samedi 12 janvier 2019

Héros tome 1 : Le Réveil de Benoît Minville

Auteur : Benoît Minville

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 440 pages

Année de sortie : 2018





Ils grandissent au pied du Morvan, entre ville et village. Matéo, diamant à l’oreille, Richard, la tête rentrée dans les épaules, et l’inénarrable, intarissable, insupportable José, duvet au menton et hygiène douteuse.
Leur passion : la légendaire BD Héros, dont ils attendent chaque mois le nouveau numéro.
Leur rêve : éditer un jour leur propre série, inspirée de cet univers fascinant et occulte qui domine les records de ventes.
Après tout, la série a bien été créée dans leur région, il y a plus de 80 ans : alors, pourquoi pas eux ? Mais un soir, alors qu’ils planchent dans leur Q.G., un homme apparaît comme par magie, blessé à mort ; juste avant de s’effondrer, tend à Richard une étrange fiole… une fiole dont le contenu vibre et scintille, comme s’il était vivant.






Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Petite introduction courte et simple, une fois n'est pas coutume ! Vous le savez déjà, mais Benoit Minville est un auteur que j'apprécie grandement, que ce soit pour ses qualités d'auteur mais aussi en tant qu'humain, les quelques fois où nous avons pu échanger ! Un nouveau roman, qui plus est une duologie, annoncée ? Il n'est pas vraiment resté longtemps sur ma table de nuit, c'est moi qui vous le dit ! 





"La clef de leur salut tenait peut-être au fait qu'ils étaient trop actifs et occupés, en cet instant, pour s'épancher sur leurs états d'âme et leurs angoisses."


J'ai passé d'excellents moments en compagnie des histoires de Benoit Minville. Que ce soit pour un été avec des adolescents au fin fond de la campagne ou dans des histoires de famille obscures, j'ai toujours énormément accroché avec ses romans. Face à Héros, nous changeons radicalement de registre, puisque nous plongeons dès les premières pages au coeur d'un univers rempli de pouvoirs surnaturels, de visions et de complots en tout genre. En effet, la rencontre entre Richard, José, Matéo et ce mystérieux inconnu plonge directement le lecteur dans une histoire absolument bien ficelée. J’ai eu, le temps de quelques dizaines de pages, la crainte que l'histoire ne parte dans tous les sens et d’avoir du mal y m'y retrouver. Cette petite frayeur s'est vite dissipée. En effet, on se rend vite compte que les trois compères vont avoir assez vite un destin assez différent face à tous ces événements fantastiques. Ces différentes directions nous permettent de ne jamais nous ennuyer, puisqu'il y a toujours une révélation ou une aventure d'un côté ou de l'autre. Le tout est parfaitement orchestré par un Benoit Minville très inspiré. De nombreuses références sont d'ailleurs présentes au fil de l'oeuvre, tel que Lovecraft et son fameux Necronomicon, mais aussi à Stephen King ou encore implicitement à Neil Gaiman. Suspens, réalité, fiction se mélangent dans une osmose parfaite, qui propulse le lecteur aux côté du trio dans ses folles aventures, laissant peu de place au répit, qui existe parfois, mais qui est de courte durée. Evidemment, l'humour n'est jamais très loin, que ce soit dans les nombreux dialogues entre les personnages ou encore dans les situations, avec des événements inattendus ou des retournements dans l'histoire complètement dingues. Avec tout cela, on pourrait presque rapprocher ce premier tome du Gouffre de Rolland Auda, qui m'avait offert quelque peu le même effet, avec une intrigue très floue qui se dessine peu à peu grâce aux actions des personnages. J'avais d'ailleurs qualifié l'oeuvre quelques mois plus tôt de puzzle dont on assemblerait les pièces au fur et à mesure. Je crois qu'il en est de même pour Héros, bien qu'un cliffhanger incroyable lors des dernières pages nous brosse un tableau assez explicite de la situation finale, qui va servir de base pour l'intrigue du prochain tome. J'ai plutôt hâte. Vraiment hâte. 


"Ce moment était pour eux, à jamais : quelques minutes pendant lesquelles il allait demeurer l’unique témoin de la plus grande conquête du monde. Il lui avait tendu ses bras, elle avait gloussé et, d’une démarche fière et maladroite, avait franchi la menue distance qui les séparait l’un de l’autre."


Richard. Matéo. José. Trois prénoms. Trois identités bien distinctes. Si bien que le lecteur les aime chacun leur tour, aussi bien pour leurs qualités que pour leurs défauts. Benoit Minville pose dès le début une personnalité très propre à chacun d'entre eux. Matéo, le beau gosse de la bande. José, le "looser". Et Richard, le mystère. Celui-ci, s'il est au centre du bouquin, reste tout de même avec sa petite part d'ombre. J'ai trouvé qu'il agissait quelquefois par instinct, voir même souvent à partir d'un certain moment. J'aurais peut-être réagi différemment, je confesse. J'ai juste adoré José, qui est sans doute mon bol d'air dans cette histoire. Très drôle, avec ses répliques haut-perchés et ses remarques complètement absurdes, j'ai tout de même réussi à faire la part des choses en séparant sa personnalité de ses vraies affirmations. Enfin, Matéo. J'ai eu un peu plus de mal avec lui. Selon moi, même s'il a son importance dans l'histoire, sa superficialité creuse un gouffre avec ses potes. Toutefois, je ne peux complètement le blâmer. Je peux juste dire qu'il est celui qui m'a le moins touché, voilà tout. Autour de ces trois là gravitent une flopée de personnages très intéressants, dont je ne vais tous vous parler, auquel cas la chronique durerait au moins 5 pages de plus. Petite mention spéciale pour finir envers Alex, qui est le personnage qui m'a vraiment impressionné, de part son sang-froid, son détachement et son charisme. J'espère en apprendre plus sur lui dans le prochain tome, mais je suis sûr et certain que ce sera chose faite. 


"L'homme avait le teint cireux, ses cheveux blancs et lisses laissaient entrevoir un crâne parsemé de taches de sénescence; et cependant, alors qu'il paraissait si fragile, on ne pouvat ignorer la force qui se dégageait de lui." 


