mercredi 4 juillet 2018

Shorba, l'appel de la révolte de Gaspard Flamant

Auteur : Gaspard Flamant 

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 216 pages

Année de sortie : 2018






« Depuis qu’on a abandonné le lycée, il nous reste pas grand- chose, à part le pied des tours. Nous, c’est mes deux potes et moi, Shorba.


Mais on a rencontré Léo, et tout a changé.

Léo, c’est un gars de trente balais, un gauchiste vraiment pas de notre monde. Il nous montre des choses qui se passent juste à côté de chez nous mais qu’on n’avait jamais vues. Il nous apprend plein de trucs – des trucs de militants. On danse dans des bidonvilles, on rencontre des sans-papiers. Et pour finir, on a décidé d’ouvrir un squat dans une villa de Bourges pour aider les migrants.

En vérité, pour Shorba, petit rebeu de Vénissieux, cette rencontre avec Léo, c’est une putain de Révolution. »





Je tiens tout d'abord à remercier grandement les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Troisième réception de ce début d'année, après Les quatre gars et Les insoumis du blizzard. Un titre complètement alléchant, un poing rageur sur une couverture à fond bleu et une comparaison avec l'exceptionnel Dans le désordre de Marion Brunet dans le communiqué de presse, voilà comment ce petit Shorba se retrouve au sommet de mes envies du moment, et pour de très bonnes raisons, sans l'ombre d'un doute !





"C'est un conseil ; tu tiens une occasion de faire un truc de fou, c'est tout. C'est Bone qui se tire en Jamaïque." 


Shorba est une oeuvre qui traduit un désir, un sentiment de liberté évident, et ceci se ressent dès les premières pages, avec la présentation des différents personnages. C'est simple, tout dans cette histoire traduit une envie d'évasion, en passant par la couverture et son fond montagneux ou encore la bande son du roman. Vous savez sans doute à quel point je suis client de ce genre d'histoire qui sort des sentiers battus en rassemblant humour, suspens, émotions tout en gardant un fond moral évident. En véritié, lire ce bouquin m'a fait un bien fou. Shorba (Je parle bien ici de l'oeuvre) est vraiment un livre unique et magique, et ce pour beaucoup de raison que j'ai visiblement du mal à vous exprimer (il faut dire que cette version, que j'espère être la définitive, est la quatrième concernant ce livre). Gaspard Flamant m'a vraiment embarqué pour le voyage qu'est son oeuvre. Oui, c'est bien de cela dont il s'agit. Un voyage. Je me suis senti extrêmement proche des personnages, très touché par leurs actions et par les moralités que ces dernières dégagent. Tout cela peut vous paraître flou, car j'essaie en effet de vous en dévoilé le moins possible. J'ai d'ailleurs choisit un résumé très précis, pour que la surprise qui fût la mienne deviennent bientôt vôtre. Excusez-moi, je m'égare, il y a tellement de choses à dire et très peu à la fois sur ce petit bijoux. Revenons à ce que je disais. L'auteur a pris des chemins très différents dans cette histoire, avec un contraste évident qu'il arrive à faire perduré tout au long de l'histoire. On retrouve ce contraste (oui je me répète) entre les paysages et les décors (on parle ici de la différence et de la diversité de "fonds" : campagne/ville, cité/quartier riche...) entre les personnages au sein de l'histoire même, avec des personnalités et caractères totalement opposés et hétérogènes. Il en résulte des décisions, des moments totalement inattendus, surprenants, épiques. Juste incroyable. Je me suis retrouvé happé là dedans avec une facilité, que j'en serais presque devenu violent si l'on se risquait à m'interrompre en pleine lecture. A aucun moment je ne me suis ennuyé. Absolument aucun. Un élément, une action ou encore une parole étaient toujours présents pour me motiver et me donner envie de continuer. Pour preuve, en recherchant des citations pour la rédaction de cet avis, je suis littéralement retombé dedans et ait enchaîné plusieurs chapitres sans vraiment m'en rendre compte, c'est dire la force de ce roman. En y repensant, avec le recul, plusieurs jours après l'avoir terminé (à mon grand regret), je me suis rendu compte que toutes ces aventures, toute cette révolte, car c'est bien de cela dont il s'agit, tous ces personnages, ces métaphores, tout cet incroyable roman, est comme un Carpe Diem engagé. A méditer.


P-S : Ce premier paragraphe a sans doute été le plus compliqué que j'ai eu à écrire depuis que je tiens ce blog. M'en voilà sorti, ça devrait aller mieux pour la suite ! 




"Léo, en vérité, c'était pas juste un hippie. C'était un guerrier." 


