vendredi 13 septembre 2019

Roman classique, novateur et déroutant : L'Attrape-coeurs de J.D Salinger

Auteur : J.D Salinger

Maison d'édition : Robert Laffont

Collection : Pavillons Poche

Nombre de pages : 250 pages

Année de sortie : 1961




Non-présent au dos de l'oeuvre et relativement introuvable sur internet, l'auteur reste désireux de préserver quelque mystère sur le contenu.


Parler d'OVNI pour désigner ce roman de J.D Salinger serait ici considérer comme un euphémisme. En effet, cette oeuvre, qui est désormais un classique américain du XXème siècle, a pourtant tout pour énerver. Cassant les codes du personnage comme du langage, le roman a pour mérite de ne laisser personne indifférent face à sa composition ! Longtemps refoulée mon envie de le découvrir, je m'y suis attelé pendant mes vacances, et quelle ne fût pas ma surprise ! Parlons-en un petit peu plus en détail si vous le voulez bien. 




C'est à contre-coeur que je vais devoir vous fournir plusieurs éléments que Salinger aurait pour sûr désiré que je garde secrets, dans le but d'une éventuelle lecture. Mais je crois qu'il est important d'analyser ce bouquin, riche et précurseur à la fois. Analyser mais aussi présenter son ressenti dessus, car il peut autant plaire que se rendre détestable. Etre complet, en somme. 



Eh bien, commençons simplement. L'Attrape Coeurs présente la vie d'Holden, un jeune adolescent turbulent, à la situation familiale difficile, qui est viré de son lycée. Avant même ce départ forcé acté, à la veille des vacances de Noël, le jeune homme décide de fuguer. Le texte présente donc ces trois jours, de la fuite au jour de Noël. Trois jours qui seront décisifs dans la vie du jeune homme. Si on commence simplement, en restant très général, par le contexte et les thèmes abordés, ces derniers suffiraient à eux seuls à créer la controverse. En effet, d'après ces quelques éléments, vous pouvez aisément deviner que l'on ne touche pas ici au parfait petit citoyen d'outre-atlantique, dont la société américaine se préoccupait tant, même encore à notre époque. 



Holden est ce que l'on appelle un anti-héros, l'un des premiers, et l'un des plus marquants également. Ainsi, le roman, dans sa progression, plonge le lecteur dans des milieux tantôt violents, tantôt tabous. La prostitution, l'alcool sont par exemple des thématiques omniprésentes dans le récit. Ce dernier, linéaire et donc sans retour en arrière, propose non seulement des descriptions mais aussi des pistes de réflexion assez précises et innovantes dans leur genre. Si on analyse, on pourrait presque voir une volonté foncière de choquer et de délier les tabous de la part de Salinger, qui ne ménage pas ses mots, ni son personnage, qui subi littéralement sa vie pendant les quelques 72 heures qui suivent sa fuite, plus qu'il n'en profite, comme l'aurait laisser présager les premiers chapitres. Ces thèmes et ce contexte, si ils peuvent choquer, sont aussi intéressants dans l'effet qu'ils offrent au lecteur, puisque ce dernier se sent plus proche d'Holden mais aussi de son créateur. Ce dernier dira d'ailleurs que cet effet est complètement recherché avec l'Attrape-Coeurs : « Mon rêve, c'est un livre qu'on n'arrive pas à lâcher et quand on l'a fini on voudrait que l'auteur soit un copain, un super-copain et on lui téléphonerait chaque fois qu'on en aurait envie."




Poussons quelque peu notre réflexion, avant de passer au personnage d'Holden en lui-même. Le roman paraît en 61, plus d'une décennie après la Seconde Guerre Mondiale. En France, la littérature est marquée par l'engagement idéologique de personnages tels que Sartre mais aussi par l'innovation littéraire avec le mouvement Absurde de Camus (ce dernier est d'ailleurs en opposition forte et majeure avec le premier), Ionesco ou Beckett. Si l'on reprend notre ouvrage, et qu'on constate les véritables épreuves que subit Holden, qui sont en décalage tantôt avec ses réactions (absence de désespoir alors que le quart de ce qui arrive m'aurait poussé à me tirer une balle), on remarque directement que Salinger peut être sous certains auspices inscris dans le vaste genre de l'Absurde. A prendre avec des pincettes toutefois, Holden n'atteignant certainement pas le niveau de détachement vitale de Meursault, digne représentant du mouvement Absurde, étranger à sa propre vie. Peut-être pouvons-nous utiliser ces termes pour décrire l'évolution d'Holden dans sa fugue... A voir. 



