lundi 4 juin 2018

L'atelier d'écriture n°306 de Leiloona : Voyage en pensées...




Cette histoire nous propulse aux abords d'une petite masure, au coeur de la campagne, où les odeurs de foin et de fleurs s'entremêlent au gré de la douce brise de fin d'après-midi. Deux petites sont assises au fond d'un baquet de bois rond, rempli en son fond par quelques centimètres d'eau. La première petite fille, prénommée Maya, observe depuis quelques minutes un buisson rempli de groseilles, à quelques mètres d'elle, tandis que Bérénice, le regard vague, à l'air plus renfermée sur elle-même. Mues par un profond attachement ainsi qu'une proximité exceptionnelle, les deux petites discutent en pensées. C'est Bérénice qui engage la conversation.


B : Qu'observes-tu ?

M : je contemple ce petit taillis rempli de groseilles par centaines. Qu'elles ont l'air juteuses ! J'aimerais tant aller en déguster quelques-unes.

B : Eh bien, qu'attends-tu ?

M : Une petite pointe de soleil, un joli chant d'oiseau, ou que tu viennes avec moi...

B : Ce ne sont là que des excuses ma chère ! Pourquoi toujours repousser quelque chose dont on a envie par simple paresse de l'effort à fournir pour l'obtenir ? La vie ne serait-elle pas trop facile sans ces micros efforts du quotidien ? Tu sais ma chère, tu n'aurais aucune satisfaction à avaler ces groseilles si celles-ci venaient à toi comme te vient une simple pensée. Réfléchis bien à mes paroles.


La petite Maya, songeuse, recentre son regard devant elle, alors que Bérénice se met à son tour à regarder les groseilles au loin. Soudain, mues par une coordination magnifique, les deux fillettes sortent de leur baquet et s'en vont déguster les groseilles, sans autre forme de jugement.


Ce texte a été écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona. La photo a été prise par (c) Laurent Blisson. 

samedi 28 avril 2018

Les quatre gars de Claire Renaud


Auteur : Claire Renaud

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 192 pages

Année de sortie : 2018






Dans la famille, on est quatre gars – et des gars pas très cordiaux. Il y a mon papi, mon père, mon grand frère Yves et moi, 9 ans, Louis. On vit à Noirmoutier – on récolte du sel et on le vend sur le marché. La mer nous sale, nous nourrit, nous apaise et nous éblouit.

Chez nous, ça ne parle pas, ça rit peu. Il faut dire que les femmes sont parties une à une. Depuis, Papa vit comme un bernard-l’ermite dans sa coquille. Papi parle au fantôme de mamie quand il veut un avis sur la cuisson des crêpes. Yves, lui, est accro à la muscu.


Et moi? B
en, moi, j’aimerais bien croire que cette vie, on peut faire mieux que presque la vivre.




Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi !


J'ai vu ce roman tourner sur pas mal de blog et autre Babelio ces derniers temps sur la toile, avec sa couverture bleue foncée qui sent bon la mer et le sel. Alors forcément, au fur et à mesure des semaines, j'ai eu cette petite envie de le découvrir qui m'a chatouillé, puis s'est faite de plus en plus forte, jusqu'à ce que je ne puisse plus tenir... Je l'ai demandé aux éditions Sarbacane, qui ont très gentiment accepté, et je l'ai littéralement dévoré dans les jours suivants ! 





"On s'appelle la famille Dégâts, je vous rappelle... On a une réputation à tenir !"


Claire Renaud nous propulse en plein coeur de Noirmoutier, face à l'immensité de l'Océan Atlantique, aux cotés de ces quatre Gars, les Dégâts, pour les intimes. Dans cette famille atypique, je demande le fils cadet, Louis-Marie, 9 ans. Vient ensuite Yves-Marie, l'aîné, âgé de 17 ans, puis leur père Jean-Marie, et le père de ce dernier, Pierre-Marie. Le lecteur, quant à lui, suit le quotidien de cette tribu dépourvu de toute présence féminine à travers le point de vu de Louis, le plus jeune de tous.



"Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille"


Ce texte m'a vraiment fait voyager. J'ai été transporté dans la vie de Louis, et ce à chaque fois que je posais mes yeux sur les lignes de ce livre ne serait-ce que pour quelques minutes, le temps d'entamer un nouveau chapitre. J'ai adoré suivre le quotidien de cette famille, entre les engueulades, l'école et le marché du dimanche. Il faut savoir que dès le début, je suis rentré dans l'histoire les deux pieds joints, avec cette aventure qui commence sur une énième bavure d'Yves pour impressionner les filles. Ensuite ? Ce ne fût qu'une cascade de tracas, de rire, de sourire, de boule dans la gorge, de contraction de mâchoire, de soupir, de battements de coeur. Pour tout vous dire, j'ai ressenti cette même chaleur dans mon ventre que lorsque j'avais découvert Les Belles Vies fin 2016. "Les Quatre Gars" est un pur concentré de toutes ces émotions qui font le quotidien de chacun, et le lecteur les ressent puissance 1000 ! Et finalement, malgré pas mal de disputes entre le père et le reste de la famille, malgré les soucis de tous les jours, j'ai bien eu envie d'y rester, à Noirmoutier ! je m'y suis senti réellement bien, comme lové dans un petit nuage où seul résidait cette histoire (et puis bon, il faut avouer qu'en cette période, plutôt grisâtre, Claire Renaud n'aura aucun soucis à rendre envieux ceux comme moi qui ont l'habitude de passer leurs vacances au bord de l'Atlantique).



"Seulement, même si un jour on la saisit, cette chose, est-ce qu'on sera vraiment heureux ? Est-ce que ça changera quelque chose à nos presque vies ? C'est une vraie question qu'on peut se poser, je crois."


 Que d'odeurs, que de sons, que de bruits ! Les réactions et la spontanéité de Louis n'ont fait que conforter ma sensation de voyage. Tous les personnages de cette histoire m'ont réellement plu ! C'est comme si ils m'avaient adopté au fur et à mesure des pages. Le lecteur connaît toujours mieux cette famille, les réactions, les petites mimiques de chacun. Une bulle s'installe peu à peu. Et qui de mieux que ce p'tit gamin de Louis pour nous conter une telle histoire ? Personne, sans aucun doute. J'ai été attendri par ce personnage que j'ai trouvé très mature malgré son jeune âge. Et comment vous parlez de Louis sans vous parler de sa relation avec son grand-père ? Et même de son grand-père tout court d'ailleurs ? Il s'agit là de quelque chose d'unique, qui met le sourire aux lèvres, d'une beauté sans pareil. Quelque chose, un objet, un récipient, un bol plus précisément, où l'on aurait glissé de la tendresse, des petits gestes, des rires, des larmes, une bonne dose d'émotions. On mélange le tout. Et on obtient une complicité, un attachement à la fois simple et tellement hors du commun. Ce grand-père énergique, rempli d'une joie de vivre et d'une vivacité malgré son âge avancé, qui effectue en quelque sorte un passage de flambeau à un Louis innocent qui n'attend que de croquer la vie à pleines dents. Rajoutez à ce gratin le père d'une chaude froideur et un Yves qui cherche à se muscler pour impressionner dans la chaleur de l'été, et vous obtenez comme une nouvelle famille.


"Parce que parfois, il y a des phrases qui n'ont aucun sens pour nous, alors que pour un autre, c'est lumineux. Si ça se trouve, ma phrase est lumineuse !"


Des personnages portés par des pensées si bien retransmises par Claire Renaud... Celle-ci écrit avec une clarté et précision des phrases si anodines qui cachent en réalité une réflexion folle. Elle utilise pour cela à merveille son personnage de Louis, qui offre au lecteur une vision si innocente mais qui n'en est que plus véritable dans cette chienne de vie. J'ignore totalement si ce récit est autobiographique ou si la romancière conte l'histoire de quelqu'un de proche, mais j'ai été soufflé par sa faculté à se mettre à la place d'un garçon de 9 ans et d'être capable de nous montrer ce qu'il voit et ressent avec une telle justesse. Des descriptions moindres, fondues dans le récit entre dialogue et réflexion, pour un voyage toujours plus intense aux côtés des Dégâts.


"Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul."




Un voyage, des émotions, des personnages. Un bel exemple de ce qu'est un véritable roman, de ce qu'il peut procurer, et ce qui fait la particularité de sa lecture. Il faut le lire. Absolument.

vendredi 23 mars 2018

Le Premier de Nadia Coste

Auteure : Nadia Coste 

Maison d'édition : Scrinéo 

Nombre de pages : 352 pages

Année de sortie : 2015





À l’origine, il était humain...

Vaïn n’est pas mort. Pourtant, son frère l’a tué. Est-il ressuscité ? Pourquoi le soleil brûle-t-il sa peau ?
Alors que son désir de vengeance augmente, Vaïn ne tarde pas à imaginer que la Nature l’a sauvé de la mort et rendu différent pour éliminer son frère et sa descendance maudite…


La quête d’un immortel depuis le néolithique jusqu’au début de Rome.




Très mauvais élève sur les (jeunes) éditions Scrinéo, que j'ai découvert il y a un peu plus d'un an, aux Imaginales, avec des interviews et des titres mis en avant comme "La voix des Oracles" d'Estelle Faye ou "Les Rois des Fauves" d'Aurélie Wellenstein. Cet ouvrage de Nadia Coste m'avait interpellé lors de sa présentation dans une conférence du créateur de Scrinéo, Jean-Paul Arif (que vous pouvez retrouver ici). Une rencontre l'année dernière à Nancy plus tard avec son auteure, et me voila avec le roman dans les mains, pour mon plus grand plaisir !



Il faut tout d'abord savoir que, malgré son synopsis plus qu'alléchant, ce roman me fait considérablement sortir de ma zone de confort, moi qui suit loin d'être un aficionados des romans parlant de zombie et autres créatures surnaturels, et, à ce que j'ai pu comprendre, il en est de même pour Nadia Coste, qui n'avait jamais écrit un tel roman auparavant. Eh bien mes amis, quelle claque j'ai pris !


Vaïn est le personnage principal de cette oeuvre, et il est également le premier vampire de l'Histoire. Loin d'être un anti-héros, il est toutefois bien loin des personnages principaux "traditionnels" que l'on retrouve dans la plupart des romans. Vaïn est très froid tout au long du roman, autant avec le lecteur qu'avec tous les autres personnages qu'il croisera au cours de son aventure, et j'ai souvent eu le sentiment que lui n'avait justement aucune émotion, et encore moins d'empathie pour son prochain. Nadia Coste nous montre vraiment bien ce processus de déshumanisation avec tous les étapes qui éloignent toujours un peu plus Vaïn de sa condition d'Homme, et de quelle manière celui-ci s'habitue à sa nouvelle vie. J'ai été décontenancé dans un premier temps, mais j'ai finis par réellement m'attacher à lui, jusqu'à être vraiment triste au moment de le quitter, quand j'ai terminé le bouquin. En effet, derrière cet aspect cruel et violent de sa personnalité, avec tous les massacres qu'il perpétue sur la descendance d'Urr, se cache encore des traces d'un homme seul, blessé, qui se pose beaucoup de questions sur sa mission et ce qu'il lui arrive (tout ce côté amènera d'ailleurs tout un pan complet de l'histoire, mais je vais y revenir).  Difficile toutefois de m'identifier à lui, tout comme à son frère Urr, qui représente lui le mythe du Loup-Garou. Quant aux autres personnages, on les découvre au fur et à mesure des traques de Vaïn, difficile cependant de vous en parler sans en dévoiler trop sur la suite du livre...