Vous savez qu'il est à présent temps de parler de la façon dont Benoit Minville a écrit ce texte. Peut-il vraiment y avoir du suspens quant à mon avis là-dessus ? J'en doute plutôt fortement. J'ai adoré. Vraiment, j'ai trouvé que le romancier pouvait s'adapter au genre de son récit, mais aussi à la situation, en fonction de l'émotion qu'il souhaite retranscrir. Un grand plaisir s'en suit. Si j'étais curieux à l'idée de découvrir Minville dans ce genre du fantastique, je suis pleinement conquis, sur tous les points. 


"Richard n'en croyait pas ses yeux. Il tenait le Necronomicon. Le livre maudit. Le livre ancestral." 





Un très bon roman fantastique, qui annonce une suite pour le moins palpitante. Action, suspens, révélations, rebondissements, références culturels, conspirations. Le tout est au rendez-vous. Régalez-vous !

Le tableau du samedi : Le persistance de la mémoire de Salvador Dali

Le principe ?
On évoque en quelques mots un tableau, pourquoi il nous émeut, nous inspire, nous intrigue. On ajoute aussi quelques lignes sur l'artiste bien entendu. Et le tour est joué.






Petite biographie :
Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech, appelé plus simplement Salvador Dali, est un peintre, graveur, sculpteur et auteur (entre autre) né en 1904 et mort en 1989 à Figueras. Grand admirateur de Picasso ou Freud, mais également ami avec Walt Disney ou Alfred Hitchcock, il est l'une des figures majeures de l'art au XXème siècle, notamment dans le mouvement surréaliste. 



Comment as-tu connu cet artiste ?
Dali, à l'image de beaucoup de peintres dans mon cas, est un artiste dont j'ai largement entendu le nom, que ce soit au lycée ou dans les quelques musées que j'ai eu la chance de visiter dans ma vie. Bien que connaissant le nom, ses oeuvres et son style m'étaient jusqu'alors complètement inconnu. Ce n'est que cette année, à l'occasion d'une recherche pour notre TPE, que je me suis plus longuement attardé sur la vie et les toiles de ce personnage pour le moins... Excentrique. 





Quelle oeuvre as-tu choisi de nous présenter ?
Monsieur Dali possède un style, mais aussi une morale dans ses nombreuses oeuvres, qui m'a de suite plu. J'aime l'idée que la représentation non conventionnelle de certains objets, ou même l'invention de nouvelles créatures sur certaines toiles (on peut citer la Girafe en feu ou le Grand Masturbateur) ne puisse être en réalité qu'une déformation des idées, de la vie de Dali. C'est un aspect que je recherche souvent, que ce soit dans mes lectures, et parfois dans mes écrits (à moindre mesure). Si je choisis généralement une oeuvre que j'ai, soit découverte en premier de la part de l'artiste, soit une toile assez peu connue. Dans ce cas précis, celle qui m'a le plus marqué est l'une des oeuvres les plus connues de Dali : La persistance de la mémoire







Pourquoi ?
Là encore, on retombe sur le côté "étrange" du tableau. Celui-ci, de part la géométrie, la texture des objets représentés, interroge forcément le spectateur, qui marque un temps d'arrêt devant la toile. Ça a été mon cas, comme devant l'ensemble des oeuvres de Dali. Toutefois, celle-ci m'a vraiment laissé un souvenir très marquant. Peut-être est-ce le thème, qui est un sujet qui me parle davantage que ses autres tableaux. Il est bien évidemment question ici du temps qui passe, avec ses montres où le temps est arrêté sur différents horaires, avec cette forme coulante assez étrange que l'on pourrait percevoir comme les souvenirs qui se déforment, tout comme la mémoire, qui persiste, mais sous une forme différente au cours du temps, ce qui explique encore une fois l'apparence des montres. On peut également évoquer celle située en bas à droite, qui, bien qu'étant en apparence de forme plus ou moins normale, apparaît de fait comme infectée, pestiférée, au spectateur. Ici, plusieurs interprétations possibles. Beaucoup parlent des fourmis et de la couleur comme d'un symbole des mauvaises relations entre Dali et son père. Si l'on veut rester plus général, on peut aussi imaginer que le peintre donne à cette montre l'image des mauvais souvenirs, des cauchemars ou des mauvaises expériences de la vie, le tout grignoté par le temps qui passe, que l'on voit ici avec les fourmis se chevauchant sur l'objet. 





Que t'inspires cette oeuvre ?
Le premier mot qui me vient à l'esprit est le mot réflexion. Une réflexion globale sur la symbolique, sur le sens du tableau de Dali. Une réflexion que l'on peut s’approprier, transposer à sa propre vie, même si il ne fait aucun doute que le peintre ici parle de son propre vécu et offre sa propre vision des choses. Un sacré tableau, en somme, à l'image de tout ce qu'a proposé Dali dans sa vie. 



Le blog de Lady Marianne, qui regroupe le rendez-vous juste ici.

mercredi 26 décembre 2018

Happa No Ko de Karin Serres

Auteure : Karin Serres

Maison d'édition : Le Rouergue jeunesse

Collection : Epik 

Nombre de pages : 144 pages

Année de sortie : 2018





La planète est désormais couverte par une seule ville, aux tours immenses, d’où toute nature a disparu. Les humains passent leur temps à jouer, tandis que les robots sont au pouvoir. Un matin, Madeleine, une ado vivant dans le quartier France 45-67, découvre que ses mains sont devenu vertes… Mais elle n’est pas la seule : de l’autre côté de la planète, Ken, du quartier Japon 23-58, est aussi victime de ce phénomène. 




Je tiens à remercier grandement les éditions du Rouergue pour cet envoi ! 

Epik' est une collection riche et prometteuse, au Rouergue. On y retrouve des titres fort intrigants et intéressants. Suffit-il de citer Srirus (lien à coller), ce texte fabuleux d'un Stéphane Servant. Pour ce roman de Karin Serres, on retrouve également une dystopie, mais sous une autre forme. Une ville. Infinie. Prometteur ? Vous ne croyez pas si bien dire. Allons-y ! 





"La veille au petit jour, un mardi, quand la sirène du matin l'avait réveillée comme d'habitude, Madeleine avait eu un choc : la dernière phalange de chacune de ses dix doigts était verte." 