Après ce court aparté, parlons plus en détails d'Holden. Là encore, Salinger m'en soit témoins, je suis désolé mais... Jeune homme en décrochage scolaire, issu d'une famille relativement aisé, il a une petite soeur à laquelle il tient beaucoup, personnage que l'on retrouve d'ailleurs dans les derniers chapitres du récit. Fumeur, il a une attitude provocante et sort complètement de la structure narrative et sociétale dont on a l'habitude, encore aujourd'hui, ce qui rend l'oeuvre intemporelle et contribue même à sa considération comme un classique du genre. Pour simplifier : Holden nous raconte son histoire d'un point de vue omniscient, comme si le lecteur lui rend visite et lui demande de raconter sa fugue, plusieurs années après. Il parle ainsi de façon très décontractée, avec les tics de langages qui lui sont propres, autre particularité sur laquelle nous reviendrons juste après. Il est donc, comme cité ci-dessus, un anti-héros parfait. Il ne fait aucune action vraiment correct dans la progression de sa fugue, et visite des milieux difficiles. Il parle relativement vulgairement, et paraît détaché de tout... Pas très convaincant, pour une future lecture ! J'étais exactement comme ça, et puis... Il y a un truc qui marche avec Holden. J'ignore quoi ou comment, mais sa façon de présenter toute chose de façon décalée, de rendre drôle des scènes presque dramatiques, de toujours provoquer la surprise chez le lecteur... Tout cela finit par le rendre attachant, à défaut de vraiment le comprendre, à moins d'être un ado vraiment difficile (et encore, celui-ci est vraiment particulier). On ressent au fur et à mesure une certaine proximité entre le lecteur et Holden, car on se rend compte qu'il ne nous cache rien. Si il manque souvent d'émotions, celles qu'il ressent nous sont réellement livrées. Le lecteur peut le connaitre et le comprendre quasi-parfaitement. Je connais peu de personnages aussi complet et aussi intime que l'a été Holden durant ma lecture. Jolie tour de force, et +1 point pour le réalisme de Salinger. 




Parlons écriture. Pour renforcer la construction de son protagoniste, l'auteur opte pour une écriture moins élégante certes, mais tout aussi profonde. On a affaire à un style très familier, avec des tics de langage et des onomatopées en tout genre. La plume est presque orale ici, comme si on s'adressait à nous de façon personnelle. Réalisme ? Nous y voilà ! Toutefois, le "vous" employé dès le premier chapitre par Holden pourrait être n'importe qui, ce qui attise la curiosité du lecteur, qui se sent visé et à la fois pas du tout. Avec cette plume, Salinger place son lecteur dans une position qui oscille entre la curiosité, le dégoût de la vie, mais aussi la réflexion sur les autres et sur soi-même. Il est capable de nous faire passer par une énorme palette d'émotions, tout en restant fidèle et linéaire dans son récit. L'immersion est totale, vous l'aurez compris. A noter qu'un tel style, certainement unique en son genre (il a dû être repris tout de même, jamais égalé, je pense, si jamais vous avez une suggestion ?), ne doit pas être facile à traduire en notre chère langue française. Il existe deux traductions bien différentes, selon mes informations. A vous de vous décider (la version que j'ai lue est celle en illustration de cette chronique). 



Eh bien, il va être temps pour moi de conclure cette chronique de ce bouquin définitivement pas comme les autres. J'aimerais juste terminer par ces quelques petits faits, que j'ai trouvés en regardant sur le net, avant de commencer à rédiger ce post. L'Attrape-Coeurs, en dehors de toutes ses qualités littéraires présentées au-dessus, possède aussi une véritable histoire avec le pays de l'auteur, à savoir les Etats-Unis. Là-haut, le livre est sujet à controverse, que ce soit pour l'écriture ou les aventures d'Holden, ou même ce dernier en lui-même. Ainsi, il est tantôt banni des programmes dans certains établissements scolaires, tantôt incontournable car l'analyse d'Holden est décrite comme essentielle pour beaucoup. Chapman, le tueur de John Lennon, avait sur lui un exemplaire de l'ouvrage lorsqu'il a tué le chanteur. Le roman était d'ailleurs dédicacé par le membre des Beatles. C'est aussi le roman favori de Bill Clinton. Tout cela prouve que L'Attrape-Coeurs a marqué les Etats-Unis de façon durable, et qu'il peut être considéré comme un classique. 





Ainsi s'achève cette longue chronique de ce classique. Si il a déjà été analysé et décortiqué, j'ai tenté d'y apporter ma vision des choses, tout en exprimant mon ressenti et en y ajoutant une pointe d'interprétation (La L, ça vous gagne). Je ne peux que vous recommander de lire ce bouquin, tant il est un OVNI. On pourrait en parler des heures durant. Un roman qui marque au fer rouge, comme on lit rarement ! 

P-S : Pas de citations, surprise totale ;-) 

lundi 26 août 2019

L'atelier d'écriture n°337 de Leiloona : Fantôme de soi-même



Le lac est un endroit mystérieux, entouré par les légendes des anciens et précédé par une réputation pour le moins macabre. Entourées par une bande de montagnes sombres, les berges confèrent cette impression d'infini, accentué par une brume tenace, qui se colle à l'écume par lambeau. Les touristes, attirés par l'aspect atypique du lieu, ne s'y risquent pourtant que très peu, on est ainsi baigné dans un calme relatif. Seuls quelques pêcheurs aguerris coupent encore les flots avec de vieux rafiots à la coque écaillée par les ans et les traversées successives. Le soleil ne baigne l'ondée que quelques semaines par an, la faute au climat plutôt froid et rugueux de la région. Il ferait un bon décor pour un film sorti tout droit de l'imagination d'un réalisateur comme Burton, saupoudré de quelques créatures fantastiques...    
  
****

L'accès piéton pour être au plus proche des eaux du lac est une berge sauvage, formée par des rochers de tailles diverses. Seuls les locaux et quelques étrangers en quête d'aventures et de sensations fortes ont pris le risque de s'offrir la vue d'ensemble du lac, aussi terrifiante que magnifique. Une vision qui permet à quiconque de se rendre compte de sa petitesse dans ce monde gigantesque. Le côté brumeux offre souvent aux promeneurs et aux photographes des illusions fantomatiques, qui surprennent et terrifient les non-initiés. Illusions fantastiques, qui frôlent le réel, comme dans un film de Burton... 