On retrouve donc les deux frères le jour de la dernière épreuve de l'initiation du plus grand, Urr. Kaïn est alors un adolescent égoïste, qui ne pense qu'à empêcher son frère de réussir. C'est au cours de ces premières pages que Kaïn meurt, puis revient à la vie, pour selon lui traquer son frère, qui est entre temps devenu un loup-garou (oui ça promet !). C'est une aventure haletante, avec énormément d'action, de suspens et parfois des scènes violentes. Nadia Coste nous plonge merveilleusement bien dans la nouvelle vie de Kaïn, avec ses nouveautés et les changements qu'elle implique. Il m'a été pratiquement impossible de lâcher le roman, et quand (malheureusement) j'y étais contraint, c'était pour reprendre avec un plaisir grandissant plus tard ! J'ai adoré découvrir de quelle manière l'auteure allait poursuivre son histoire, avec beaucoup de rebondissements et de surprises à découvrir ! Nadia Coste a découpé son livre en trois parties bien distinctes qui aurait pour moi constituer un tome chacun. C'est comme si elle nous avait offert une saga entière, avec une histoire assez "indépendante" pour chacun des opus qui la composerait. J'ai vraiment eu la sensation en finissant le bouquin d'avoir assisté à la vie complète de Kaïn, avec toutes les principaux passages de ces aventures, et là encore, j'ai adoré !


Nadia Coste possède une écriture très visuelle, ce qui fait que l'on s'imagine parfaitement bien la scène décrite, et rend notre immersion dans cette univers préhistorique encore plus profonde, et finalement, c'est un roman qui se lit extrêmement vite, malgré ses 300 pages ! La fin m'a rendu, comme je le disais plus haut, triste et apaisé à la fois. La boucle est bouclée, avec cette petite référence historique qui m'a énormément plu, d'autant plus qu'elle était vraiment inattendue ! 



Petit coup de coeur pour roman assez dur mais rempli d'action, de suspens et de rebondissement ! Bravo à Nadia Coste !

mercredi 21 mars 2018

La fille qui mentait pour de vrai de Catherine Grive

Auteure : Catherine Grive 

Maison d'édition : Le Rouergue 

Collection : Doado 

Nombre de pages : 128 pages 

Année de sortie : 2018 




Mais pourquoi ment-elle tout le temps, Kimberley ? Gros mensonges ou mensonges drôles et gratuits.... Comme son père, d'origine suédoise et chauffeur poids lourds vers les pays du grand Nord, elle a une capacité à s'évader tout le temps, au collège, en famille, en disant n'importe quoi. Jusqu'à ce que sa mère semble, elle aussi, être entrée dans un grand mensonge par omission. Une tranche de vie pleine de charme, souvent drôle et très juste dans son personnage d'ado encore très indécise dans la recherche de sa vérité.

Je tiens tout d'abord à remercier les éditions du Rouergue pour cet envoi !

Une fois n'est pas coutume, c'est une découverte totale pour moi que ce livre.  Sur le catalogue des nouveautés reçu récemment, j'ai de suite voulu savoir ce qui ce cachait derrière cette mystérieuse couverture et ce résumé qui ne laissait rien paraître. Voyons ce qu'il en est !

Le récit est à la première personne, et celle que nous allons justement suivre tout au long des 128 pages se nomme Kimberly (Kim ou Kid pour les intimes). J'ai encore aujourd'hui beaucoup de mal à parler d'elle. Cette adolescente m'a en premier lieux touché, de part sa situation, son esprit tourmenté et embrumé par des questions sur sa vie, ses envies, ses amis, son orientation sexuel aussi. Les lecteurs assez jeunes pourront s'identifier à elle facilement, car elle représente vraiment cette transition vers l'âge adulte, avec son lot de soucis et de changements. Mais il y a aussi, au fur et à mesure que l'histoire avance, et même si je peux tout à fait l'expliquer, une dureté dans les relations que Kim entretient avec sa famille, et notamment avec sa mère. C'est un petit goût amer qui m'est resté après ma lecture, puisque c'est quelque chose qui monte en puissance tandis que les événements de l'histoire prennent de l'ampleur. Même si je le répète, je peux l'expliquer, j'ai trouvé ce comportement un peu immature et égoïste de la part de l'adolescente. Je ne sais pas si c'est un point négatif dans le sens où cela rajoute du réalisme à l'histoire et ça nous montre que tout n'est pas toujours rose et que chacun réagit d'une manière différente face aux obstacles que la vie place en travers de notre chemin. Moi-même n'étant pas dans la situation, je ne peux pas prévoir ce que j'aurais fait à sa place. C'est principalement pour cette raison que Kim est pour moi un personnage en demi-teinte dans ce roman