Tous les personnages de cette histoire m'ont marqué, même ceux qui sont un peu moins sur le devant de la scène, comme Zak, Youri, Mario et tout ce petit monde si éloigné socialement et culturellement mais à la fois si proche dans ce désir de révolte et de liberté. Ils sont tous géniaux, et j'aurais voulu que l'auteur fasse un focus sur chacun d'entre eux, pour en savoir un peu plus sur leur passé, leur histoire et tout ce qui s'en suit. Je les porte vraiment dans mon coeur, car si ce roman est aussi génial, c'est en grande partie grâce à eux, qui apporte chacun une pierre à l'édifice qu'est cette oeuvre forte et importante. Mais évidemment mes chers amis, c'est sans surprise Shorba et Léo qui sont mes coups de coeur absolus, surtout le second, et ce pour des raisons assez différentes. Je vais vraiment avoir du mal à vous parler d'eux sans m'attarder sur leur personnalité et caractère respectif, je m'excuse donc d'avance d'un potentiel spoil, et si vous désirez lire ce roman, je vous recommande de passer au paragraphe suivant. On peut dire qu'au début du roman, Shorba est l'antipode de Léo. L'adolescent est le typique cliché du jeune qui ne fait rien de sa vie et qui passe son temps à fumer et discuter avec ses potes. Pourtant, dès le début, le lecteur sent qu'il y a quelque chose derrière cette façade quelque peu repoussante. Et ça, c'est Léo qui va le révéler. Léo est le personnage mystère du début du roman. Etant dans la tête de Shorba (Bachir de son vrai prénom), nous découvrons sa personnalité petit à petit, de part ses paroles et ses agissements. C'est de suite quelqu'un qui m'a plu que ce trentenaire (si je ne dis pas de bêtise) hippie, qui se démarque des autres par sa façon de penser et ses agissements contre la bourgeoisie. Il m'a un peu fait penser à Robin des Bois des temps modernes, mais avec quelques nuances que je vous laisserais découvrir. Son caractère décontracté et son sourire permanent ont fait que je me suis immédiatement attaché à lui, et que je l'admire un peu quelque part, comme Shorba finalement. Il est à noter que l'auteur offre quelques petites apartés sur le passé de Mr. Léo, qui nous aide à comprendre ce personnage complexe et hors du commun. J'ai souvent eu la sensation que Léo s'est rapproché du jeune homme car celui-ci lui rappelait sa propre jeunesse, et qu'il se comportait ainsi comme un grand frère (ce qui est le cas, sans aucun doute). Quant à Shorba, j'ai aimé ses rêves, ses désirs de liberté, cette innocence teinté de maturité qu'il a dans la vie, ce regard fort et singulier sur les événements qui sont les conséquences de sa rencontre avec Léo. Je me suis souvent dis que Shorba avait encore beaucoup de choses à apprendre, et que c'était ce que son "grand frère" lui transmettait, et que nous étions les victimes collatérales de cette enseignement. En effet, notre regard évolue beaucoup durant cette lecture, sur des sujets tel que l'immigration, la prison et les conditions de détention ou encore la religion. Gaspard Flamant, à travers ses personnages, nous apprend à avoir un regard plus critique sur des sujets parfois difficile à aborder dans une société comme la nôtre. C'est ce qui fait la singularité des protagonistes, et plus largement de ce roman.



"- Faut pas laisser la haine sur les murs, qu'il a dit, ça nique le crépi !" 


Dans la continuité du paragraphe précédent, le romancier a vraiment su capter mon attention avec une plume faite d'encre et de bitume. Il arrive à rester moderne dans les dialogues de ses personnages avec les expressions que l'on emploie aujourd'hui, en transmettant des émotions, le rire, la frustrations et presque les larmes à certains moments. Le tout reste très agréable à lire, avec des figures de style, de véritables citations (j'ai essayé de récolter les meilleurs) et des réflexions moralistes. Le rendu est excellent, et contribue pour ma part au coup de coeur général qu'est cette oeuvre. Et dire que c'est son premier roman... Encore un talent à suivre ! 




"-Putain, on avait raison avec Zak : t'es vraiment un paysan !!
- Fais pas le malin, je t'ai vu avec le potager de Madame Hashmi... Alors ? Tu vas le faire ? Tu vas aller la vivre, ton aventure à l'autre bout du monde ?"






Je crois l'avoir déjà dis, mais vous vous doutez que "Shorba, l'appel de la révolte est un énorme coup de coeur pour ma part, le premier de cette année 2018. Sans trop m'étendre, je vous recommande absolument de le découvrir, de part sa force et plus simplement son importance dans la société d'aujourd'hui ! L'histoire, les personnages, l'écriture, tout est réuni pour vous faire passer un moment exceptionnel tout en vous apportant quelque chose en plus, ce quelque chose qui définit les coups de coeur !

Les insoumis du blizzard de Fanny Abadie

Auteure : Fanny Abadie

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 416 pages

Année de sortie : 2018








Cinq adolescents vivent dans la même communauté – Josh, le dénicheur, les sœurs Nejda et Liv, Afick et le pauvre Babak. Ils n’ont jamais connu que la neige, le blizzard et la glace : le froid intense a envahi l’Europe depuis des années, décimant une grande partie de l’humanité. Coupés du monde, ils endurent des journées rythmées par l’emploi du temps que leur imposent les adultes : Ilvina, Tamund le médecin-cuistot, Hélène et le chef Kelsang. Ceux-ci vivent mal le déclin de la communauté. Kelsang, surtout, est obsédé par l’idée d’assurer une descendance à leur groupe.

