




"Elle s'apprête à lui dire quelque chose mais il a peur de l'entendre. D'un geste, il l'arrête, lui sourit; il plonge dans l'eau claire et disparaît aussitôt."







Inattendu, intéressant, plein de rebondissements, ce premier tome de la trilogie Starpoint, nommé "La Belle Colère" est l'une des belles surprises de ce milieu d'année. Hâte de découvrir la suite, qui ne saurait tarder (je l'espère) !

samedi 25 août 2018

Le tableau du samedi de Lady Marianne : Coucher de soleil sur Constantinople d'Ivan Aïvazovski, une oeuvre apaisante





Le principe ?
On évoque en quelques mots un tableau, pourquoi il nous émeut, nous inspire, nous intrigue. On ajoute aussi quelques lignes sur l'artiste bien entendu. Et le tour est joué.





Petite biographie :
Ivan Aïvazovski né le 17 juillet 1817 et mort le 5 mai 1900 à Théodosie, est un peintre russe d'origine arménienne. Celui-ci peint essentiellement des paysages maritimes, dont il devient un incontournable. Son oeuvre est très importante pour les courants romantiques et réalistes russes. 


Comment as-tu connu cet artiste ?
Je regarde assez peu la télévision, mais il m'arrive tantôt de m'égarer devant, en zappant machinalement avec la télécommande. C'est ainsi que je suis tombé, je ne sais plus trop comment ni sur quelle chaîne, sur une émission dans laquelle le nom de cet artiste était évoqué, avec l'un de ses tableaux à l'écran. Je note le nom, puis change. Je me suis penché plus en détails sur l'artiste récemment, et j'ai eu un véritable coup de coeur pour ses splendides paysages marins très réalistes ! 







Quel oeuvre as-tu choisie de nous présenter ?
Pour cette semaine et ce tableau, le seul véritable critère a été la beauté, car de toutes les toiles d'Aïvazovski que j'ai pu observées, c'est pour moi la plus belle : Coucher de soleil sur Constantinople.


Pourquoi ?
Je la trouve tout simplement magnifique, avec ses reflets sur l'eau et dans le ciel, le jeux d'ombre avec le bâtiment au premier plan, les bateaux qui rentrent doucement au port... C'est un chef-d'oeuvre, et je paierais cher pour pouvoir l'observer en réalité ! 


Que t'inspire cette oeuvre ? 

Si je devais choisir un mot pour décrire ce qui se dégage pour moi de ce tableau, c'est sans doute l'apaisement. Ou la sérénité. Franchement, un grand calme m'envahit lorsque je pose mes yeux sur ce paisible paysage, et ça, ça n'a pas de prix !
N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce tableau, et des oeuvres de l'artiste si vous le connaissez ! 


Le blog de Lady Marianne, qui regroupe le rendez-vous juste ici.

dimanche 19 août 2018

Brouzouf tour ou la folle virée de ma grand-mère complètement barrée de Cécile Chartre

Auteure : Cécile Chartre

Maison d'édition : Rouergue

Collection : Doado

Année de sortie : 2018

Nombre de pages : 96 pages







Parce que la vie à la maison n’est pas facile, avec le seul salaire de sa mère, Victorien et sa grand-mère Colette décident de tenter leur chance à un jeu télé à Paris, à 800 kilomètres de chez eux. Comme ils n’ont pas d’argent pour le train, ils se lancent dans le covoiturage. Suivront trois jours de rencontres et d’aventures désopilantes.





Je tiens tout d'abord à remercier les éditions du Rouergue pour cet envoi ! 


Un titre et une couverture interrogent parfois plus qu'un simple résumé... Ce fût le cas pour cet ouvrage, lorsque j'ai reçu le service de presse. Un petit tour sur Google plus tard (pour la définition de brouzouf) et une lecture du résumé en diagonale (oui je l'ai lu je le confesse), me voilà très enthousiaste à l'idée d'une potentielle lecture. La réception et quelques semaines plus tard, me voici avec un avis tout frais, puisqu'il se trouve que je l'ai dévoré hier après-midi en deux heures à peine. Voyons ce que ça donne ! 





"Et puis j'avais passé une foutue sale journée au collège.
Ce matin-là, Amandine m'avait demandé de sortir avec elle. Et j'avais dis oui."