     ****

Victor est un vieux pêcheur  à la retraite depuis plus d'une décennie, qui a pour habitude de se poster sur la berge sud du lac, aux abords de la berge sauvage, aux alentours de 14h30. Il dépose ainsi face à lui sa harpe, dont l'étui est disposé à sa gauche, précisément à une dizaine de centimètres de sa cuisse. Il prend le temps d'observer l'étendue d'eau, avant d'interpeller quelques passants. Ces derniers s'installent alors à ses côtés, ou dans l'herbe qui parsème le banc et le chemin qui y conduit. C'est alors que Victor, en agrémentant de quelques mélodies hachées son récit, se met à réciter.     


**** 

3 mars 1965. 7h35

Victor aime se balader ici. Seuls quelques oiseaux viennent troubler le calme du lac, à cette heure matinale. Ce dernier est comme un confident pour le jeune homme, qui en profite pour pleurer, crier, rire, seul sur la berge de rochers irréguliers. Il pleure la mort de sa petite soeur, Jeanne, âgé de 10 ans, qui a chuté 2 ans plus tôt dans les eaux sombres et profondes du lac. On n'a jamais retrouvé son petit corps, d'ordinaire si joyeux. Il crie après cette injustice imposée à cette chienne de vie. Il rit en pensant à tous les moments qu'il a passés avec elle, trop courts toutefois. C'est alors qu'en ce matin brumeux, alors qu'il rebroussait chemin, il crut discerner deux ombres. Etonné plus qu'apeuré, Victor s'approche. Encore. Encore. Il n'est qu'à quelques mètres à présent. Et il voit. La première, plus grande que la seconde, lui ressemble étrangement. En fait... C'est lui. Plus vieux, avec une légère barbe de trois jours, et des cheveux en bataille. Lui qui lui sourit. Les yeux écarquillés, il reconnaît Jeanne, dotée du même visage que la dernière fois qu'il ne l'a vu. Elle lui sourit. Ils lui sourient. Victor hurle. Et tombe.     

 ****

Il se réveillera quelques heures plus tard, au même endroit. Sonné. Seul. 


Ce texte a été pour l'atelier d'écriture de Leiloona. La photo est de (c) Samuel Zeller.

dimanche 25 août 2019

Retour, détour, provisoire, durable


Chapitre I : Constat 

Il y a des périodes de la vie qui marquent un être, qui lui permettent d'évoluer de façon durable, de se trouver dans sa façon d'être, dans sa personnalité. L'adolescence est constituée d'une multitude de ses petites périodes, d'une longueur variable, entrecoupées par les moments où l'on stagne, se questionne, avant d'avancer, de nouveau. 

Chapitre II : Expérience personnelle

Je n'ai pas pour habitude de parler à la première personne ici, mais je crois que c'est un passage nécessaire dans ce cas précis, pour une absence inhabituelle de plusieurs mois. 

Celle-ci s'explique tout d'abord pour une période d'examens, dont un oral de français ainsi qu'un écrit non-négligeable au vu de ma filière littéraire. Ceci se traduit par plusieurs heures de révisions tous les jours sur des textes de français plus ou moins complexes, ainsi que des exercices d'écritures en vue de l'épreuve, y compris commentaire ou dissertation, ce qui coupe passablement l'envie d'écrire un avis détaillé littéraire, et encore moins un écrit d'invention pur, où l'on se doit d'être inventif et subtil dans le propos. C'est en tout cas l'une de mes visions de l'écriture. 

Il s'en suit une période estivale criblée par les lectures  de gros classiques et des lectures plus exotiques, entrecoupées par les films et les sorties familiales et amicales. Le cinéma est une découverte merveilleuse, auquel je ne prêtais aucun intérêt avant un regain d'énergie au début de l'été, qui se traduit par une trentaine de visionnages. Une ouverture à une culture jusqu'alors inconnue, en plus d'une montée et d'un retour de l'inspiration, en découle, additionnée aux lectures et aux influences musicales. 


L'auteur, le jeune homme qui se présente ici est un peu plus complet, un peu plus serein, un peu plus confiant aussi. Plus mûr, tout simplement. 

Chapitre III : Conclusion

La vie fait globalement ce qu'elle veut de nous, et non pas le contraire. L'écriture, forme de culture, d'art, si j'ose appeler sans prétention aucune les quelques dizaines de lignes imbriquées sur ce site, est par définition quelque chose qui n'est pas absolument vitale pour l'Homme. C'est aussi quelque chose qui ne se contrôle pas, pour qui accepte de griffonner quelques mots sur une page blanche. On peut perdre le petit truc qui la caractérise pendant plusieurs semaines et d'un coup trouver plusieurs grandes idées en une soirée. C'est aussi ce que j'aime, et ce qui est beau avec une plume, celle qui se cherche encore pour ma part. Proche du but. 

 Pour certains, et je sais ne pas être le seul dans ce cas, l'écriture devient vitale, fait partie de l'être, de la personne, et c'est aujourd'hui ce qui me pousse à venir reprendre du service sur ce site, en constatant les dégâts. Moins de posts, moins de personnes présentes, des partenariats en périls... 