Mais cela fait longtemps que la procréation est devenue artificielle ; et, dans cet environnement hostile, il ne dispose pas des moyens technologiques pour créer des embryons…






Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Une magnifique couverture et un communiqué de presse pour tout teaser de ce roman Exprim', sorti en février 2018. J'avais vaguement lu quelques lignes sur internet, qui le décrivaient comme un livre futuriste, qui sort des sentiers habituels de la collection (mais quels sentiers me direz-vous, tellement il en existent...). Moi qui est toujours aimé ce que nous propose Sarbacane, voyons ce que ça a donné cette fois encore ! 







"Comme elle ne reçut aucune réponse, elle cogna plus fort. Entre les coups, le silence. Pour autant, elle n'arrêtait pas de frapper le mur. Au moins, ça la réchauffait." 


C'est une histoire très fermée qui nous ait proposée cette oeuvre. En effet, les (nombreux) personnages présents restent 98% du temps dans le bâtiment principal, qui est d'ailleurs cartographié dès la première page du roman, à savoir la Vieille Bourse. Le lecteur assiste donc à un quasi huis-clos. Et figurez-vous, messieurs dames, que vous avez derrières ces lignes un très grand fans de huis-clos, mais si il n'en a pas lu énormément à ce jour ! Les intrigues, révélations, les émotions découlent donc des secrets et des relations que développent chacun des protagonistes de l'oeuvre. Oui oui, vous pouvez vous frotter les mains, c'est bien tout un menu alléchant que nous avons là. Pour ma part, j'y ai goûté pour environ 70% du livre (j'aime décidément beaucoup les pourcentages aujourd'hui). Les dialogues, découvertes, tensions m'ont vraiment transporté, comme si j'étais une sorte de caméra observant ces petites choses en tant que spectateur d'une sorte de télé-réalité très plaisante. Mais... Pour les 30% restants, le spectateur que je suis s'est ennuyé. En effet, j'ai trouvé que l'auteur tournait un peu en rond avec les attitudes, les intrigues des personnages, comme un certain manque d'évolution de la situation. En conséquence, j'ai parfois lâché le roman pendant plusieurs jours avant de le reprendre pour continuer ma lecture. L'autre conséquence concerne la fin, sur laquelle je suis... Mitigé. C'est une fin ouverte, logique, qui pouvait se sentir venir quelques dizaine pages avant, même si cela n'est pas dérangeant pour le lecteur. A contrario, à l'image de ce qui se passe dans ces dernières pages, j'ai trouvé cette chute assez précipitée, rapide, légèrement bâclée par Fanny Abadie, mais je pense aussi, après réflexion, que ça peut être un effet voulu par la romancière, par soucis de réalisme. Ceux qui auront découvert comme moi cette histoire partageront je pense mon avis : il faut une suite à ce bouquin. Pas que l'on reste sur notre faim (si peut-être un tout tout p'tit peu), mais je crois qu'il serait dommage d'en rester là, avec tout le potentiel que recèle les protagonistes et l'univers proposé par l'auteur, avec pourquoi pas une narration en deux temps, à voir... 


"Mirren leva son petit visage vers elle. Sa peau pâle, ses yeux transparents lui donnaient l'air d'un fantôme."


Parlons peu, Parlons bien, parlons personnages. Ceux-ci sont très nombreux, 11, si l'on veut être précis. Le roman débute d'ailleurs par une sorte de prologue, qui explique rapidement l'état du monde en 2330, mais qui liste également chacun des comparses, leur âge, ainsi que les liens qui existent entre eux. J'ai eu peur de les confondre, de ne plus savoir qui était qui, mais ça s'est très dissipé, car la romancière arrive parfaitement à les différencier. Je vais pour ma part éviter de tous vous les énumérer, les présenter en détail ainsi que de donner mon avis sur chacun. Pour faire simple : nous avons ici affaire à 5 adultes et 6 adolescents/enfants. Chacun des grands à un rôle bien défini, avec à leur tête le chef de groupe : Kelsang. Les plus jeunes aident les grands et les assistent dans les tâches et les corvées du quotidien. Fanny Abadie concentre son livre sur les adolescents, leur place dans le groupe, leurs sensations dans cette vie cloîtrée, dans un monde en ruine. Je me rends compte en écrivant que j'ai un avis très précis pour chacun d'entre eux, et qu'il serait très très compliqué de faire une généralité ou de ne pas parler de certains d'entre eux, car ils ont tous un rôle déterminant dans l'histoire. Je vais encore essayer de faire simple : nous avons donc deux fratrie + deux adolescents uniques. La première fratrie est composée de deux filles, à savoir : Nejda, 15 ans, et sa soeur Liv, 14 ans. La seconde contient Baback, 16 ans, et sa petite soeur Mirren, 10 ans, dont la mère fait partie du groupe (Cette dernière est le personnage que j'ai le plus détesté, mais je vais vous en reparler). Viennent ensuite Afick et Josh, 16 et 15 ans. Ces p'tits loups ont chacun un caractère bien fort (Liv, Neyda...) ou plutôt passif (Josh...). Chacun apporte clairement une pierre à l'édifice de ce bouquin, puisque vous l'aurez sans doute vu au résumé, c'est de leur avenir dont il s'agit. J'ai mes petites préférences, notamment Josh, de qui j'adore le comportement calme mais très réfléchi à la fois. Au contraire, l'impulsivité des deux soeurs a eu tendance à m'agacer, même si là encore je pense que c'est un effet voulu par l'auteur. La complémentarité et les qualités de chacun rendent ce petit groupe stable et sympathique pour le lecteur, malgré les nombreuses difficultés à surmonter. Là où ça se complique pour moi, c'est le côté des adultes. Je ne me suis attaché à aucun d'entre eux, et Hélène (la fameuse mère) est sans doute l'un des personnages les plus égoïstes et détestables que j'ai rencontré cette année, même si on peut l'expliquer avec son passé. Pour résumé ce (trop) long paragraphe, j'ai une affection particulière pour les ado/enfants, qui m'ont offert de très bons moments durant ma lecture. 