Je recherchais une lecture drôle, légère et sans prise de tête. Idéale pour l'été. Et figurez-vous que j'ai parfaitement trouvé ce que je recherchais avec ce roman. J'ai été quelque peu surpris (d'une façon agréable) par le ton général de l'ouvrage. En effet, cette aventure nous ai raconté du point de vue de Victorien, à savoir le petit fils de Colette. Je me suis par conséquent senti assez proche de lui, avec des réactions que j'ai trouvé très familières (et pas seulement parce que je m’appelle Victor et lui Victorien). Plus sérieusement, je suis complètement client de ce genre d'aventures (vous me savez sans doute grand amateur de road-trip) et j'ai très vite accroché à cette histoire un peu loufoque de voyage pour participer à un jeux télévisé. J'ai juste dévoré ce bouquin tant je voulais connaître la suite, et voir quel genre de personnes le jeune garçon et sa grand-mère allaient rencontrer dans la suite de leur traversée de l'hexagone. Je pense qu'il y aurait eu 200 pages de plus que je les dévorais de la même façon, c'est-à-dire avec délice. Cécile Chartre nous offre avec cette oeuvre un super moment, qui nous sort un peu du quotidien (et de la chaleur) pour un voyage d'une centaine de pages, entre rire, déroute et quelques moments d'émotions, car il en faut aussi, parfois. C'est original, tout comme il faut pour une lecture de plage ou au bord de la piscine, avec soleil et cocktail.



"C'était marrant, elle ressemblait presque à Colette, cette dame.
Finalement, ce n'était pas marrant. Cette dame était Colette."


Comme je l'ai brièvement évoqué ci-dessus, les deux personnages de cette histoire se nomme Victorien et Colette. Le premier, petit-fils de la seconde, est un collégien assez mâture qui malheureusement ne sait pas dire non aux autres, ce qui va d'ailleurs lui causer pas mal de soucis avec les filles. Du reste, il a une folle envie de prendre une revanche sur la vie, celle qui fait que sa mère travaille nuit et jour pour les sortir de la galère. La grand-mère, quant à elle, véritable moulin à parole qui ne laisse souvent à personne le gain de la parole, ne peut aider sa fille à subvenir à leurs besoins. Jusqu'au jour où elle a une idée : participer au jeux télévisé qu'elle regarde depuis 10 ans, et reverser la somme gagnée à son petit-fils. Sacré pitch, n'est-ce pas ? Et je vous garantis que ce n'est rien comparé au roman en lui-même. En effet, les scènes de ménage entre Colette et Vic (je me permets, on a presque le même prénom) sont un véritable régal pour le lecteur, car les conversations sont parfois d'un absurde qui colle une de ces bananes jusqu'aux oreilles ! Et c'est exactement le même tarif pour les disputes, ou les fameuses scènes de révision. Je me suis très vite attaché à ces deux êtres, pour qui ce jeux représente une sorte de porte vers des rêves inaccomplis. Par ailleurs, les personnages secondaires ne sont pas en reste. Il y en a pour tous les goûts et toutes les couleurs. Là encore, le rire est garanti !



"Péripatéticienne : En gros, c'est une dame qui se promène dans la rue. Pour plus de détails , demandez à votre mère, c'est mieux."


Premier bouquin de Cécile Chartre, et franchement pas le dernier. J'ai trouvé que cette romancière avait beaucoup d'humour, et une certaine facilité pour se placer dans la tête d'un adolescent, mais aussi dans celle d'une grand-mère ! Le comique des situations, des quiproquo est très subtil, jamais vulgaire mais on a toujours le sourire aux lèvres, si ce n'est le rire franc, tantôt. La fin est une jolie cerise sur le gâteau, puisque toute en douceur, avec une très belle morale, on referme les pages de ce petit bouquin qui nous aura fait passer une très bon moment estival. Je me suis renseigné sur cette romancière et j'ai remarqué qu'elle n'en n'était pas à son coup d'essai dans ce genre de romans. A voir ce que cela peut donner par la suite !



"Pour le moment, je l'ai juste rejointe sur son canapé. Et on a siroté notre tisane. Ma tête contre sa tête."