Amoindri. C'est un constat fatal, mais le seul que je sois en mesure de faire. Depuis que j'ai quitté Overblog pour blogger, il y a de cela plus de deux ans, l'activité ici est inconstante. Il m'arrive de publier aussi régulièrement que possible, et de laisser le site pendant presque un mois. Bon là, presque 5 mois, longues vacances…

Je ne vais pas vous promettre un retour en grande force comme je l'aurais fait auparavant, car le tout est impossible, et vous le savez tout aussi bien que moi, sans compter le BAC, le vrai, qui arrive pour moi d'ici quelques mois. Alors... 

Alors quoi ? L'Arbre à Livres avait une vocation très générale à sa création en 2013. J'entame ici ma septième saison en tant que blogueur passionné par la lecture et l'écriture (on peut maintenant ajouter cinéma). 7 est un chiffre clé, que l'on trouve partout (7 merveilles du monde, les 7 péchés capitaux, les 7 nains de Blanche-Neige), qui n'a pour moi aucune raisonnance en particulier, mais que je décide soudain déterminant. Cette année sera plus... Intime. Parler de choses qui m'ont marqué, quand l'inspiration me vient, sans toutefois me forcer. Tel est l'objectif principal que vous trouverez ici, tout en gardant une certaine largesse d'esprit et de contenue. C'est un bon début, pour se (re)trouver. Je m'excuse auprès de tous ceux qui attendaient quelque chose d'autre moi. Je m'excuse pour l'absence. Voici comment je l'assume, et la justifie. 

Prenez soin de vous,

Victor

jeudi 21 mars 2019

L'attaque des Cubes de Marine Cateron

Auteure : Marine Carteron

Maison d'édition : Le Rouergue 

Collection : Dacodac

Année de sortie : 2018

Nombre de pages : 335 pages




Depuis que le magasin Cubetout a ouvert ses portes, des événements très étranges se passent dans le quartier d'Antoine et Vénus. Toutes les personnes qui ont eu le malheur de passer dans cette boutique, dédiée au jeu vidéo Minecraft, en sont ressorties transformées... Comme zombifiées ! Et si Cubetout était une passerelle permettant à Minecraft de nous envahir ? Antoine et Vénus vont lâcher les manettes pour sauver le monde !








Je tiens tout d'abord à remercier les éditions du Rouergue pour cet envoi ! 


Auteure des trilogies des Autodafeurs puis de Génération K, Marine Carteron est une des figures incontournables de la littérature adolescente de ces dernières années. Dotée d'une plume où aventure et humeur s'entremêlent habilement, la romancière propose cette fois-ci un one shot pour une tranche d'âge légèrement inférieure. Voyons donc le résultat ! 








"Des objets virels : moitié virtuels, moitié réels. Ils utilisent les propriétés des deux mondes...et permettent de passer de l'autre côté." 




Cette lecture me sort quelque peu de ma zone de confort, puisque je ne suis en aucun cas amateur de Minecraft et de quelconque jeux vidéo, autant par manque d’intérêt que de temps. Je n'avais par ailleurs jamais lu un seul roman avec pour univers un jeux vidéo. C'était l'occasion, surtout que j'avais adoré le premier tome des Autodafeurs, lu il y a plus d'un an maintenant. Ici, il n'est pas question de pouvoir et d'histoires de famille, mais d'une histoire entre le monde virtuel et irréel. Deux personnages sont au centre de l'aventure : Vénus et Antoine. Le récit est à la première personne, raconté par ce dernier. Cette narration interne apporte pas mal de rythme à l'histoire, puisqu'elle permet une meilleure immersion dans l'aventure, un petit peu à la manière d'un jeux vidéo, si l'on peut se permettre la comparaison. Si j'ai pu avoir peur de lire quelque chose de lisse, mes craintes ont vite été dissipées. En effet, Marine Carteron nous plonge très vite dans cette aventure hors-norme. Si un certain mystère plane autour de ce magasin dans la première moitié du roman, les révélations le concernant entraînent une série d'aventures loufoques et trépignantes, entre réalité et virtualité. La romancière ne nous laisse aucune seconde de répit, et même si parfois l'histoire peut paraître bloquée, il y a toujours un détail ou une nouvelle piste à explorer. Aucun essoufflement n'est permis, si ce n'est certaines scènes de dialogue plutôt humoristiques entre les différents protagonistes de l'histoire. Marine Carteron arrive à lier humour, suspens et action tout en restant originale et cohérente dans son récit, et c'est un cocktail explosif, qui permet une immersion totale, des petits comme des grands, aux gamers et non-gamers. 




"Je dois me frotter les yeux pour être certain de ne pas avoir rêvé. Mais non. Madame Laglu est bien en train de sourire."


La réussite général du bouquin tient aussi dans la relation qu'entretiennent Vénus et Antoine, les deux jeunes personnages principaux de cette aventure. Ces derniers sont le total opposé l'un de l'autre. Si Vénus est très maline et fait preuve d'une grande perspicacité tout au long du livre, son meilleur ami se distingue quant à lui par sa trouillardise et ses gaffes. C'est pour cette raison en partie qu'il est si drôle de voir ce point de vue, puisqu'Antoine refuse souvent de voir la vérité sur ses actes et son comportement en face. On rigole beaucoup ! Et comment écrire quelques lignes sur les personnages sans vous parler d'Adem, le troisième membre du groupe si l'on peut dire, qui, contrairement à ce que j'avais imaginé au début du roman, n'est pas un personnage secondaire, et occupe une grande place durant tout le bouquin. Sa confiance en lui, ses paroles, ses mimiques. Un sourire constant, si l'on peut dire ainsi. Sacré trio, vous dites ? 