Si l'univers et la première de couverture ont su me convaincre de le demander, j'ai eu tôt fait de complètement oublier ce qu'il pouvait s'y produire, dans ce territoire infini. Bien que j'ai eu un peu de mal avec les personnages au tout  début, notamment à cause de leur âge (assez peu mâtures à mon goût), il s'est avéré finalement être un petit détail qui ne dérange absolument pas le déroulé du récit. Celui-ci est très riche, avec beaucoup de détails, de révélations, de rebondissements ou de retournements de situation. De mon propre aveu, j'ai vraiment été surpris de ce que j'ai trouvé dans ce bouquin. Le récit, que j'attendais linéaire, tient véritablement en haleine le lecteur. On se trouve plongé dans cette ville infinie, où la technologie est si poussée mais... Finalement si banalement acceptée que ça en deviendrait presque glauque. S'il est évident que le message délivré concerne l'écologie et le fait de préserver la nature, représentée par ces créature issues de la mythologie nippone, les Happa No Ko,  j'y ajouterais cependant qu'un certain dégoût de la robotisation et de la technologie futuriste qui envahit le monde actuel est palpable, quand on referme tel roman.
Pour revenir à l’intrigue pure, on retrouve donc Madeleine et Ken, deux enfants (je ne connais pas réellement leur âge mais je pense qu'ils ont aux alentours de 12 ans, à tout casser c'est peut-être inscrit dans le bouquin, rien n'est sûr). Un beau jour, l'un comme l'autre se réveillent avec les mains complètement vertes. Si elle ne sait pas du tout ce que cela signifie, lui comprend très vite les enjeux d'une telle particularité. Franchement, c'est une aventure très originale qui est proposée ici. Je n'ai jamais vraiment eu la sensation de déjà-vu, au contraire. Si les descriptions et les noms donnés aux nouvelles technologies (machine-police par exemple) peuvent paraître simplistes, le lecteur se rend vite compte que cela ajoute encore du réalisme au bouquin. Très vite, j'ai été subjugué, et j'ai dévoré le roman en quelques jours à peine. Happa No Ko est une oeuvre importante dans l'époque actuelle, qui arrive à renouveler le genre de la science-fiction axée jeunesse grâce à un l'excellent monde proposé avec une histoire prenante et intelligente. Les personnages, que je voyais d'un oeil dubitatif, ont toutefois réussi à me convaincre, à leur manière. 


"- On a réussi, Ken, quand même, hein ? sourit la jeune fille. 
- Oui, Madeleine, murmura-t-il. Mission accomplie." 


Je me suis souvent interrogé sur l'âge de Madeleine et Ken (impossible de me souvenir précisément dans le bouquin, vraiment). Je les ai toujours imaginés plutôt jeunes, aux alentours des 12 ans, comme inscrits au-dessus. Toutefois, on pourrait parfois penser qu'ils ont tout deux plus ou moins d'expérience. Les réactions, notamment de Madeleine, face à certaines épreuves, peuvent passer pour puériles. Contrairement à elle, Ken, qui lui tient lors de leurs premières rencontres des paroles et des gestes rassurants, passe à mes yeux pour le plus mature des deux. C'est lui qui les sortira d'ailleurs plusieurs fois du pétrin. Malgré tout, les rôles s'inversent parfois, comme cela s'est déjà vu dans plusieurs grands romans de dystopie. Madeleine, dans un sursaut, peut tout autant trouver une solution à un problème en apparence impossible. C'est aussi ce que j'ai beaucoup aimé dans ce livre : les différents obstacles ne sont pas de petits obstacles dépassés en quelques lignes par les deux protagonistes. Karin Serres a réussi à rendre le tout vraiment crédible, si bien que je me suis dis plusieurs fois qu'ils étaient foutus. Et puis non. Rebondissements vous dites ?
J'en profite ici pour vous écrire quelques lignes concernant la fin de cette histoire, sans vous la spoilier, évidemment. Pour moi, cette chute, ce dernier chapitre (vous pouvez inclure le crescendo final aussi) reprend tout ce que j'aime lire : de l'action, beaucoup de suspens et de rebondissements (je ne compte plus le nombre de fois que j'ai employé ce mot dans cette chronique) mais aussi beaucoup d'émotions. Il faut bien le dire, même je me répète à nouveau : je ne m'attendais pas, mais alors pas du tout à cette fin ! Ce scénario ne m'étais même pas venu à l'esprit, pour tout avouer. Toutefois, je ne considère pas cela comme un défaut, bien au contraire. Des dernières pages qui marquent au fer rouge comme celles-ci, ça laisse forcément une trace, un souvenir. Ainsi, on s'en souvient comme d'un roman novateur et marquant. Pas trop mal, comme compliment. 


"L'espèce de pelage qui la couvrait était constitué de centaines de feuilles de toutes les couleurs de l'automne qui frémissaient en rythme. On dirait un tas de feuilles géant. Et vivant.


Tout cela est évidemment favorisé par la plume de Karin Serres, qui s'est donc inspirée de légendes japonaises pour écrire cette histoire. Cela se ressent quelque peu, pas uniquement avec les fameux Happa No Ko, mais aussi dans les descriptions, qui sont tantôt très légères et poétiques. On s'y plait, car le lecteur se rend vite compte que le monde comme il est dans cet univers est bien triste et redondant, presque faux. Une situation d'inconfort s'installe alors, mais celle-ci s'estompe lorsque la romancière développe un peu plus son univers du présent et du passé. J'ai beaucoup aimé en somme, et savoir que Karin Serres vient tout droit du genre théâtrale démontre que certain(e)s auteur(e)s sont capables de passer aisément d'un genre à un autre. Je suis curieux de savoir ce que madame Serres produit au théâtre, mais cela me permettra aussi de savoir ce qui se fait à notre époque dans ce genre littéraire noble et important.