Voici une petite lecture idéale pour la saison, légère et qui ne prends pas la tête. L'humour et l'aventure sont au rendez-vous dans cette véritable petite comédie de 100 pages. A mettre dans les mains de toute personne cherchant quelque chose de frais pour un été ensoleillé !

lundi 6 août 2018

Les Collisions de Joanne Richoux

Auteure : Joanne Richoux

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 288 pages

Année de sortie : 2018





Gabriel et Laetitia entrent en Terminale Littéraire.
Lui, il est brumeux et arrogant.
Elle, elle est fière comme pas possible et cleptomane.
Eux, ils s’ennuient royalement,
et ils ont comme une envie de le faire payer à tout le monde…
Ça tombe bien : cette année, ils vont étudier Les Liaisons dangereuses.,
Forcément, ça va leur donner des idées…
Acoquiner Solal et Ninon, par exemple.
Rendre fou Dorian, l’ex de Laetitia, à l’aide de théories du complot.
Et puis Gabriel, il pourrait tenter de décrocher un rencard avec Mademoiselle Brugnon, la prof d’Arts Plastiques.
Bref : Valmont et Merteuil ont trouvé leurs proies.
Tout est en place. À deux doigts d’exploser.






Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Joanne Richoux a largement rythmé ma fin d'année dernière, puisqu'elle signe l'une de mes lectures préférées de 2017, à savoir Marquise et sa chute couperet. Je me retrouve donc face au nouvel ouvrage de cette formidable romancière, avec pour seules indications une couverture absolument magnifique et quelques mots chipés sur le web. Il sera donc question d'amour cette fois-ci, quelque chose complètement différent de Marquise, en somme. Très bien, voyons ça ! 





"Tout le monde les fixait - il fallait s'y attendre. Certains avec dégoûts, d'autres avec envie. Entre honte et triomphe, ils ont ralenti le pas. Encore. Davantage. Ils rendaient les regards à chacun, sourire aux lèvres. Ils s'en échangeaient entre eux. Prendre l'escalier. On les bouffait des yeux, on les bousculait, on baissait la tête; ils acceptaient tout. Une victoire? Peut-être pas... mais un exploit, incontestablement."


Ce livre est une énorme gifle, et encore, c'est vraiment peu dire. Je ne veux pas trop vous en dévoiler sur l'histoire, cela gâcherait tout l'interêt de l'oeuvre. 'Les Collisions' est un roman qui ne peut vous laisser de marbre. J'ai parcouru quelques avis avant de rédiger cette chronique, et je pense que les personnes l'ayant déjà lu seront d'accord avec moi : c'est un bouquin qui vous marque au fer rouge, que l'on ait apprécié sa lecture ou non. Car oui, je conçois tout à fait qu'on puisse ne pas apprécier cet ouvrage, même si ce n'est pas mon cas. Je ne crois pas non plus que ce soit un livre à mettre entre toutes les mains, car il reste assez complexe et très percutant à la lecture. 'Les Collisions'... Un titre plutôt évocateur sur ce que l'on ressent lorsqu'on le dévore. Cette histoire est un concentré d'émotions, de sensations, de sentiments en tout genre, tout aussi lumineux que sombres, même si la balance penche plutôt pour la noirceur. En effet, que ce soit avec son histoire ou ses personnages, l'auteure nous offre une incroyable vision de l'adolescence dans toute sa complexité. Le lecteur y découvre ainsi l'amour, la passion, la douleur, l'ennui, le besoin de faire mal, le besoin de s'exprimer. Il y perçoit l'importance des silences, l'instinct presque animal qui guide les actions des protagonistes. Et tout cela monte petit à petit, prêt à exploser. Je ne savais pas trop quoi penser de ce livre au début, j'étais un peu pris à contre-pied. Dans mon cas, même si je me suis pris toutes les révélations en pleine figure lors de ma découverte (expédiée en 3 jours tout de même), c'est  ma post-lecture, en repensant à Laetitia et Gabriel, qui m'a fait mesurer l'ampleur qu'a pris ce roman dans mon esprit, et à quel point j'ai été chamboulé par ma lecture. D'après les retours, je suis loin d'être le seul à m'être littéralement pris 'Les Collisions' en pleine tronche, avec la marque de sa magnifique couverture imprimée dans l'esprit pour les nombreux mois à venir. 



"Laeticia est la plus belle catastrophe naturelle au monde." 