" Et avant de changer d'avis, nous franchissons le portail de l'Overworld avec notre méga garde du corps en fer."


Après ses trilogies aux succès conséquents dans le domaine du Young-Adult, Marine Carteron a pleinement su s'adapter à un public un peu plus jeune. L'écriture est d'une façon générale simple et accessible, de même que l'humour proposé, sans toutefois qu'il ne devienne lourd ou grotesque pour le lecteur. Le récit est bien ficelé, sans incohérence, et on se laisse bercer par cette lecture intéressante et prenante. Un nouveau domaine pour l'auteure, une réussite pleine ! 








Marine Carteron vise une tranche d'âge nouvelle avec ce one-shot haut en couleur, rempli d'humour, d'action et d'originalité. Simple à lire et prenant, il possède les atouts nécessaires pour séduire petits et grands !

vendredi 22 février 2019

Fréquence Oregon de Loïc Le Pallec

Auteur : Loïc Le Pallec

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 248 pages

Année de sortie : 2018



 La Terre, dans quelques années… À l’abri d’un monde en proie au chaos, dans un luxueux complexe pour familles fortunées, Alta Luna s’ennuie entre une mère dépressive et un père débordé. Heureusement, il y a les amis : Jonas, un peintre bâti comme un gladiateur, et Gaspard, qui dispute d’interminables parties d’échecs avec le robot Seven.

Un jour, un couple de jeunes déserteurs échouent sur les côtes de ce paradis – ils sont aussitôt emprisonnés. Alta Luna, Jonas et Gaspard décident d’organiser leur évasion, avant de s’envoler à bord d’un petit avion avec leurs protégés et Seven.

Leur destination ? L’Oregon. Un mystérieux « capitaine Green » est, paraît-il, en train d’y bâtir un monde nouveau…




Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Ça fait un long, très long moment que je voulais lire un roman de Loïc Le Pallec : le premier qu'il a publié dans la collection Exprim', en 2014 : No man's Land. Ce dernier est une histoire post-apocalyptique, dans laquelle nous suivons l'aventure de robots qui se retrouvent esseulés dans une ville, sans aucun humain. Beaucoup envié, jamais découvert, malheureusement. En ce début 2019, on retrouve un ouvrage qui s'inscrit dans le même genre, à savoir le post-apocalyptique. Une histoire ? Un road-trip. Rien de plus alléchant. Bon voyage ! 





"- Eh bien, je crois que chaque être humain cherche à donner un sens à sa vie ."

Je trouve que l'atmosphère retranscrit dans cette aventure est vraiment stupéfiante, de part sa simplicité et son réalisme. C'est évident : si le monde actuel se développe, avec sa multitude de conflits internationaux, et ses inégalités grandissantes entre les riches et les classes moyennes. C'est une petite gifle, dès les premiers paragraphes. Le lecteur rencontre ensuite tour à tour :  Alta Luna, Jonas, Gaspard et Seven. Tous habitent dans un petit cocon luxueux, de part la situation ultra fortunée de leur famille respective. Un lieu qui se révèle très vite oppressant, où riches et robots cohabitent. Seven fait d'ailleurs parti de cette dernière classe. Pour être tout à fait honnête, le désir d'échapper à ce lieux devient aussi pressant pour nous que pour Alta et ses amis. Malgré une mise en place un peu longue, c'est bel et bien la partie du voyage qui se révèle être la plus enrichissante, surprenante, intéressante, et immersive, avec des rencontres, des aventures et des rebondissements à foison, pour le plus grand plaisir du lecteur, rendant un peu moins heureux les personnages principaux. On en oublierait presque parfois la quête principale de ce voyage : l'Oregon et son fameux capitaine Green. 


"Au cours de son existence, chaque être humain devrait avoir la chance de vivre certains épisodes marquants (…)"


A travers ces péripéties, l'auteur arrive vraiment bien à montrer tous les aspects que l'humanité pourrait revêtir si tout se passe d'une mauvaise façon. On croise ainsi l'extrême pauvreté, la charité mais aussi des gens sauvés par leurs croyances religieuses et des jeunes qui cherchent un objectif, véritablement. On comprend vite que la suprême intelligence est symbolisée par les robots, qui vivent en paix et en harmonie. En ce sens, ce roman démontre beaucoup de choses, en plus d'un récit riche et d'une histoire vraiment prenante et intéressante. Si il constitue, au même titre que No man's Land, une grosse prise de risque pour la maison d'édition, c'est un pari pleinement réussi, à l'image de la sublime couverture.
Si l'univers et l'histoire sont des points bien développés, les personnages ne sont pas en reste dans la réussite générale. On retrouve donc Alta Luna et sa bande comme personnages principaux. La jeune femme est un très bon personnage, dans le sens où elle est fouillée, et donc loin des sentiers battus que l'on trouve habituellement dans ce genre et dans cette catégorie littéraire. D'un point de vue moral, le lecteur a un plein accès à ce qu'elle pense et ressent, car le récit est à la première personne. Il permet donc une compréhension rapide d'Alta Luna, et en découle un attachement quasi instantané, voir une identification. Les autres personnages ne sont pas en reste, possédant chacun des atouts et des défauts qui les rendent uniques. D'un point de vue personnel, j'accorderais ma préférence à Gaspard, qui est peut-être le personnage qui m'a le plus touché, avec son côté très sensible mais si inaccessible, au vue de sa culture générale et de son intelligence dans le domaine informatique notamment. Pour moi, Gasparov (surnom que lui attribut souvent Alta Luna dans le bouquin) va de paire avec Seven, son fidèle compagnon, qui, si il était là uniquement pour divertir Gaspard au début, devient un membre de l'expédition, et d'autant plus un ami, pour eux comme pour nous. Il en résulte une belle petite bande éclectique, où la sagesse se mêle à des coups de têtes, où le rire laisse place aux larmes, où il fait bon de vivre, dans un monde où l'envie de vivre semble si rare