"Ils étaient stupéfaits de découvrir qu'il suffit parfois de décider des événements pour qu'ils adviennent."


Sans casser trois pattes à un canard, j'ai bien aimé l'écriture de Fanny Abidie, qui offre une certaine fluidité à son histoire, en gardant toujours en ligne de mire l'action de ses personnages, sans plus décrire le monde extérieur (ce qui n'est absolument pas nécessaire pour moi, au contraire). Elle réussit parfaitement à alterner entre ses différents protagonistes sans emmêler le lecteur pour le moindre du monde. Que du bon en l'occurrence ! 


"- Qu'est-ce qu'on en a à foutre de la liberté quand on est mort comme des cons ?"




Ce roman m'a amené bien des surprises, autant dans sa forme (le nombre de personnages, le huis-clos) que dans le fond (l'histoire en elle-même avec ce rapport à la reproduction). Si j'ai été une bonne partie du bouquin, j'ai trouvé quelques redondances sur la fin et une chute quelque peu précipitée. Une bonne lecture donc, mais qui ne frôle pas non plus le coup de coeur !

Un classique et un contemporain : Thérèse Raquin d'Emile Zola et La Balafre de Jean-Claude Mourlevat

Holà tout le monde ! On se retrouve aujourd'hui (après une trop longue absence) pour un format de chronique un peu expérimental. En effet, je vais ici vous parler de deux romans très différents, pratiquement opposés, comme vous avez pu le constater dans le titre. Je trouve ça un peu plus sympa, ce format condensé, plutôt que d'une chronique longue et qui pourrait paraître inintéressante (surtout que je n'avais pas le contenu nécessaire pour faire une chronique complète). Alors, sans plus attendre, c'est parti ! On commence par le premier roman de Jean-Claude Mourlevat, intitulé La Balafre !


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Olivier vient d'emménager dans un hameau perdu. Un soir, l'adolescent est attaqué par le chien des voisins qui se jette sur la grille avec une rage terrifiante. Ses parents pensent qu'il a rêvé, car la maison est abandonnée depuis des années. Olivier est le seul à croire à l'existence de l'animal, le seul à voir une petite fille jouer avec ce chien. Obsédé par ces apparitions fantomatiques, Olivier veut comprendre... 







J'ai déjà lu énormément de bouquins de Jean-Claude Mourlevat depuis que j'ai commencé à faire de la lecture ma passion (vous pouvez d'ailleurs retrouver pas mal de chroniques de ses romans sur ce blog). Oui oui, je suis ce que l'on peut appeler un fan, oui. Je me devais, en conséquence, d'enfin découvrir son premier roman, sorti en 1998, qui surplombait mes étagères depuis plus d'un an déjà ! 

C'est un roman court, mais des plus intenses !
Le lecteur se retrouve plongé au coeur d'une sombre aventure mêlant Histoire, souvenirs, récit de vie... Tout ceci idéalement orchestré par l'auteur ! J'ai trouvé très pertinente la plume de Mourlevat, qui ne s'embourbe pas sous des tas de détails sans importances pour la trame initiale. Il nous signe ici un très bon roman, que je ne classerais toutefois pas non plus dans mon top des trois préférés. 

Le romancier nous immerge complètement dans son livre par le biais de son personnage, Oliver, dont nous suivrons les pensées tout au long de l'histoire, grâce à l'utilisation de la première personne. En effet, l'auteur nous fait comprendre à travers de petites phrases ou mots qu'Olivier, déjà grand, raconte cette histoire qui lui est arrivé pendant son adolescence. Ces espèces de petites ellipses rajoutent un effet de suspens et font que l'on a toujours envie d'en savoir plus sur la suite de l'oeuvre. Ce procédé, que j'ai déjà vu être utilisé plusieurs fois (dans Thérèse Raquin notamment, dont je vous parle juste après) m'a toujours été agréable, car il intrigue, fait se poser des questions au lecteur, qui se demande comment tel ou tel a fait pour en arriver là. Ce fût un bon point dès le début, pour ma part du moins. 