Une bonne surprise, pour me seconde lecture chez Epik'. On a le droit ici à un univers riche, envoûtant mais aussi quelque peu déroutant et gênant parfois. Une intrigue remplie par l'action et les surprises s'y trouve merveilleusement bien développée. L'écriture aux inspirations du pays du soleil levant complète le tout. J'adhère complètement !


lundi 3 décembre 2018

L'atelier d'écriture n°319 de Leiloona : Carpe Diem




Petit baraquement coincé entre le ciel et les montagnes, la piaule de Josh avait ce petit truc en plus. Rustique et moderne à la fois, on avait tout pour s'y sentir à l'aise, comme dans un petit cocon douillé qu'on aurait peine à quitter pour effectuer des tâches quotidiennes bien pesantes, à la longue. En réalité, dans le petit groupe, on ne vivait que pour se réunir ici, le soir, au creux des étoiles et  sous le regard bienveillant de la Lune. La musique déroulait ses notes dans les chaudes nuits de l'été, un goût d'infini dans les yeux de tous. Personne ne songeait ni au futur, ni au passé. Juste vivre l'instant présent à fond, sans aucun regret. C'était sans doute l'une des plus belles applications du Carpe Diem que l'on eu la chance de voir. 


*****


Malgré le plafond étoilé, il fait plutôt frisquet, ce soir. Josh a d'ailleurs décidé de laisser la lumière allumée, pour pouvoir retirer la bâche qui couvrait le sauna rapidement. Après une ou deux hésitations, il décide d'y plonger une jambe, puis l'autre. Nu, il passe quelques minutes à observer les étoiles, en arrière-plan des montagnes qui lui font face. Son regard se déporte ensuite sur sa guitare, qu'il croit distinguer à travers les vitres du châlet, pas loin de la cheminée. La nostalgie le prend peu à peu. Il se sent seul. Horriblement seul. Le silence de la nuit lui pèse, il aurait donné n'importe quoi pour qu'un vinyl se mette en route, évaporant ses maux. Seulement, il n'a pas la force de sortir de la cuve chauffée. Ses yeux se ferment alors que quelques larmes perlent sur ses joues. "Moment de faiblesse" pense-t-il, alors qu'il sombre peu à peu dans un demi-coma, entre désires grandissant et réalité douloureuse. Soudain, il entend une porte claquée à l'étage. Surpris, Josh relève la tête, et se redresse, laissant apparaître le haut de ses pecs. A travers la vitre, il aperçoit l'ombre de sa bien-aimée. Celle-ci le regarde, ses yeux verts émeraudes brillants à la lueur de l'ampoule. Instantanément, Josh retrouve le sourire, et cette petite malice qui caractérise son regard brun. Elle disparaît. Quelques instants plus tard, il entend le craquement caractéristique des marches de l'escalier, puis le grincement de la porte d'entrée. Elle apparaît alors, la lampe d'entrée lui offrant une sorte d'aura, dans la nuit. Un hululement retenti au même instant, rendant l'instant plus magique encore. Doucement, elle ôte à son tour ses habits, et rejoint son amant dans le sauna. Le contact de l'eau chaude lui procure quelques frissons, mais la voilà très vite immergée jusqu'au coup. En quelques mouvements, elle se calle face à lui. Un sourire flotte sur le visage de chacun. Elle se met à fredonner un petit air d'une vieille chanson anglaise, ce qui fait éclater de rire Josh. 

- I'm floating around, in ecstasy... 


Ils passeront la nuit ainsi, oubliant leurs problèmes quotidiens, coupés de tout et de tous. Carpe Diem.


Ce texte a été écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona. Je n'ai pas trouvé les crédits de la photo.

samedi 1 décembre 2018

Deux classiques et un contemporain : Les Justes d'Albert Camus, Le Roi se meurt de Ionesco et Aussi loin que possible d'Eric Pessan

Bonjour à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le fameux format que j'avais testé quelques mois auparavant sur le blog  ! En effet, je dois bien avouer que même si je garde un rythme de  lecture assez constant depuis la rentrée, le temps me manque quelque peu pour m'occuper du site. Je me suis donc dis que quelques petits avis pourraient être une bonne idée pour un retour, bien que je vous prépare des posts pendant ces vacances  ! Here we go !


I. Le Roi se meurt d'Eugène Ionesco 







Pour expliquer le succès du Roi se meurt, on a dit que c'est un classique. Il montre l'homme ramené à sa condition fondamentale. Donc à l'angoisse devant la mort. Cet homme qui parle avec les accents du roi Lear est néanmoins notre contemporain. Il est tellement notre contemporain que son histoire - une existence qui a oublié ses limites - reflète exactement la célèbre «crise de la mort» qui secoue l'Europe de l'après-guerre. Le Roi se meurt n'est pourtant pas une pièce triste. D'abord, parce que l'humour n'y est pas absent. Ensuite, et surtout, parce que Ionesco propose les remèdes pour sortir de la crise. C'est également cela, une grande œuvre classique : une leçon de dignité devant le destin.


On commence donc avec une pièce de théâtre assez contemporaine mais déjà considérée comme un classique : je veux bien sûr parler du Roi se Meurt d'Eugène Ionesco, auteur français d'origine roumain datant du XXème siècle. Ce texte était l'une des possibilités de lecture pour la première séquence de français pour moi cette année, avec Les Justes dont je vous parle un peu plus bas. Un titre évocateur, un petit résumé alléchant de la prof', et me voilà parti dans l'univers nuancé de Béranger, Marie, Marguerite, et tous les autres ! 


J'avais un peu peur de cette lecture, pour tout vous dire. De ne pas comprendre le jeux des symboles, les sous-entendus, et ce malgré l'écriture fluide et assez épurée du romancier roumain. Et quelques semaines après l'avoir terminé, c'est une certitude : je n'ai pas saisi tous les messages que contient cette pièce, et je ne les saisirais sans doute tous jamais. Vous savez, Le Roi se Meurt fait partie de ces oeuvres dont le sens peut changer en fonction de la période, de l'âge auquel chacun découvre l'histoire. Tout dépend du contexte, des sentiments qui vous traversent sur le moment. Malgré une certaine frustration, c'est aussi cela qui fait le charme de l'histoire. Celle-ci, pour tout dire, ne bouge pas beaucoup. On sort quelque peu des règles du théâtre plus classique, puisqu'ici, pas d'actes ni de scènes : tout se passe en un même lieu, avec les mêmes personnages, et avec pour toute échelle de temps la durée complète de la pièce. Le tout est basé sur les dialogues, avec une véritable réflexion sur la mort, et sur l'acceptation de cette dernière. En effet, on retrouve donc un roi, très âgé, avec un royaume en ruine qui part en vrille, ses deux reines, l'une représentant la joie de vivre et l'insouciance, l'autre la sagesse et la réflexion. Quelques autres protagonistes sont également présents, comme un médecin, une servante ou encore un garde. Tout ce petit monde réuni pour une chose : la mort du roi, qui doit survenir à la fin de la pièce. Ce dernier a énormément de mal à accepter sa fin prochaine, et cela donne lieu à des prises de tête, des réflexions sur la vie et ses enjeux mais aussi sur la conclusion : la visite de la faucheuse. 