"Bon sang, ils sont riches à faire peur !! Ils n'en auront donc jamais assez ?!- Il n'y a pas de limites à la cupidité…"


Pour une première lecture, Lois le Pallec me donne grand envie de découvrir ses anciens ouvrages, et encore plus celui dont je vous parlais en introduction. Avec une plume fluide, que l'on peut suivre facilement, même si l'on est un peu plus jeune, à savoir 13 ans et ses alentours, l'auteur offre quelque chose de complet et original. Evidemment, le lire à un âge plus jeune fera que l'on occultera certains aspects importants dans la compréhension générale de l'oeuvre, mais elle reste évidemment pleinement divertissante. 





Un roman qui me sort de ma zone confort, pour une aventure riche et enivrante, peuplée par des personnages profonds attachants, dans un univers futuriste mais terriblement réaliste. Réussite pleine, cap'tain le Pallec !

mardi 5 février 2019

Coeur Battant d'Axl Cendres

Auteur : Axl Cendres

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Année de sortie : 2018

Nombre de pages : 192 pages






Alex, 17 ans, est un « hors-la vie ». Après avoir essayé d’éteindre son cœur, il se retrouve dans une clinique pour y être « réhabilité à la vie ». Il y rencontre Alice, aussi belle que cynique ; Victor, aussi obèse que candide ; la vieille Colette, aussi espiègle qu’élégante ; et Jacopo, aussi riche que grincheux. À eux cinq, ils décident de s’évader de la clinique, direction le manoir de Jacopo. Le but du voyage ? Se jeter d’une falaise, tous ensemble – ça leur fera un projet commun !

Mais la route va leur réserver plusieurs surprises. Assez pour qu’Alex se demande si, finalement, la vie n’en vaut pas la douleur…








Je tiens à remercier l'auteure de ce roman, Axl Cendres, pour l'envoi de son roman ! 



Nous y voici donc. Le roman d'après, celui qui a la lourde tâche de succéder au fabuleux Dysfonctionnelle, accrocher sur l'un des pans de la chambre, à présent. Beaucoup de pression, plus d'excitation encore. Un poil d'appréhension. Un thème : le suicide. Let's go. 





"La vie est un cadeau, et ça ne se fait pas de rendre un cadeau."


Alex a 17 ans, et vient de rater une tentative de suicide, c'est pour cette raison qu'il est envoyé dans un institut spécialisé, où il intègre ce groupe des suicidants. Si l'on saute quelques étapes, des rencontres, un quotidien ennuyeux entre les quatre murs de l'institut, on se retrouve au coeur d'un voyage pour la mort. Ou la vie. Résumé comme ça, vous vous rendez aisément compte que l'on change beaucoup d'ambiance dans ce texte. Comme d'émotions en faite. On rigole beaucoup, malgré le sujet plutôt difficile à aborder dans un angle humoristique. On est ému, c'est évident. Mais c'est tout de même l'humour qui prime, et je trouve très fort, et à la fois peu étonnant quand on connaît Axl et ses romans. Je pense que cela vient des personnages, et ça se ressent dès les premières lignes avec la narration interne d'Alex.




"La mort est juste un truc que Dieu a inventé pour qu'on croit en lui."


Celui-ci, à l'image de tous les protagonistes, est comme en décalage avec le monde qui l'entoure, et la vie. Cela crée directement une atmosphère particulière, qui nous reprend dès que l'on recommence à plonger dans l'histoire. Celle-ci est donc fragmentée, mais chacune de ces parties est très intéressante pour le lecteur, car elles permettent d'apprivoiser les personnages, de les comprendre en quelque sorte, de s'habituer à l'atmosphère également. Une fois plongé, impossible d'en sortir. On se découvre toujours un intérêt nouveau pour tel ou tel détail, pour tel ou tel personnage. C'est poétique, beau, original. Axl Cendres transforme la mort et ce voyage vers celle-ci en une sorte de renaissance. C'est, en ce sens, une oeuvre qui nous fait du bien, car elle nous en apprend un peu plus sur eux, sur l'espère humaine et la manière dont celle-ci réagit face à la mort et au désespoir, mais aussi sur nous-même, le lecteur. Je soupçonne d'ailleurs qu'il y ait derrière tout cela une part plus ou moins importante d'autobiographie d'Axl. Si l'on modifie à peine l'ordre des lettres, Alex devient Axel... 




"L'amour, ça te révèle jusqu'où tu peux souffrir et faire souffrir."