L'histoire est  bien plus que le récit de vie de cette adolescente mythomane. C'est en fait à ce genre d'histoire que je m'attendais suite au résumé. Je trouve d'ailleurs que ce résumé est vraiment excellent, car il ne spolie en aucun cas le roman et invite vraiment à la curiosité. Il est très ouvert, et c'est assez rare pour le souligner. Mais celui-ci m'oblige à ne spolier aucun élément de l'histoire, ce qui restreint considérablement mes possibilités de vous parler en profondeur de cette aventure. Tout d'abord, je trouve qu'il y a vraiment une atmosphère assez pesante qui se dégage du roman et ce dès les premières pages, et pas seulement à cause du caractère de Kim. Une impression qui va au fur et à mesure se confirmer et devenir l'intrigue principal du bouquin. Catherine Grive arrive parfaitement à doser les moments où on avance dans cette intrigue qui se développe peu à peu et les moments de vie de Kim, comme si elle mêlait deux histoires en une. Cette aventure contient beaucoup de rebondissements inattendus, si bien qu'on ignore où est-ce que l'auteur veut nous emmener même une fois le lecteur arrivé dans les 20 dernières pages. Cette fin d'ailleurs, nous fait passer par des tas d'émotions différentes et réponds à toutes nos questions. Elle aurait toutefois, je pense, mérité un peu plus de descriptions, peut-être quelques pages en plus, comme si certains moments étaient passés un peu trop vite.


J'ai trouvé la plume de Catherine Grive très... Visuelle, oui c'est le bon terme, je crois. Les descriptions qu'elle fait parfois dans l'histoire sont très poétiques, assez détaillées sans tomber dans l'ennui. Les présentations qu'elle effectue dès le premier chapitre sont bonnes et funs sans tomber là encore dans la monotonie. C'est une auteur que je ne connaissais pas, mais après renseignement, j'ai vu qu'elle avait écrit plusieurs autres livres publiés au Rouergue, avec des couvertures toujours plus mystérieuses qui appellent à la lecture !


Un récit court mais intense, où l'action et les rebondissements empêchent toute forme d'ennui, avec en fond de toile une très belle plume descriptive !

lundi 12 mars 2018

L'atelier d'écriture n°297 de Leiloona : une larme au coin de l'oeil...



Je ne me suis pas retourné, ce jour-là, pour apparaître sur cette photo. Happé par la puissance tranquille de cette fontaine, je n'ai pas daigné répondre aux appels de ma douce. Elle m'a montré la photo, quelques secondes plus tard, un demi-sourire planté sur le visage. J'étais retourné, le sac à dos au premier plan. J'ai étiré mes lèvres à mon tour, d'une manière un peu superficiel, une larme au coin de l'oeil qu'elle n'a pas vu, avant de lui planter un doux baiser sur la joue. Même si aucun de nous deux ne l'a pas forcément saisit ce jour-là, quelque chose s'est brisé. Un lien, un fil conducteur qui reliait nos deux coeurs jusqu'alors. Nous ne nous sommes pas adressé la parole durant la soirée. Un doigt entrelacé l'un sur l'autre,  on marchait d'un pas lent, dans le centre de la ville agitée. Le silence est ma muse, je me sentais ivre et nostalgique. On a déambulé pendant plusieurs dizaines de minutes, avec pour toute bande son le rythme de nos respirations. Soudain, quelqu'un l'a arrêtée. Un petit homme, assez maigrichon, les cheveux teints de blanc. Tous deux ont commencé à discuter de manière vive, entre rire et exclamation. Son visage m'était familier, mais aucun nom ne m'est venu. Je suis resté en retrait, après tout, ce n’était pas à moi d'être sur le devant de la scène. Je me suis contenté de les observer à la dérobée, tantôt l'esprit ailleurs, tantôt les yeux braqués sur le guide de la ville. J'avais repéré plusieurs coins sympas, où nous pourrions nous poser, elle sur mes genoux, moi assis sur un banc un peu rouillé, à se chuchoter des mots doux jusqu'à l'aube. Nous n'y sommes pas allé. Je suis rentré à l'hôtel, seul. La solitude me serrait contre son corps chaud, et je m'y lovais avec délectation. En réfléchissant, nous étions si proches mais si différents, elle et moi. Elle, se sentait bien en société, avec ses ami(e)s, sous les regards, avec humour et sérieux à la fois. Je n'aspirais qu'au calme et à la tranquillité. C'est quelque chose que je n'aurais imaginé ressentir quelques mois en arrière. Cette amour qui fût pendant tout ce temps ma nourriture et mon oxygène, ne représentait à présent qu'un poids, une route sans véritable issue. Et j'étais certain que la réciproque était juste. Ils nous consumaient plus qu'ils ne nous rendaient heureux. On en a longuement parlé, à son retour, toute la nuit, jusqu'à épuisement.