La suite ne fût qu'une succession de révélations, de situations périlleuses, qui gonflent le coeur de stress pour Olivier, de suspens, et de découvertes aussi. N'ayant pas lu le résumé à l'avance, j'ai été réellement surpris de découvrir la direction que prenait l'auteur dans son histoire, et avec quelle facilité tous les petits indices et éléments dissimulés concordaient dans ce sens. Je me suis d'ailleurs plusieurs fois demandé qu'elles furent les inspirations de l'auteur pour cette oeuvre, et s’il avait commencé par imaginer le début ou la fin. 

Jean-Claude Mourlevat, même son tout premier roman, ne me déçoit absolument pas (y arrivera-t-il un jour ?) et arrive même, au contraire, à me surprendre, une fois de plus. C'est en écrivant ces quelques lignes que je me rends compte à quel point sa bibliographie est diversifiée et exceptionnelle. Cela ne présage que du bonheur pour la suite, avec son petit dernier, intitulé "Jefferson". 


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Thérèse a été élevée par sa tante dans le but d’’épouser son fils, un homme au tempérament maladif. Bientôt, elle ne supporte plus cette vie cloîtrée, ni ce sinistre passage du Pont-Neuf où Mme Raquin installe sa mercerie. Toute sa sensualité refoulée s’’éveille lorsqu’’elle rencontre Laurent, un peintre raté dont elle devient la maîtresse. Les amants décident de noyer le mari. L’’âpreté, la sexualité, le crime. Zola est déjà Zola dans ce mélange puissant de roman noir et de tragédie, dans cet implacable réalisme social et humain.





Plus j'avance dans ma scolarité, plus les lectures de cours se font nombreuses (et cela ne devrait pas s'arranger, avec la première Littéraire qui se profile à l'horizon) et Thérèse Raquin fût la lecture majeure de mon année de seconde ! Peu d'entrain à l'idée de cette lecture au début, puis, avec le contexte, quelques renseignements sur l'Oeuvre majuscule de Zola, et je ne voyais plus sous un si mauvais oeil ce classique. 

Il faut tout d'abord savoir que le réalisme n'est absolument pas mon mouvement littéraire de prédilection, moi qui suit plutôt fans des Romantiques. Les premières pages du roman n'ont fait que confirmer cette impression, avec cette écriture très détaillée qu'affectionnent des auteurs tels que Zola ou Balzac, avec laquelle j'ai le plus grand mal, trouvant ça lourd et dénudé de toute intérêt. Et pourtant, au fil des paragraphes, j'ai réussi à me créer un chemin au coeur du passage du Pont-Neuf, pour rejoindre Camille et ses compères. Je dois bien admettre que ce style d'écriture me dérange de moins en moins, je pense qu'il fallait simplement un petit temps d'adaptation, voilà tout. 

De là, j'ai vraiment réussi à apprécier (ou plutôt détester) chacun des personnages de cette aventure. Zola précise dans sa préface qu'il voulait avec son livre effectuer une étude des caractères et tempéraments de ses personnages, et je trouve qu'il s'en sort à merveille, contrairement à  ce que purent en penser les critiques lors de sa sortie. Thérèse et Laurent nous sont ici dévoilés dans leur intégralité, dans la plus profonde noirceur de leurs âmes, et ce d'une manière quasi neutre et parfaite, tout comme les autres personnages de l'oeuvre. On peut ainsi se faire son propre avis sur les attitudes, caractères, tempéraments, agissements, comme le désire l'auteur. 

Je pourrais vous parler durant des heures de cette histoire et de ses protagonistes, l'ayant étudier en détail, avec en prime un exposé sur une problématique très précise. J'ai, à ma grande surprise, été très touché et pris par cette histoire sombre et déroutante. Pour un premier classique étudié en détail, c'est plutôt pas mal non ? 



Emile Zola, malgré mes quelques préjugés, a su me désarmer et me surprendre avec une oeuvre noire, détaillée, brusque mais non moins prenante et intéressante. Moi qui doit lire "Au Bonheur des Dames" durant l'été, notre relation auteur-lecteur commence bien !


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C'est tout pour aujourd'hui, n'hésitez pas à me donner votre avis pour que j'améliore ce nouveau format par la suite. Peut-être le referais-je avec plus d'oeuvres (trois ou quatre), et pas seulement des romans, qui sait !

mardi 26 juin 2018

Naissance des coeurs de pierrre de Antoine Dole

Auteur : Antoine Dole

Maison d'édition: Actes sud junior

Collection : Romans ado

Nombre de pages : 160 pages

Année de sortie : 2017






Dans quelques jours, Jeb va entrer dans le Programme. C’est la loi du Nouveau Monde : à douze ans, chaque enfant de la communauté doit commencer un traitement qui annihile toutes les émotions, dans le but de préserver l’équilibre de la société. Mais Jeb ne peut s'y résoudre, quitte à se mettre en grand danger… Nouvelle au lycée, Aude subit tous les jours de nouvelles moqueries et insultes de la part des autres élèves et trouve refuge dans les bras de Mathieu, un surveillant du lycée. Un premier amour qui va faire naître en elle des sentiments aussi intenses que dévastateurs. Deux destins qui vont mystérieusement se croiser, deux personnages brutalement arrachés au monde de l'enfance et de la douceur.