Ce petit bijoux ne serait rien sans ses personnages. Ces derniers ont tous un profil très différent, de même qu'un parcours dans la vie assez propre à chacun. Réunis là pour une même cause : le suicide. Mais un suicide pour différentes raisons. Ce large choix, assez éclectique, permet au lecteur de s'identifier à l'un ou l'autre, en fonction de sa vie et de son expérience. Si certains "cas" se rapprochent, comme Alice et Victor, qui sont tous les deux des adolescents victimes de la société actuelle, de ses idées et de ses codes, en quelque sorte. Toutefois, leur caractère respectif est tellement aux antipodes l'un de l'autre qu'ils en deviennent extrêmement différents. On s'attache tout autant à la sympathique et atypique Colette, veuve et poète à ses heures perdues. Jacopo, le dernier personnage avant de parler d'Alex, n'est peut-être pas celui qui crève l'écran, ses interventions étant rares et similaires, mais il est sans doute le plus complexe d'entre tous, avec la lumière de la fin du roman. Le plus fatal, si l'on devait chercher un adjectif pour le caractériser, sans trop en dévoiler non plus.




"Peut-être que le ciel réalise les rêves que la terre assassine."


Alex. Le narrateur et personnage principal de cette aventure. Un adolescent en souffrance, qui pense avoir sa propre vérité sur le sens de la vie, de sa vie. Si les débuts ont pour ma part pu être un peu difficiles, avec un petit temps d'adaptation, j'ai très vite su comprendre et apprécier la compagnie de cet adolescent, avec son côté lumineux mais sombre, aussi.  J'ai beaucoup pensé à lui, durant ma période de lecture, lorsque je n'avais pas le livre entre les mains. Une question m'a toujours hanté, et me hante toujours : Est-ce que je suis capable de comprendre Alex ? En cela résulte toute la complexité de ce protagoniste, et du bouquin en général. Si le lecteur a envie de les aider, le peut-il vraiment ? Sommes-nous capable d'apporter une réponse, l'aide dont ces gens ont besoin ? Je ne sais pas. Alex est attachant, et même si, au fur et à mesure des chapitres, nous finissons par obtenir des réponses sur ce qui a conduit le jeune adolescent à commettre pareil acte, la sensation qu'il reste une part de mystère dans tout cela, avec des non-dits sur les pensées de chacun, se fait sentir, pas très forte, mais suffisamment pour que l'on s'en rende compte. Alex, en ce sens, reste un personnage attachant, sans être un modèle, mais il est tout de même compliqué de s'attacher à lui, si le lecteur n'a pas été confronté à quelque chose de similaire dans sa vie propre, et ce postulat est valable pour tous les protagonistes de Coeur Battant.
La plume est efficace et concise, on relèvera ici la presque totalité des répliques de Colette, qui n'est pas en reste sur les devises, les proverbes et autres belles phrases avec figures de style concernant l'amour, la vie, la mort. Parfois un peu dans l’exagération, la doyenne de ce voyage. 




"La vie et la boxe, c'est kif-kif - être un bon cogneur ne suffit pas, l'important est de continuer à avancer quand tu reçois des coups."


Comme je le disais plus haut, c'est un roman intéressant et important, qui aide à comprendre la notion encore tabou dans notre société de suicide et de dépression. Deux choses qui amènent parfois le contraire, c'est-à-dire l'amour, la passion. La vie ou la mort










Je pensais avoir lu le meilleur d'Axl Cendres avec Dysfonctionnelle. Si celui-ci reste mon préféré pour son impact lors de ma lecture, Coeur Battant se révèle être excellent également, à sa manière, pour son histoire aussi poétique qu'atypique, pour ses personnages aussi beaux que complexes et l'atmosphère qui s'en dégage. Coup de coeur (battant).

samedi 12 janvier 2019

Héros tome 1 : Le Réveil de Benoît Minville

Auteur : Benoît Minville

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 440 pages

Année de sortie : 2018





Ils grandissent au pied du Morvan, entre ville et village. Matéo, diamant à l’oreille, Richard, la tête rentrée dans les épaules, et l’inénarrable, intarissable, insupportable José, duvet au menton et hygiène douteuse.
Leur passion : la légendaire BD Héros, dont ils attendent chaque mois le nouveau numéro.
Leur rêve : éditer un jour leur propre série, inspirée de cet univers fascinant et occulte qui domine les records de ventes.
Après tout, la série a bien été créée dans leur région, il y a plus de 80 ans : alors, pourquoi pas eux ? Mais un soir, alors qu’ils planchent dans leur Q.G., un homme apparaît comme par magie, blessé à mort ; juste avant de s’effondrer, tend à Richard une étrange fiole… une fiole dont le contenu vibre et scintille, comme s’il était vivant.






Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Petite introduction courte et simple, une fois n'est pas coutume ! Vous le savez déjà, mais Benoit Minville est un auteur que j'apprécie grandement, que ce soit pour ses qualités d'auteur mais aussi en tant qu'humain, les quelques fois où nous avons pu échanger ! Un nouveau roman, qui plus est une duologie, annoncée ? Il n'est pas vraiment resté longtemps sur ma table de nuit, c'est moi qui vous le dit ! 





"La clef de leur salut tenait peut-être au fait qu'ils étaient trop actifs et occupés, en cet instant, pour s'épancher sur leurs états d'âme et leurs angoisses."