L'histoire va de paire avec les personnages, et j'ai trouvé ces deux points très bon, même l'ennui a parfois pris le pas pendant ma lecture. L’intérêt de cette pièce réside dans la symbolique des objets, dans les subtilités de certaines paroles. Peu d'action, rien ne bouge réellement. Cette dernière est surtout mentale, dans la tête d'un roi puéril et dans le déni, qui va mûrir peu à peu. Le lecteur saisit au fur et à mesure que ce royaume, que ce roi est en fait lui-même. Chacun est le roi de sa vie, celle-ci constituant son royaume qui lui est propre. Ionesco a tenté de démontrer cela, et il arrive d'après moi avec humour et sérieux à la fois, avec puissance et délicatesse, avec tout et rien, car la vie représente tout, mais personne n'emporte quelque chose dans la mort.



Un texte entre étude ciblée de cours et lecture personnel, intéressant et impressionnant, à lire et à relire pour quiconque, car l'interprétation sera forcément différente en fonction du contexte de vie. Un classique contemporain. 



Après cette lecture relativement lourde, j'ai décidé de sortir de mes étagères un roman plus léger, qui traînait là depuis pas mal de temps : Aussi loin que possible d'Eric Pessan. 




II. Aussi loin que possible d'Eric Pessan 







Antoine et Tony n'ont rien prémédité, rien comploté. Ce matin là, ils ont fait la course sur le chemin du collège. Comme ça, pour s'amuser, pour savoir qui des deux courait le plus vite. Mais au bout du parking, ils n'ont pas ralenti, ni rebroussé chemin, ils ont continué à petites foulées, sans se concerter. La cité s'est éloignée et ils ont envoyé balader leurs soucis et leurs sombres pensées. Pour Tony, la hantise de se faire expulser vers l'Ukraine et d'avoir à quitter la France.


Pour Antoine, la peur de prendre une nouvelle dérouillée parce que son père a envie de se passer les nerfs. Depuis ce matin où tout a basculé, ils courent côte-à-côte, en équipe. Ils se sentent capables de courir pendant des jours, tant qu'il leur restera une once de force. Fatigués mais terriblement vivants.


Alors là, on rentre dans complètement dans ma zone de confort : un roman contemporain, qui traitre de sujets assez complexes et actuels tel que l'immigration et les classes sociales, avec une aventure quelque peu hors du commun. J'étais très enthousiaste à l'idée de cette lecture, qui s'est révélée être une lecture sympathique, divertissante et intéressante, sans toutefois frôler le coup de coeur. Les explications ! 



J'ai lu le synopsis de ce bouquin bien avant ma lecture, c'est ce qui m'a vraiment donné envie de le lire. Vous connaissez sans doute mon point de vue sur la question, et ma principale crainte avec les quatrièmes de couverture s'est complètement vérifiée ici : j'ai eu des attentes. Beaucoup d'attentes. On finit parfois par surestimer l'oeuvre en question, quitte à être déçu. Ayant fait cette expérience plusieurs fois dans le passé, je m'étais promis de ne plus les parcourir avant lecture (et non pas avant achat éventuel). Le roman d'Eric Pessan n'échappe pas à cette règle.
J'avais sans doute placé la barre trop haut pour ce bouquin, qui reste tout de même une très bonne lecture ! 


Niveau personnage, je me suis beaucoup attaché et identifié au narrateur de cette course un peu folle, à savoir Antoine. Forcément moins à Tony, puisqu'on ne le voit que part le regard de son ami, mais il n'en reste pas moins intéressant. Mais son compère reste mon élément préféré de l'histoire, mon petit coup de coeur personnel. Au début jugé trop jeune, j'ai adoré les petites réflexions qu'il égraine tout au long de la course. Eric Pessan, à travers lui, retranscrit merveilleusement bien la sensation de l'effort physique, avec un lexique et une description assez précise concernant la course et la fatigue qu'elle engendre. On avait souvent l'impression d'être enthousiaste en même temps qu'eux, fatigué en même temps qu'eux, avec ces petites fourmis dans les jambes et le coeur qui palpite. Un effort physique en restant dans son lit. Tout bénef', en somme.



Plus généralement, vous savez que j'adore ce genre d'actions dans un roman, qui sort du quotidien et des sentiers battus. Malheureusement, j'ai vraiment éprouvé quelques difficultés à ressentir cette petite chose, ce petit truc en plus qui gigote dans le ventre, qui fait frissonner le bout des doigts lorsqu'on touche le roman pour reprendre sa lecture, que les lecteurs aguerris connaissent sans doute bien. Ce petit machin-là, eh bien... Je ne l'ai pas vraiment eu. Même si j'ai bien réussi à me plonger à fond dans l'histoire, quitte à la finir en vraiment quelques jours, il me manque quelque chose, que j'ai vraiment du mal à vous décrire, vous l'aurez remarqué. Bien que j'accorde beaucoup de crédits à cette véritable quête, je l'ai trouvée… Aie aie aie, c'est très contrasté comme ressenti. J'ai un peu le sentiment d'avoir été un spectateur, mais pas un spectateur plus touché plus que la norme, comme avec les coups de coeur, bien que l'aventure touche à pleins de sujets sensibles, comme je l'évoquais au-dessus. 




Ce petit livre est resté un très bon divertissement pour ma part, mais qui ne taquine pas les sommets non plus. Peut-être que le public visé est un poil plus jeune, et qu'il les fera bien plus réfléchir que moi. Je vous le recommande tout de même, il vaut le détour pour ses personnages et sa course affolante. Une bonne lecture sans prise de tête avec une petite base de réflexion, voilà comment je définirais cette oeuvre d'Eric Pessan.