 J'ai découvert Antoine Dole il y a quelques temps déjà, lors d'une rencontre au salon de Metz, en 2016. Depuis, j'ai dévoré "Ce qui ne nous tue pas" et je désirais vraiment lire ses autres titres, comme "K-cendres" ou "Je reviens de mourir". Une rencontre à Montreuil et une discussion plus tard, le destin en a décidé autrement, et c'est aujourd'hui avec son dernier ouvrage, intitulé "Naissance des coeurs de pierre", que je me présente à vous, pour vous en parler comme d'un livre coup de poing, qui m'a transporté, choqué, surpris. 






"Mais Jeb n'y arrive pas. A seulement onze ans, son être entier bouillonne, en état d'appétit permanent. Il passe le plus clair de son temps à tenter de contenir une onde qui ne cesse d'en générer une autre, puis une autre, puis encore une autre."


Une fois n'est pas coutume, j'ai décidé, avant ma lecture, de parcourir la quatrième de couverture, pour satisfaire une certaine curiosité face à une couverture et un titre si mystérieux. Et, pour le coup, on change complètement de registre ! A savoir : une double-narration, un univers assez futuriste, une histoire d'amour qui pourrait paraître un peu cliché… Beaucoup de promesses en apparence, et connaissant Antoine Dole, pas mal de messages subtilement dissimulés dans son récit... 



"-Aude, ça ne me gêne pas.
En disant ça d'une voix ferme, pour que les mots se plantent bien au milieu de son crâne à elle, il mêle ses doigts aux siens. Et avant qu'elle ne puisse hésiter, l'explosion est totale dans son coeur quand il presse ses lèvres contre les siennes. Mathieu l'embrasse."
 


Un roman qui mêle deux histoires bien distinctes, avec pour chacune d'entre elles une aventure différente, avec son intrigue, ses enjeux, son suspens. Tout au long de ma lecture, j'ai alterné les moments où j'avais envie d'avancer dans l'une ou l'autre de ces deux aventures. Elles sont très différentes l'une de l'autre, avec, comme je le disais plus haut, un registre assez éloigné pour chacune. C'est aussi ce qui fait le charme de cette oeuvre, quand j'y repense. En vérité, je n'ai cessé durant ma lecture de donner ma préférence pour l'un ou l'autre des passages, tant l'auteur a réussi à porter mes intérêts et mes interrogations aux grés de ses mots. Toutefois, j'accorderai ma petite préférence aux passages narratifs de Jeb, que j'ai trouvé plus rythmés et intéressants que ceux d'Aude et son histoire d'amour, même si je suis loin de m'être ennuyé durant ma lecture ! J'ai vraiment trouvé bien et original ce style d'histoire, avec cette grosse révélation finale inattendue que l'on obtient à la toute fin. Je m'étais imaginé plusieurs scénarios possibles, celui-ci compris, sans que jamais l'auteur ne nous dévoile de vrais indices jusqu'aux trois-quarts de son oeuvre. J'ai tout de même pris mon temps durant ma lecture, en lisant à peine plus de quelques chapitres par soir, pour bien prendre le temps d'assimiler ce que j'étais en train de découvrir. Attention, je ne suis pas du tout en train de dire que cette histoire est très complexe et qu'il faut être au maximum de sa concentration pour la lire. J'ai juste pris mon temps pour la lire, c'est différent ;-) 




"Tout ça n'a plus d'importance.
Plus rien n'en a.
Pour ça, il faudrait encore avoir l'énergie de lutter."


J'ai sincèrement une préférence pour Jeb par apport à Aude, même si cette dernière est plus proche de moi en âge que le jeune garçon. J'ai vraiment trouvé ce dernier plus travaillé, plus profond et subtil, avec toute une réflexion sur les émotions et les sentiments qu'il nous offre. A contrario, j'ai trouvé Aude parfois trop superficielle, même si je suis quasi-certain que c'est quelque chose désiré par l'auteur pour là encore, nous mettre en garde sur certains dangers (c'est un autre but pour moi de cette histoire) de cette chienne de vie. J'ai parfois eu du mal à creuser plus loin avec ces petits défauts, et je me répétais souvent : "Même si c'est une situation très compliquée qu'elle vit, elle pourrait à certains moments réagir autrement", même si là encore, on retrouve une évidente volonté d’exagération pour interpeller. Jeb, quant à lui (vous avez vu, je me mets aussi à alterner mes avis, on s'adapte !), il m'a semblé plus réaliste, et ainsi plus proche du lecteur. J'ai ressenti d'avantage d'émotions par Jeb que par Aude par exemple (mais j'ai quand même eu de sacrés coup d'adrénaline avec l'adolescente). Il n'empêche que ces deux-là ne m'ont définitivement pas laissé indifférent, quelque soit la situation et le moment de l'histoire, avec toujours quelque chose a apporté, une réflexion, une émotion... C'est fort. 