Je suis parti à l'aube du lendemain, seul, sans regret, avec un pâle sourire sur le visage et une larme au coin de l'oeil.



Ce texte a été écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona. Je n'ai pas trouvé celui ou celle qui a pris la photo. 

vendredi 2 mars 2018

Des pas dans la neige (aventures au Pakistan) d'Erik L'Homme

Auteur : Erik L'Homme 

Maison d'édition : Gallimard 

Collection : Pôle Fiction 

Nombre de pages : 224 pages 

Année de sortie : 2010




Erik L'Homme n'est pas seulement l'écrivain, il est aussi un aventurier passionné. Il y a plus de vingt ans, il est parti en expédition dans les montagnes du Pakistan, à la recherche de l'homme sauvage. Le froid, la peur, l'émerveillement... Il raconte tout et c'est comme si on y était. L'auteur du «Livre des Étoiles» nous fait partager certains des moments les plus forts de sa vie. Un récit extrême.


J'ai déjà lu dans le passé quelques oeuvres d'Erik L'Homme (Le regarde des princes à minuit, la trilogie Phaenomen) et j'avais vraiment bien accroché à son style et à son univers ( où plutôt ses univers puisqu'il s'est essayé à la fantasy, le fantastique, la Science-fiction...). Avant de m'attaquer à son plus gros succès (Le livre des Etoiles, une trilogie remplie de sorciers et de magie) qui repose tranquillement sur une des étagères de ma bibliothèque, je décide de continuer mon aventure littéraire avec ce récit de voyage. Une première pour moi. Qu'est ce que ça donne ? Voici ce que j'en ai pensé !

Comme spécifié dans l'introduction, cette oeuvre est un récit de voyage. Il n'y a donc pas de personnages au sens propre, puisqu'il s'agit de l'auteur, Erik L'Homme, qui raconte son aventure avec son frère cadet et un ami. Il est donc très compliqué pour moi de structurer une chronique comme je le ferais pour une oeuvre contenant des personnages fictifs bien que souvent inspirés d'une réalité. Je ne pourrais me permettre de juger les attitudes d'Erik L'Homme durant son voyage (c'est en écrivant cela que je me rends compte que ma chronique risque d'être assez courte).

J'aimerais toutefois brièvement aborder le sujet des endroits visités par le groupe d'Inglisi comme ils sont surnommés localement. J'ai vraiment adoré les descriptions offertes par l'auteur, qui nous offre ainsi une vision précise et envoûtante des vallées et montagnes que l'on découvre par leurs yeux. J'ai plusieurs fois été regarder sur Internet notamment des cartes pour bien me repérer (la frontière afghano-pakistanaise par exemple) dans l'espace. En tout cas, il ne fait aucun doute que j'ai voyagé avec ce livre, bien au delà des murs de ma chambre.