Bon, bon, bon... On va s'attaquer au gros morceau de cette chronique, l'oeuvre qui m'a le plus marqué, je pense. Encore une lecture de cours, dévorée en quelques jours : Les Justes d'Albert Camus. 





III. Les Justes d'Albert Camus







«Ne pleurez pas. Non, non, ne pleurez pas! Vous voyez bien que c'est le jour de la justification. Quelque chose s'élève à cette heure qui est notre témoignage à nous autres révoltés : Yanek n'est plus un meurtrier. Un bruit terrible! Il a suffi d'un bruit terrible et le voilà retourné à la joie de l'enfance.»


A peine une petite citation pour résumé, et le ton est donné. Cette pièce de théâtre, publiée dans les années 40 par Albert Camus, a été une véritable claque pour moi. Pour commencer, Camus est un auteur que je vais énormément étudié cette année, avec pas moins de trois oeuvres, dont une oeuvre intégrale analysée complètement en classe, à savoir La Peste, et deux lectures dites "cursives", à savoir L'Etranger et Les Justes. Il y a donc tout intérêt à ce que je m'entende à merveille avec ce grand monsieur de la littérature française du XXème siècle, de manière à ce que mon année de français ne devienne pas très vite une calamité. Et notre relation commence merveilleusement bien avec cette courte mais non moins intense pièce de théâtre qui regorge de scènes très intéressantes et de réflexions philosophiques très profondes. Voyons cela ! 


1905. Février. Moscou. Un groupe terroriste révolutionnaire qui se prépare à commettre un attentat envers le Grand Duc, figure du pouvoir en place. Le lecteur, au coeur du groupe, suit la préparation de cette acte criminel, censé "tuer une idée". La pièce est donc vraiment rempli de suspens, et ça ne décroit pas tout du long, avec plusieurs rebondissements et révélations. Par conséquent, je ne me suis vraiment pas du tout ennuyé. L'oeuvre s'étend sur plusieurs jours, avec pour chacun son enjeux et son lot de nervosité, aussi bien pour nous que pour eux. Bien évidemment, il y a des moments plus calmes, avec des discussions un peu plus "posées" entre les protagonistes. Mais, comme je le spécifiais ci-dessus, celles-ci ont un sens toujours profond, avec une base de réflexion très importante, notamment sur des thématiques comme l'engagement, le fait de commettre un meurtre pour une idée ou encore plus généralement la révolution au sens général. En soit, on a là beaucoup de matières et de ressources sur lesquelles s'appuyer en cours de français, avec des débats et des dissertations à la clé. Comme je le disais, cette lecture étant cursive, rien de tout cela, à peine un questionnaire, et je trouve que c'est plutôt positif, car cela m'a permis de garder une libre interprétation de ma lecture, sans être trop cadrer et guider par tel ou tel axe d'étude.



Niveau personnage, on retrouve un groupe assez hétérogène, avec un chef, un psycho-rigide, un poète, une femme déterminée entre autres. Tous, comme vous l'aurez remarqué, représentent une face bien particulière de la révolution à l'époque. Chacun ses raisons pour la mener, et chacun cherche quelque chose de différent pour tout gain de victoire, ce qui rend la lecture diversifiée et d'autant plus intéressante, puisque, vous vous doutez, les points de vues divergents vont souvent se retrouvez à l'affrontement. C'est là que réside tout l’intérêts des Justes, qui pose d'ailleurs une vraie question, rien que part son titre : qui est juste ? Les puissants qui terrorisent et dominent le peuple ou les révolutionnaires qui commettent des actes criminels pour les combattre ? Le débat est habilement ouvert par monsieur Camus, qui offre aussi une bonne partie des arguments... 




Une pièce remarquable, d'une juste profondeur, aussi bien dans la réflexion que dans l'action, une grande prouesse de la part de Camus, que j'aime déjà énormément ! 


Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, n'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce format et de mes avis. Enjoy ! 

mercredi 3 octobre 2018

Brexit Romance de Clémentine Beauvais


Auteure : Clémentine Beauvais

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Année de sortie : 2018

Nombre de pages : 450 pages 







Marguerite Fiorel, 17 ans, jeune soprano française, vient à Londres par l’Eurostar, pour chanter dans Les Noces de Figaro ! À ses côtés, son cher professeur, Pierre Kamenev.
Leur chemin croise celui d’un flamboyant lord anglais, Cosmo Carraway, et de l’électrique Justine Dodgson, créatrice d’une start-up secrète, BREXIT ROMANCE. Son but ? Organiser des mariages blancs entre Français et Anglais… pour leur faire obtenir le passeport européen.
Mais pas facile d’arranger ce genre d’alliances sans se faire des noeuds au cerveau – et au coeur !





Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Clémentine Beauvais, en plus d'être une personne fort sympathique, est une brillante auteure. Découverte avec le délicieux Songe à la Douceur, poursuivi avec le déjanté Les Petites Reines et enfin avec le plus sombre La Pouilleuse. Nouveauté du mois d'aout, ce nouveau roman plus que contemporain nous promet là encore une bonne dose d'aventure de de rire... That's Funny ! 






"Elle avait abandonné depuis longtemps l'idée de faire très peu de choses très bien; elle trouvait plus engageant de faire énormément de choses imparfaitement." 


