lundi 6 août 2018

La sauvageonne d'Anne Schmauch

Auteure : Anne Schmauch

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 272 pages

Année de sortie : 2018






« Les vapeurs d’essence, ça ronge les cerveaux.
Regardez mes parents : trente ans qu’ils moisissent dans leur station-essence.
De mon côté, c’est pas beaucoup mieux. J’aime trop la baston pour une fille, à ce qu’il paraît – surtout une fille qui s’appelle Fleur.
Il n’y a bien que mon frère Killian pour relever le niveau. Il a un truc, lui. La musique. Sauf que c’est pas en restant ici qu’il deviendra violoniste.
Alors forcément, quand un type vient nous agoniser à la station avec une mallette pleine d’argent, difficile de résister à l’envie de fuguer pour Paris… »






Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Après un premier ouvrage publié chez Sarbacane dans la collection Pépix en 2015, nous retrouvons cette année Anne Schmauch avec un roman plus sombre, publié cette fois dans la collection Exprim'. Réussite ou échec ? Eh bien... Plutôt une belle réussite. Je vous en dis plus juste en dessous ! 





"A présent qu'on se trouve à la lisière, une grande trouille me tord les boyaux. Je sais qu'il existe un monde au-delà de ce grillage, j'en ai vu les reflets sur Internet. Mais à force de m'en tenir éloigné, j'en ai fais une sorte de rêve innatteignable."


Après une excursion en Grèce Antique, au temps des mythes et légendes, l'auteure nous emmène cette fois-ci dans un décor pour le moins inhabituel : une station-service, perdue dans la campagne française, qui dépérit peu à peu à cause du centre commercial installé à proximité. Le lecteur y fait la connaissance du père, un type assez sanguin et tantôt violent, de la mère, soumise à son mari, du cadet, Kilian, prodige du violon et de l'aînée, Fleur, prodige de la baston. Un joli tableau... Très prenant. Dès les premières pages, le lecteur est parfaitement propulsé dans cet univers rempli par l'essence et les moteurs de voiture, avec une facilité déconcertante. Les premiers chapitres sont dévorés en quelques dizaines de minutes, le bouquin entier en deux jours. J'ai rapidement pris énormément de plaisir à suivre Fleur et son frère dans leurs discussions enflammés à propos de départ, d'évasion loin de cet endroit qu'ils considèrent comme nocif. Le décor planté, j'ai rapidement pensé découvrir une aventure assez fermée, avec la fratrie essayant de partir avec un plan extraordinaire et autres idées saugrenues... Ca aurait pu se passer ainsi. Mais non, pas pour Anne Schmauch, qui propulse ses personnages à Paris, avec pour tout élément déclencheur ce gars un peu louche qui lâche son dernier soupir sous le toit de la station. De là, le huis-clos imaginé se transforme en un presque road-trip dans la capitale parisienne. Un sacré contraste entre le début du livre et la suite, qui n'a absolument pas entaché mon enthousiasme et mon addiction pour cet oeuvre, au contraire. Je me suis souvent demandé comment Anne Schmauch allait tourner son intrigue, et j'ai toujours été agréablement surpris en la matière. On retrouve ainsi des lieux, des personnages pour le moins inhabituels, comme isolés du monde actif. Tout cela donne lieux à des actions, des aventures complètement inattendues, qui font s'écarquiller les yeux de ceux qui les poseront sur cette pépite. C'est un monde sauvage, pour rejoindre le titre, que vont découvrir Fleur et son frère, , qui prend aussi une toute autre tournure le jour que la nuit... Intriguant, n'est-ce pas ? Je ne vous en dis pas plus, peut-être ai-je déjà trop parlé, mais sachez simplement que cette histoire, que ce soit pour son originalité ou son intrigue, vaut totalement le détour ! 


"César chantonne et regarde partout autour de lui, tout excité. Comme si c'était la première fois qu'il faisait du vélo. La première fois qu'il voyait la ville. La première fois qu'il était heureux. Un peu comme moi. Je me suis rarement senti aussi bien. Jamais, en fait."


Ce que j'apprécie aussi tout particulièrement avec cette oeuvre, ce sont sans aucun doute les personnages. Ceux-ci ne sont pas lisses, au contraire, ils sont fouillés, très recherchés, avec des attitudes et des réactions qui leur sont propres. On ressent en chacun d'eux un potentiel, des rêves inavoués, notamment pour le personnage principal, Fleur, qui reste tout de même très renfermée sur elle-même une bonne partie du bouquin, malgré le fait qu'on soit dans sa tête. Le lecteur apprend peu à peu à la connaître, à l'apprivoiser, à l'accepter, à l'adopter. On ne sait pas tout d'elle, elle dit au final rarement ce qu'elle pense vraiment, surtout au début de l'histoire. Fleur, c'est comme un diamant brut, en quelque sorte. Ou une orchidée qui éclot. Peu à peu. Sous nos yeux. Du reste, j'ai grandement apprécié tout son entourage, y compris son frère, que l'on connaît limite plus facilement que sa soeur, même si le lecteur le voit d'un point extérieur. De plus, on s'attache grandement aux différentes personnes que la fratrie croisera sur sa route au cours de son périple, et une fois celui-ci achevé. Cela va sans dire qu'ils sont tous atypiques, et que l'on est vite triste de les quitter, une fois la dernière page achevée. Un savant mélange. La Sauvageonne d'Anne Schmauch, quoi. 


"Le bruit des moteurs, ici, fait une bande-son aux rêves"


Comme je l'ai souvent répété pendant cet avis, les lieux sont une pièce centrale dans cette ouvrage. Et la romancière illumine ces derniers avec des descriptions magnifiques, très réalistes, qui fait que l'on s'imagine vraiment bien les lieux ou se situe l'action. L'action et l'aventure donne un certain rythme à l'ouvrage, qui fait que l'on ne s'ennuie jamais, même durant les moments les plus calmes. Sacré voyage... 


"Alors, quelque chose en moi se fendille. D'abord parce que le quatuor vient de me souffler que ma place est sur les chemins. Ensuite, parce que César a posé ses mains sur mes hanches et ses lèvres dans mon cou." 




Anne Schmauch signe là un roman pleinement réussi, aux nombreux rebondissements, qui offrira un superbe moment à quiconque ose l'ouvrir. A vos risques et périls de devenir accro, et sous peine de le dévorer en quelques heures/jours !

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