Ce récit est celui du voyage entrepris par Erik avec Yannick (son frère) et Jordi (un ami) dans les vallées reculées du Pakistan, près de la frontière afghane. Quelques jours après ma lecture, et en réfléchissant, ce qui m'a marqué et me marque encore le plus avec cette aventure, c'est la force que dégage ce texte. Pour faire simple, au moment de ma lecture du résumé (oui ça m'arrive de lire les résumés), je doutais, à mon grand dam, du sens profond de ce voyage, à savoir cette recherche concernant l'homme des neiges, ou barmanou pour employer l’appellation locale. Il se trouve que l'auteur m'a assez rapidement convaincu du contraire, et j'étais pendant 9/10ème du bouquin et je suis encore d'ailleurs, à fond derrière les recherches des trois compères, adhérant complètement à leur cause. On lit ce qu'ils recueillent, leurs découvertes, leurs discussions avec les locaux, et on est réellement stupéfait des résultats obtenus. Il faut aussi savoir que je ne connaissais pas l'existence d'une telle légende (car oui, à défaut de recherches scientifiques sérieuses, on ne peut aujourd'hui que considérer les barmanou comme une légende), qui se rapproche toutefois de celle du yéti. Je me suis à la suite de cette lecture renseigné sur ces êtres, et j'ai retrouvé certains documents cités dans le roman. Erik L'Homme, dans l'introduction de son oeuvre, résume un des secrets de cette lecture en citant une de ses autres oeuvres : "Le premier effort à faire pour accéder à la compréhension magique du monde, c'est de le regarder différemment". Là est la clé d'une vision différente portée à ce récit : où l'on considère cela comme un voyage entre illuminé se jetant corps et âmes dans la quête d'une légende, où l'on se laisse porter, et on étudie véritablement la possibilité qu'un tel être existe.

Sa forme est plutôt originale. On retrouve 10 chapitres (sans compter l'introduction et l'épilogue) qui sont relativement longs. Ceux-ci sont découpés par des sortes de "remarques" chacune titrée. C'est quelque chose que je n'avais jamais vu, excepté dans les "Caractères" de la Bruyère. Même si ces deux oeuvres n'ont rien à voir, j'ai trouvé une petite ressemblance dans le format. La seule chose qui m'a un peu gêné, ça a été sans doute de retenir les noms des locaux et des lieux, pour ne pas se perdre dans l'histoire. Si j'y arrivais bien au début, j'ai eu quelques difficultés sur la fin pour m'y retrouver.

Même si j'ai déjà assez largement abordé le sujet au cours de cette chronique, j'ai adoré le style assez soutenu mais aussi très accessible d'Erik L'Homme, qui n'est pas sans me rappeler "Le regard des princes à minuit", un gros coup de coeur signé de sa plume. Il arrive admirablement bien, en plus de nous transporter au Pakistan, à nous faire ressentir la dureté des conditions de vie mais aussi le bonheur de ces moments de joie lors de nouvelles découvertes. Je vais sans tarder commencer "Le livre des étoiles", qui m'intrigue de plus en plus.

Un récit de voyage riche et envoûtant, qui plaira à tous à partir de 13 ans et qui donnera sans aucun doute des envies d'ailleurs

mardi 27 février 2018

Le grand magasin fluo de Stéphane Gisbert

Auteur : Stéphane Gisbert 

Illustratrice : Magali le Huche 

Maison d'édition : Sarbacane 

Collection : Pépix'

Nombre de pages : 208 pages

Année de sortie : 2017






Mathieu Martin est le souffre-douleur de sa classe. Heureusement, il a des amis : le gros Angelo au méga QI ; Peter, capable d’escalader n’importe quoi ; et Nat, championne de karaté !
Un jour, un immense supermarché pousse comme un champignon dans le terrain vague voisin. Un véritable monument, rose fluo, qui semble sorti de terre ! Dès l’ouverture, on annonce des promotions incroyables pour les chanceux qui recevront le fameux « Jeton d’Argent » permettant de remplir son caddie… gratuitement !
Mais bientôt, le journal signale de nombreuses disparitions inexpliquées. C’est d’abord Maillot Jaune, le fou de vélo, puis Mademoiselle Pim, la mercière…

Pour Mathieu et sa bande, c’est sûr : les disparitions ont quelque chose à voir avec ce magasin louche, voire diabolique. Ils décident de mener l’enquête…



Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi !  

Ça fait quelques mois que je n'ai pas lu de Pépix, et quel bonheur de retrouver la fraîcheur et les héros de cette collection ! On s'attaque aujourd'hui à l'un des derniers nés, tout juste sorti en fin d'année : Le grand magasin fluo ! Alors, qu'est-ce qui se cache derrière ce titre intriguant ? La réponse tout de suite !