Bon, bon, bon... Gabriel et Laetitia. Ces deux p'tits cons que l'on aime tellement. Je les ai autant adorés que détestés, autant admirés que répugnés. Ils (bon surtout Gabriel) ont tantôt été très proches, tantôt très éloignés de moi, et je me suis parfois retrouvé dans leur réaction autant que je m'en suis tenu éloigné. Si ce roman est aussi fou, c'est en très grande parti à cause/grâce à eux. Joanne Richoux découvre ses personnages petit à petit, et le système de narration alternative est un excellent choix pour cela. Aussi complexes que simples dans leurs attitudes, ce sont des protagonistes fouillés qui attrapent peu à peu une âme dans le livre, pour finalement apparaître presque réels au lecteur. Je pourrais vous en parler des heures complètes, tant certaines de leurs attitudes prêtent à débat pendant de nombreux passages de l'ouvrage. Ils dégagent un certain charisme qui fait qu'on retient leur présence, ou leurs paroles... Tout comme les personnages secondaires, d'ailleurs. Ils sont nombreux, tout aussi bien construits que Gabriel et Laetitia malgré le fait qu'ils ne crèvent pas l'écran (ou les pages), possèdent une personnalité qui leur est propre et sont très importants pour le déroulement de l'histoire. Sans trop vous spoliez, ce sont en quelque sorte les pions de l’échiquier géant des Collisions. Et dans le rôle des maîtres du jeux... Laetitia. Gabriel. 



"Mon ange, pourquoi t'es parti ? Les vacances sans toi, c'est comme le Père Noël sans cellulite, les gosses sans morve au nez ou les repas de famille sans le tonton raciste : pourri !" 

Après un Marquise avec une ambiance particulière, presque moyenâgeuse pendant les 9/10ème de l'histoire, on retrouve ici la romancière dans un style très différent, c'est sans doute la première chose que je me suis dis en commençant cet ouvrage. Mais alors, différent dans un sens négatif ou positif ? Et bien, vraiment positif, pour le coup. Tout en gardant une certain
e poésie dans sa plume (en témoigne les citations ajoutées avec mon avis), j'ai trouvé qu'elle avait réussi à rendre les personnages plus proches du lecteur et l'action encore plus réel. J'ai pris un plaisir de dingue à découvrir ce bouquin, et ce un petit peu plus d'un an après ma lecture de Marquise. Un avenir plein de promesses pour cette auteure terriblement sympathique, que je remercie pour cet incroyable moment passé au côté de ses personnages, dans son univers ! 


"Ca y est, Laeticia a compris. 
Un jeux ça se joue jusqu'au bout."




Un incroyable claque que cet ouvrage sombre, terrible, incroyable, fou et addictif. Il se positionne comme l'un des Exprim' phare de cette première moitié d'année 2018. Bravo à Joanne Richoux !

La sauvageonne d'Anne Schmauch

Auteure : Anne Schmauch

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 272 pages

Année de sortie : 2018






« Les vapeurs d’essence, ça ronge les cerveaux.
Regardez mes parents : trente ans qu’ils moisissent dans leur station-essence.
De mon côté, c’est pas beaucoup mieux. J’aime trop la baston pour une fille, à ce qu’il paraît – surtout une fille qui s’appelle Fleur.
Il n’y a bien que mon frère Killian pour relever le niveau. Il a un truc, lui. La musique. Sauf que c’est pas en restant ici qu’il deviendra violoniste.
Alors forcément, quand un type vient nous agoniser à la station avec une mallette pleine d’argent, difficile de résister à l’envie de fuguer pour Paris… »






Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Après un premier ouvrage publié chez Sarbacane dans la collection Pépix en 2015, nous retrouvons cette année Anne Schmauch avec un roman plus sombre, publié cette fois dans la collection Exprim'. Réussite ou échec ? Eh bien... Plutôt une belle réussite. Je vous en dis plus juste en dessous ! 





"A présent qu'on se trouve à la lisière, une grande trouille me tord les boyaux. Je sais qu'il existe un monde au-delà de ce grillage, j'en ai vu les reflets sur Internet. Mais à force de m'en tenir éloigné, j'en ai fais une sorte de rêve innatteignable."