Une histoire basée sur le Brexit, j'étais déjà de base très curieux et un poil sceptique, je dois bien l'avouer... En effet, je crois que c'est un événement encore véritablement récent, et dont on ne pourrait mesurer les conséquences avant encore quelques décennies... Et j'ai sur-kiffé ! Eh oui, si vous vous attendiez à une critique plus mitigée sur cette oeuvre, vous devriez sans doute passer votre chemin... Franchement, j'ai souvent eu l'impression d'être au théâtre, tant certaines scènes du roman sont cocasses. Le tout est vraiment bien ficelé, avec des quiproquos, des mals ou des sous-entendus, et toujours avec ce ton de "normalité" pour des choses parfois si burlesques, ce qui donne une véritable tonalité comique au récit. On retrouve ici vraiment tout ce que j'avais adoré dans Les Petites Reines, à savoir des personnages loufoques et pertinents à la fois, avec en fond de toile une intrigue plus qu'intéressante. En effet, j'ignorais quelle direction pourrait prendre Clémentine Beauvais avec un tel sujet, et je ne suis absolument pas déçu du résultat. Pas une seule seconde je ne m'y suis ennuyé, même je redoutais les moments de "routine" des personnages. Finalement, j'ai appris pas mal de choses sur les moeurs, les caractéristiques de la vie au Royaume-Uni ainsi que sur les citoyens anglais, la langue et ses subtilités. La romancière émet quelques critiques sur la société d'Outre Manche mais aussi sur la mentalité des français, avec quelques piques satiriques finement dissimulées. Sans toutefois changer de point de vue, puisque le récit est à la troisième personne, l'auteure alterne entre les différents personnages, de manière à bien montrer la petite pierre que chacun pose dans le projet Brexit Romance, et je vous parle aussi bien de l'entreprise de dear Justine que du roman en lui-même ! La construction finale est une très belle réussite... Et pour tout ouvrier, madame Beauvais propose une sacrée ribambelle de personnages... 


"Marguerite était à la fois émue et déçue de de ce spectacle, comme on peut l'être devant toute qui a ravi notre imaginaire et se révèle bêtement réel, et dont l'odeur de terre nous semble un tant soit peu vulgaire."


Et là, on en a pour tous les goûts ! Des hommes, des femmes, des français, des anglais, des riches, des plus modestes, des étudiants, des chômeurs (ou presque), des grands, des petits, des bruns, des blonds... Une sacrée panoplie ! Evidemment, certains sont moins importants dans l'histoire que d'autres, mais le lecteur s'attachent à tous, ne serait-ce qu'un peu. On pourrait s'y perdre, mais Clémentine Beauvais offre une particularité, un caractère, aussi petit soit-il, qui nous permet de les reconnaître à la moindre parole prononcée. Pour être un peu plus précis, j'étais assez peu enthousiaste quant à Marguerite lorsque je l'ai découverte, dans l’eurostar, au tout début. Mais au fil du bouquin, on apprend à la découvrir, et ce côté un peu innocente qui pouvait limite m'agacer me l'a au contraire rendue agréable, et c'est souvent avec un sourire que je la retrouvais pour suivre ses aventures à la découverte de la vie. Marguerite est vraiment le personnage qui a évolué avec cette histoire, et que le lecteur a vu évoluer. Cela créer un certain attachement, une sorte d'identification pour être précis, qui place l'adolescente, presque adulte, définitivement à part. L'autre personnage qui m'a convaincu, et ce, en revanche, dès les premières lignes, c'est Pierre Kamenev. J'ai senti de suite chez lui une possibilité d'un grand changement de comportement, et que son antipathie apparente n'était qu'une façade... Et je trouve juste parfait ce qu'en a fait l'auteure. Je veux dire... Plus on avance, plus le pianiste nous paraît proche, et plus humain, alors qu'il n'était qu'un énorme bloc de glace dans les premières lignes. Il sort lui aussi grandit du Brexit, en quelque sorte. Comme Marguerite, son élève. Le maître apprend à l'élève. Et inversement. 


"Justine et Cosmo étaient depuis longtemps amis, de l'une de ces amitiés troublantes qui parviennent à s'accommoder d'une radicale différence de milieu sociale, d'une opposition de convictions politiques totale, et d'une hostilité fondamentale au style de vie de l'autre." 


Je préfère faire un second paragraphe, certes moins long, pour parler de Justine, Canelle, Math, et des autres. Ce sont des personnages, bien qu'ayant un grand intérêt dans le déroulement de l'histoire, qui ne m'ont pas autant marqué que le duo que j'évoquais au-dessus. J'ai eu du mal avec Justine à certains moments, avec ce côté trop hautain qui est je suppose quelque peu exagéré par l'auteure, et cette façon de se rendre un peu inaccessible. En dehors de cela, j'ai beaucoup ri en sa compagnie, à elle et son frère, avec leurs dialogues délirants qui sont tenus dans la plus grande normalité, pour notre plus grand bonheur. Je pourrais évoquer pendant encore des dizaines de lignes Canelle, Cosmo et autre, mais je préfère vous laisser la surprise. Enjoy !
Une écriture rythmée, sans temps mort, pour accrocher un lecteur déjà addicte à des personnages atypiques et une intrigue surprenante. Une recette gagnante pour Clémentine. Again and again. Plus sérieusement, je trouve incroyable cette qualité de bibliographie, avec cette enchainement de sans fautes depuis quelques années maintenant, preuve que l'on peut compter madame Beauvais comme un talent confirmée et en place dans la littérature adolescente actuelle, qui deviendra bientôt une incontournable, si ce n'est déjà le cas. That's funny. 


"Mais au moins, dans tout ça, on a toujours le monde, ou de moins la possibilité du monde ! On a l'impression que le monde est d'accord avec qu'il devrait changer, et qu'on est juste dans une mauvaise phase, mais que ça va s'arranger !..." 






Encore un petit bijoux marrant, intéressant, actuel signé par Clémentine Beauvais, qui démontre une fois de plus son talent avec cette comédie burlesque et déjantée, qui offrira rire et réflexion à quiconque ose s'aventurer à Londres par mégarde !

lundi 17 septembre 2018

Le Gouffre de Rolland Auda

Auteur : Rolland Auda

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 512 pages

Année de sortie : 2018





Lorsque Saïd, 17 ans, se rend en plein hiver à Maleroque, un village des Alpes, ce n’est pas simplement pour pratiquer sa passion, la spéléologie. C’est aussi pour aller passer quelques jours dans la maison de son grand-père qui vient de mourir : Hans, dit Jean des Loups, célèbre écrivain.


Mais Saïd se rendra vite compte que les sorciers et les monstres ne hantent pas que les histoires à succès de son grand-père, et qu’il est très attendu.

Que veut-on de lui ? Qui est ce mystérieux Sourcier, dont les créatures de fumée surgissent des entrailles de la Forêt Chantante ? Une chose est sûre: pour s’en sortir, Saïd devra affronter bien plus que ses propres démons.







Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Ce n'était vraiment pas le roman qui me tentait le plus dans les nouveaux Sarbacane de cette année 2018. Déjà, je n'ai jamais lu aucun des romans de Rolland Auda avant celui-ci (oui tuez-moi, évidemment que vous pouvez). Ensuite, le thème, le genre du récit, qui ne sont clairement pas mes goûts, ne jouaient clairement pas en faveur de ce bouquin. Pourtant, beaucoup de critiques positives sur différents sites m'ont peu à peu motivé à le découvrir, puis finalement bah... Demande à la maison d'édition. Lecture. Extra. 








"Règle n°3 : Les joueurs ne doivent pas parler du jeu, ni entre eux ni à des inconnus." 


J'ai un peu discuté avec certains lecteurs de cette histoire, et on m'avait prévenu : tu vas être absorbé par ce gouffre, et tu n'en ressortiras pas sans quelques égratignures cérébrales. Et… Tout ça s'est avéré vrai. Vrai de chez vrai même, et vous affirmer que mon esprit est retourné comme si j'étais passé dans le tambour d'une machine à laver serait un euphémisme (les cours de L, alala...). Evidemment, j'ai commencé ma lecture sans aucune réelle indication, si l'on excepte les quelques critiques lues sur le tas. Dès les premières lignes, l'atmosphère vous prend aux tripes. Le lecteur est plongé au coeur des montagnes, dans un petit village intitulé Maleroque, complètement isolé, au milieu des vacances de février. L'ambiance est posée, l'auteur la gère parfaitement, avec des descriptions très réalistes et une plume empreinte d'une certaine froideur. Lu au beau milieu du mois d'Aout, il fût une sorte de glace délicieuse que l'on prend le temps de savourer, mais je pense qu'une relecture aux alentours de noël n'est pas à exclure, pour une immersion encore plus totale. L'histoire... Je tarde un peu à vous en parler, car celle-ci... Est assez particulière. Pour tout vous dire, même un bon moment après ma lecture, certains aspects, détails de celle-ci restent encore assez flous pour moi. Le lecteur se retrouve donc plongé dans un sombre combat, un jeux dont les frontières sont très difficiles à cerner, malgré quelques règles de base qui nous sont dévoilées dès le prologue. Rolland Auda a beaucoup joué avec moi. Me mettre sur une piste, dévoiler un indice supplémentaire qui sert de contre-hypothèse, puis encore une petite phrase qui nous fait douter... Le tout se déroule sur un laps de temps très court (du 24 février au 1er mars) et la multitude de personnages qui composent cette oeuvre font qu'il y a souvent plusieurs actions simultanées, que le romancier prend plaisir à stopper pour repartir sur quelque chose de complètement différent, avant d'y revenir plusieurs dizaines de pages plus loin. Lecture rapide et addictive, on s'en doute. Le roman au complet est comme un immense puzzle, dont on ne connaît pas le motif, mais dont les pièces s'assemblent peu à peu jusqu'au tableau final. Et quel tableau... J'ai juste adoré. J'ai trouvé ça très intéressant, original, avec du suspens, de l'action, des révélations. Quelque chose de vraiment prenant, avec un soupçon d'émotions pour polir le tout. Un réussite absolu




"Aucune envie de passer pour un dingue- ou une bête curieuse, sentiment qu'il connaissait au fond depuis un peu près toujours." 


Comme spécifié au-dessus, ce roman compte beaucoup de personnages (j'en compte un peu plus d'une vingtaine). Evidemment, il y en a que l'on voit beaucoup plus que d'autres, qui font à peine une apparition ou deux. Le personnage principal de cette histoire est Saïd, un jeune homme narcoleptique un peu naïf mais très attachant et intelligent. Je me suis senti très proche de lui à travers tout le roman. En effet, il ne connaît rien de son grand-père et de l'histoire qui le mêle au village, donc il découvre en même temps que nous les indices sur tout ça, ce jeux, son aïeul qui lui était finalement inconnu. Il est aussi perdu que nous à certains moments, on a le coeur qui s'emballe pour lui, on est heureux, triste, en colère pour et avec lui. Je peux affirmer que je pense avoir quasiment toujours compris Saïd, même si évidemment il restera toujours une part d'ombre chez lui. Les autres protagonistes de cette aventure sont tout aussi variés et intéressants. Gros coup de coeur pour Marguerite, une vieille folle qui nous reste sympathique sous ses airs bourrus, et pour Roger (prononcez "Rodgeur") avec ses goûts musicaux et son sourire qui m'aura bien bien fait rire à des moments où l'histoire était emplie par la tension du moment. J'ai eu peur au début de tous les confondre, mais pas du tout. Ils occupent tous une place bien particulière sur l'échiquier de ce roman unique en son genre, avec un caractère et un rôle à prendre. Excellent



"Saïd calla son nez à la vitre, un moineau aperçut le bus et le dit à un écureuil qui le dit à un sanglier qui le dit à un cerf qui le dit à un renard qui le dit à une vipère qui le dit à un mulot qui le garda pour lui." 


Là encore, je l'ai évoqué rapidement dans le premier paragraphe, mais j'ai trouvé dans cette œuvre une écriture très froide, très intéressante puisque cela nous plonge instantanément dans l'histoire et dans une petite bulle pour lire tranquillement. On sent clairement un gros travail derrière tout cela, très pointilleux et précis pour les descriptions des lieux, qui sont je pense imaginés (après quelques recherches). Ceux-ci restent très restreints, le tout pourrait faire penser à un huis-clos aussi bien temporel que dans l'espace. On s'y croirait. Ensuite, on voit clairement une évolution dans l'attitude et la maturité des différents personnages de l'histoire, qui changent en fonction des révélations et autres aventures. Enfin, la fin justement, est comme la cerise sur la gâteau : arrivée en bombe, incroyable visuellement parlant, incroyable pour les personnages, et c'est un point d'orgue pour finir en beauté un petit OVNI très prenant. Un romancier incontournable d'Exprim', je fais devant vous le sermon de m'intéresser au reste de sa bibliographie, après une claque pareille. 


"Un loup grand comme un homme
Un homme grand comme un loup..." 





Un roman incroyable, autant dans l'histoire que dans les personnages ou l'aspect hivernale de la chose. Si vous cherchez une critique avec des points négatifs, ce n'est certainement pas ici que vous la trouverez. Je recommande absolument !