Après le torturé Souviens-toi de la lune, il était important pour moi de découvrir quelque chose de plus léger, qui se dégusterait comme un sucrerie. J'ai exactement trouvé ce que je voulais avec ce bouquin !

Même si l'histoire nous est narré à la première personne par Mathieu, on ne fait pas réellement de distinctions (affective) entre chacun des protagonistes de cette aventure. Ils nous sont présentés dès les premières pages du livre, toujours avec cet humour savoureux qui caractérise la collection Pépix', on les connaît très vite assez bien pour qu'ils nous soient familier, et qu'un léger sourire flotte à chaque fois que l'on reprend le livre pour les retrouver. Je n'ai vraiment pas eu de préférences pour l'un ou l'autre, je trouve que Stéphane Gisbert a vraiment bien représenté les bandes d'amis de nos jours,  chacun possède quelque chose (physiquement ou mentalement) qui lui est propre. Chacun se complètent, et c'est ce qui est très beau dans la bande de Mathieu, et ce qui m'a plu avant tout. Maintenant, j'émets toutefois une petite réserve. En tant que grand lecteur de Pépix depuis presque trois ans maintenant, j'ai eu comme une sensation de déjà-vu quand l'auteur décrivait ces personnages comme des "Losers". C'est quelque chose que j'ai déjà beaucoup vu dans les livres destinés à cette tranche d'âge, et pas uniquement dans la collection Pépix'. Malgré tout, je connais la capacité des auteurs à rendre unique leurs personnages (CF Yoan et Abdou des Ogres de Marion Brunet et la bande de Vanessa de Florence Hinckel). Je n'ai aucune information concernant une éventuelle suite, mais j'ose espérer qu'il y en aura une, car je trouve qu'il y a vraiment des choses à creuser chez Mathieu, Peter, Nat et Angelo, que ce soit au niveau familial ou juste caractériel.

Là où l'auteur s'est vraiment creusé les méninges, c'est sans aucun doute au niveau de l'histoire en elle-même. Et quel pied ! J'ai pris un plaisir énorme à découvrir les aventures de la bande de Mathieu. L'auteur fait sans fioriture, et l'histoire débute directement après la présentation des membres de l'équipe, avec cette construction éclaire de cet étrange bâtiment couleur rose fluo. Le lecteur est, à l'image des personnages, réellement piqué par la curiosité devant la construction du magasin et les disparitions en séries. Il y a pas mal d'éléments non pas fantastiques, mais plutôt je dirais... Merveilleux ou surnaturels. Qui sont en tout cas assez étranges, voir inexplicables. C'est quelque chose que j'ai encore assez peu vu chez Pépix', tout en sachant que je n'ai évidemment pas lu tous les romans sortis depuis sa création. Stéphane Gisbert conjugue mystère et suspens, en proposant au lecteur plusieurs intrigues qui sont reliées par un même fil conducteur, à savoir ce gigantesque édifice. Il (le romancier)  surprend le lecteur, avec des rebondissements et des éléments inattendus, qui rendent l'aventure des quatre enfants encore plus palpitante et unique. J'ai pour ma part été retenu en haleine une bonne partie du livre. C'est sur ce point que le livre m'a vraiment énormément plu. L'histoire est pour moi une réussite totale. J'ai aussi vu (ou plutôt lu) quelques petits bouts de phrases qui me laissent penser qu'on n'a pas fini d'entendre parler du grand Méchant de ce bouquin...

Sans avoir été absolument émerveillé, j'ai bien aimé le style d'écriture de l'auteur, à savoir de jolies tournures de phrases, avec des traits d'humours notamment avec les comparaisons employées par le narrateur. Ce roman fût agréable à lire dans l'ensemble. En revanche, j'ai été très heureux de retrouver les Bonus caractéristiques des livres de la collection, qui apportent un réel charme à cette histoire !


Une excellente aventure contée par une sympathique bande d'amis avec une pointe d'humour savoureuse ! J'attends une suite éventuelle avec impatience...