J'ai passé d'excellents moments en compagnie des histoires de Benoit Minville. Que ce soit pour un été avec des adolescents au fin fond de la campagne ou dans des histoires de famille obscures, j'ai toujours énormément accroché avec ses romans. Face à Héros, nous changeons radicalement de registre, puisque nous plongeons dès les premières pages au coeur d'un univers rempli de pouvoirs surnaturels, de visions et de complots en tout genre. En effet, la rencontre entre Richard, José, Matéo et ce mystérieux inconnu plonge directement le lecteur dans une histoire absolument bien ficelée. J’ai eu, le temps de quelques dizaines de pages, la crainte que l'histoire ne parte dans tous les sens et d’avoir du mal y m'y retrouver. Cette petite frayeur s'est vite dissipée. En effet, on se rend vite compte que les trois compères vont avoir assez vite un destin assez différent face à tous ces événements fantastiques. Ces différentes directions nous permettent de ne jamais nous ennuyer, puisqu'il y a toujours une révélation ou une aventure d'un côté ou de l'autre. Le tout est parfaitement orchestré par un Benoit Minville très inspiré. De nombreuses références sont d'ailleurs présentes au fil de l'oeuvre, tel que Lovecraft et son fameux Necronomicon, mais aussi à Stephen King ou encore implicitement à Neil Gaiman. Suspens, réalité, fiction se mélangent dans une osmose parfaite, qui propulse le lecteur aux côté du trio dans ses folles aventures, laissant peu de place au répit, qui existe parfois, mais qui est de courte durée. Evidemment, l'humour n'est jamais très loin, que ce soit dans les nombreux dialogues entre les personnages ou encore dans les situations, avec des événements inattendus ou des retournements dans l'histoire complètement dingues. Avec tout cela, on pourrait presque rapprocher ce premier tome du Gouffre de Rolland Auda, qui m'avait offert quelque peu le même effet, avec une intrigue très floue qui se dessine peu à peu grâce aux actions des personnages. J'avais d'ailleurs qualifié l'oeuvre quelques mois plus tôt de puzzle dont on assemblerait les pièces au fur et à mesure. Je crois qu'il en est de même pour Héros, bien qu'un cliffhanger incroyable lors des dernières pages nous brosse un tableau assez explicite de la situation finale, qui va servir de base pour l'intrigue du prochain tome. J'ai plutôt hâte. Vraiment hâte. 


"Ce moment était pour eux, à jamais : quelques minutes pendant lesquelles il allait demeurer l’unique témoin de la plus grande conquête du monde. Il lui avait tendu ses bras, elle avait gloussé et, d’une démarche fière et maladroite, avait franchi la menue distance qui les séparait l’un de l’autre."


Richard. Matéo. José. Trois prénoms. Trois identités bien distinctes. Si bien que le lecteur les aime chacun leur tour, aussi bien pour leurs qualités que pour leurs défauts. Benoit Minville pose dès le début une personnalité très propre à chacun d'entre eux. Matéo, le beau gosse de la bande. José, le "looser". Et Richard, le mystère. Celui-ci, s'il est au centre du bouquin, reste tout de même avec sa petite part d'ombre. J'ai trouvé qu'il agissait quelquefois par instinct, voir même souvent à partir d'un certain moment. J'aurais peut-être réagi différemment, je confesse. J'ai juste adoré José, qui est sans doute mon bol d'air dans cette histoire. Très drôle, avec ses répliques haut-perchés et ses remarques complètement absurdes, j'ai tout de même réussi à faire la part des choses en séparant sa personnalité de ses vraies affirmations. Enfin, Matéo. J'ai eu un peu plus de mal avec lui. Selon moi, même s'il a son importance dans l'histoire, sa superficialité creuse un gouffre avec ses potes. Toutefois, je ne peux complètement le blâmer. Je peux juste dire qu'il est celui qui m'a le moins touché, voilà tout. Autour de ces trois là gravitent une flopée de personnages très intéressants, dont je ne vais tous vous parler, auquel cas la chronique durerait au moins 5 pages de plus. Petite mention spéciale pour finir envers Alex, qui est le personnage qui m'a vraiment impressionné, de part son sang-froid, son détachement et son charisme. J'espère en apprendre plus sur lui dans le prochain tome, mais je suis sûr et certain que ce sera chose faite. 


"L'homme avait le teint cireux, ses cheveux blancs et lisses laissaient entrevoir un crâne parsemé de taches de sénescence; et cependant, alors qu'il paraissait si fragile, on ne pouvat ignorer la force qui se dégageait de lui." 


Vous savez qu'il est à présent temps de parler de la façon dont Benoit Minville a écrit ce texte. Peut-il vraiment y avoir du suspens quant à mon avis là-dessus ? J'en doute plutôt fortement. J'ai adoré. Vraiment, j'ai trouvé que le romancier pouvait s'adapter au genre de son récit, mais aussi à la situation, en fonction de l'émotion qu'il souhaite retranscrir. Un grand plaisir s'en suit. Si j'étais curieux à l'idée de découvrir Minville dans ce genre du fantastique, je suis pleinement conquis, sur tous les points. 


"Richard n'en croyait pas ses yeux. Il tenait le Necronomicon. Le livre maudit. Le livre ancestral." 





Un très bon roman fantastique, qui annonce une suite pour le moins palpitante. Action, suspens, révélations, rebondissements, références culturels, conspirations. Le tout est au rendez-vous. Régalez-vous !