Après une excursion en Grèce Antique, au temps des mythes et légendes, l'auteure nous emmène cette fois-ci dans un décor pour le moins inhabituel : une station-service, perdue dans la campagne française, qui dépérit peu à peu à cause du centre commercial installé à proximité. Le lecteur y fait la connaissance du père, un type assez sanguin et tantôt violent, de la mère, soumise à son mari, du cadet, Kilian, prodige du violon et de l'aînée, Fleur, prodige de la baston. Un joli tableau... Très prenant. Dès les premières pages, le lecteur est parfaitement propulsé dans cet univers rempli par l'essence et les moteurs de voiture, avec une facilité déconcertante. Les premiers chapitres sont dévorés en quelques dizaines de minutes, le bouquin entier en deux jours. J'ai rapidement pris énormément de plaisir à suivre Fleur et son frère dans leurs discussions enflammés à propos de départ, d'évasion loin de cet endroit qu'ils considèrent comme nocif. Le décor planté, j'ai rapidement pensé découvrir une aventure assez fermée, avec la fratrie essayant de partir avec un plan extraordinaire et autres idées saugrenues... Ca aurait pu se passer ainsi. Mais non, pas pour Anne Schmauch, qui propulse ses personnages à Paris, avec pour tout élément déclencheur ce gars un peu louche qui lâche son dernier soupir sous le toit de la station. De là, le huis-clos imaginé se transforme en un presque road-trip dans la capitale parisienne. Un sacré contraste entre le début du livre et la suite, qui n'a absolument pas entaché mon enthousiasme et mon addiction pour cet oeuvre, au contraire. Je me suis souvent demandé comment Anne Schmauch allait tourner son intrigue, et j'ai toujours été agréablement surpris en la matière. On retrouve ainsi des lieux, des personnages pour le moins inhabituels, comme isolés du monde actif. Tout cela donne lieux à des actions, des aventures complètement inattendues, qui font s'écarquiller les yeux de ceux qui les poseront sur cette pépite. C'est un monde sauvage, pour rejoindre le titre, que vont découvrir Fleur et son frère, , qui prend aussi une toute autre tournure le jour que la nuit... Intriguant, n'est-ce pas ? Je ne vous en dis pas plus, peut-être ai-je déjà trop parlé, mais sachez simplement que cette histoire, que ce soit pour son originalité ou son intrigue, vaut totalement le détour ! 


"César chantonne et regarde partout autour de lui, tout excité. Comme si c'était la première fois qu'il faisait du vélo. La première fois qu'il voyait la ville. La première fois qu'il était heureux. Un peu comme moi. Je me suis rarement senti aussi bien. Jamais, en fait."


Ce que j'apprécie aussi tout particulièrement avec cette oeuvre, ce sont sans aucun doute les personnages. Ceux-ci ne sont pas lisses, au contraire, ils sont fouillés, très recherchés, avec des attitudes et des réactions qui leur sont propres. On ressent en chacun d'eux un potentiel, des rêves inavoués, notamment pour le personnage principal, Fleur, qui reste tout de même très renfermée sur elle-même une bonne partie du bouquin, malgré le fait qu'on soit dans sa tête. Le lecteur apprend peu à peu à la connaître, à l'apprivoiser, à l'accepter, à l'adopter. On ne sait pas tout d'elle, elle dit au final rarement ce qu'elle pense vraiment, surtout au début de l'histoire. Fleur, c'est comme un diamant brut, en quelque sorte. Ou une orchidée qui éclot. Peu à peu. Sous nos yeux. Du reste, j'ai grandement apprécié tout son entourage, y compris son frère, que l'on connaît limite plus facilement que sa soeur, même si le lecteur le voit d'un point extérieur. De plus, on s'attache grandement aux différentes personnes que la fratrie croisera sur sa route au cours de son périple, et une fois celui-ci achevé. Cela va sans dire qu'ils sont tous atypiques, et que l'on est vite triste de les quitter, une fois la dernière page achevée. Un savant mélange. La Sauvageonne d'Anne Schmauch, quoi. 


"Le bruit des moteurs, ici, fait une bande-son aux rêves"


Comme je l'ai souvent répété pendant cet avis, les lieux sont une pièce centrale dans cette ouvrage. Et la romancière illumine ces derniers avec des descriptions magnifiques, très réalistes, qui fait que l'on s'imagine vraiment bien les lieux ou se situe l'action. L'action et l'aventure donne un certain rythme à l'ouvrage, qui fait que l'on ne s'ennuie jamais, même durant les moments les plus calmes. Sacré voyage... 


"Alors, quelque chose en moi se fendille. D'abord parce que le quatuor vient de me souffler que ma place est sur les chemins. Ensuite, parce que César a posé ses mains sur mes hanches et ses lèvres dans mon cou." 




Anne Schmauch signe là un roman pleinement réussi, aux nombreux rebondissements, qui offrira un superbe moment à quiconque ose l'ouvrir. A vos risques et périls de devenir accro, et sous peine de le dévorer en quelques heures/jours !