"Elle a tout fait pour avoir cette sensation que ses parents l'aiment à nouveau et de ne plus percevoir la déception dans leur regard. Elle a fait ce qu'on attendait d'elle." 


J'ai déjà une petite expérience par le passé de ce qu'est la plume d'Antoine Dole, et je me souviens avoir été assez décontenancé à l'époque, mais dans le bon sens du terme. Cette fois-ci encore, je n'ai absolument pas été déçu, et ce fût un véritable régal tout au long de ma lecture. Toutefois moins poétique que "Ce qui ne nous tue pas", l'écriture du romancier gagne encore en puissance, pour atteindre pleinement le lecteur dans sa subtilité et ses messages habilement dissimulés. Je ne vois que vous dire de plus, car il s'agit là de ce que j'étais venu cherché, et je l'ai absolument pleinement trouvé avec ce roman. 



"Comme une larme, dans le torrent."




Une réussite pleine pour cette prise de risque narrative signé Antoine Dole. Un roman soigné, toujours aussi bien écrit, qui atteint pleinement le lecteur de part sa sensibilité et ses personnages. Une réussite. 

lundi 4 juin 2018

L'atelier d'écriture n°306 de Leiloona : Voyage en pensées...




Cette histoire nous propulse aux abords d'une petite masure, au coeur de la campagne, où les odeurs de foin et de fleurs s'entremêlent au gré de la douce brise de fin d'après-midi. Deux petites sont assises au fond d'un baquet de bois rond, rempli en son fond par quelques centimètres d'eau. La première petite fille, prénommée Maya, observe depuis quelques minutes un buisson rempli de groseilles, à quelques mètres d'elle, tandis que Bérénice, le regard vague, à l'air plus renfermée sur elle-même. Mues par un profond attachement ainsi qu'une proximité exceptionnelle, les deux petites discutent en pensées. C'est Bérénice qui engage la conversation.


B : Qu'observes-tu ?

M : je contemple ce petit taillis rempli de groseilles par centaines. Qu'elles ont l'air juteuses ! J'aimerais tant aller en déguster quelques-unes.

B : Eh bien, qu'attends-tu ?

M : Une petite pointe de soleil, un joli chant d'oiseau, ou que tu viennes avec moi...

B : Ce ne sont là que des excuses ma chère ! Pourquoi toujours repousser quelque chose dont on a envie par simple paresse de l'effort à fournir pour l'obtenir ? La vie ne serait-elle pas trop facile sans ces micros efforts du quotidien ? Tu sais ma chère, tu n'aurais aucune satisfaction à avaler ces groseilles si celles-ci venaient à toi comme te vient une simple pensée. Réfléchis bien à mes paroles.


La petite Maya, songeuse, recentre son regard devant elle, alors que Bérénice se met à son tour à regarder les groseilles au loin. Soudain, mues par une coordination magnifique, les deux fillettes sortent de leur baquet et s'en vont déguster les groseilles, sans autre forme de jugement.


Ce texte a été écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona. La photo a été prise par (c) Laurent Blisson. 

samedi 28 avril 2018

Les quatre gars de Claire Renaud


Auteur : Claire Renaud

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 192 pages

Année de sortie : 2018






Dans la famille, on est quatre gars – et des gars pas très cordiaux. Il y a mon papi, mon père, mon grand frère Yves et moi, 9 ans, Louis. On vit à Noirmoutier – on récolte du sel et on le vend sur le marché. La mer nous sale, nous nourrit, nous apaise et nous éblouit.

Chez nous, ça ne parle pas, ça rit peu. Il faut dire que les femmes sont parties une à une. Depuis, Papa vit comme un bernard-l’ermite dans sa coquille. Papi parle au fantôme de mamie quand il veut un avis sur la cuisson des crêpes. Yves, lui, est accro à la muscu.


Et moi? B
en, moi, j’aimerais bien croire que cette vie, on peut faire mieux que presque la vivre.




Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi !


J'ai vu ce roman tourner sur pas mal de blog et autre Babelio ces derniers temps sur la toile, avec sa couverture bleue foncée qui sent bon la mer et le sel. Alors forcément, au fur et à mesure des semaines, j'ai eu cette petite envie de le découvrir qui m'a chatouillé, puis s'est faite de plus en plus forte, jusqu'à ce que je ne puisse plus tenir... Je l'ai demandé aux éditions Sarbacane, qui ont très gentiment accepté, et je l'ai littéralement dévoré dans les jours suivants ! 





"On s'appelle la famille Dégâts, je vous rappelle... On a une réputation à tenir !"


Claire Renaud nous propulse en plein coeur de Noirmoutier, face à l'immensité de l'Océan Atlantique, aux cotés de ces quatre Gars, les Dégâts, pour les intimes. Dans cette famille atypique, je demande le fils cadet, Louis-Marie, 9 ans. Vient ensuite Yves-Marie, l'aîné, âgé de 17 ans, puis leur père Jean-Marie, et le père de ce dernier, Pierre-Marie. Le lecteur, quant à lui, suit le quotidien de cette tribu dépourvu de toute présence féminine à travers le point de vu de Louis, le plus jeune de tous.



"Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille"


Ce texte m'a vraiment fait voyager. J'ai été transporté dans la vie de Louis, et ce à chaque fois que je posais mes yeux sur les lignes de ce livre ne serait-ce que pour quelques minutes, le temps d'entamer un nouveau chapitre. J'ai adoré suivre le quotidien de cette famille, entre les engueulades, l'école et le marché du dimanche. Il faut savoir que dès le début, je suis rentré dans l'histoire les deux pieds joints, avec cette aventure qui commence sur une énième bavure d'Yves pour impressionner les filles. Ensuite ? Ce ne fût qu'une cascade de tracas, de rire, de sourire, de boule dans la gorge, de contraction de mâchoire, de soupir, de battements de coeur. Pour tout vous dire, j'ai ressenti cette même chaleur dans mon ventre que lorsque j'avais découvert Les Belles Vies fin 2016. "Les Quatre Gars" est un pur concentré de toutes ces émotions qui font le quotidien de chacun, et le lecteur les ressent puissance 1000 ! Et finalement, malgré pas mal de disputes entre le père et le reste de la famille, malgré les soucis de tous les jours, j'ai bien eu envie d'y rester, à Noirmoutier ! je m'y suis senti réellement bien, comme lové dans un petit nuage où seul résidait cette histoire (et puis bon, il faut avouer qu'en cette période, plutôt grisâtre, Claire Renaud n'aura aucun soucis à rendre envieux ceux comme moi qui ont l'habitude de passer leurs vacances au bord de l'Atlantique).



"Seulement, même si un jour on la saisit, cette chose, est-ce qu'on sera vraiment heureux ? Est-ce que ça changera quelque chose à nos presque vies ? C'est une vraie question qu'on peut se poser, je crois."


 Que d'odeurs, que de sons, que de bruits ! Les réactions et la spontanéité de Louis n'ont fait que conforter ma sensation de voyage. Tous les personnages de cette histoire m'ont réellement plu ! C'est comme si ils m'avaient adopté au fur et à mesure des pages. Le lecteur connaît toujours mieux cette famille, les réactions, les petites mimiques de chacun. Une bulle s'installe peu à peu. Et qui de mieux que ce p'tit gamin de Louis pour nous conter une telle histoire ? Personne, sans aucun doute. J'ai été attendri par ce personnage que j'ai trouvé très mature malgré son jeune âge. Et comment vous parlez de Louis sans vous parler de sa relation avec son grand-père ? Et même de son grand-père tout court d'ailleurs ? Il s'agit là de quelque chose d'unique, qui met le sourire aux lèvres, d'une beauté sans pareil. Quelque chose, un objet, un récipient, un bol plus précisément, où l'on aurait glissé de la tendresse, des petits gestes, des rires, des larmes, une bonne dose d'émotions. On mélange le tout. Et on obtient une complicité, un attachement à la fois simple et tellement hors du commun. Ce grand-père énergique, rempli d'une joie de vivre et d'une vivacité malgré son âge avancé, qui effectue en quelque sorte un passage de flambeau à un Louis innocent qui n'attend que de croquer la vie à pleines dents. Rajoutez à ce gratin le père d'une chaude froideur et un Yves qui cherche à se muscler pour impressionner dans la chaleur de l'été, et vous obtenez comme une nouvelle famille.


"Parce que parfois, il y a des phrases qui n'ont aucun sens pour nous, alors que pour un autre, c'est lumineux. Si ça se trouve, ma phrase est lumineuse !"


Des personnages portés par des pensées si bien retransmises par Claire Renaud... Celle-ci écrit avec une clarté et précision des phrases si anodines qui cachent en réalité une réflexion folle. Elle utilise pour cela à merveille son personnage de Louis, qui offre au lecteur une vision si innocente mais qui n'en est que plus véritable dans cette chienne de vie. J'ignore totalement si ce récit est autobiographique ou si la romancière conte l'histoire de quelqu'un de proche, mais j'ai été soufflé par sa faculté à se mettre à la place d'un garçon de 9 ans et d'être capable de nous montrer ce qu'il voit et ressent avec une telle justesse. Des descriptions moindres, fondues dans le récit entre dialogue et réflexion, pour un voyage toujours plus intense aux côtés des Dégâts.


"Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul."




Un voyage, des émotions, des personnages. Un bel exemple de ce qu'est un véritable roman, de ce qu'il peut procurer, et ce qui fait la particularité de sa lecture. Il faut le lire. Absolument.

vendredi 23 mars 2018

Le Premier de Nadia Coste

Auteure : Nadia Coste 

Maison d'édition : Scrinéo 

Nombre de pages : 352 pages

Année de sortie : 2015





À l’origine, il était humain...

Vaïn n’est pas mort. Pourtant, son frère l’a tué. Est-il ressuscité ? Pourquoi le soleil brûle-t-il sa peau ?
Alors que son désir de vengeance augmente, Vaïn ne tarde pas à imaginer que la Nature l’a sauvé de la mort et rendu différent pour éliminer son frère et sa descendance maudite…


La quête d’un immortel depuis le néolithique jusqu’au début de Rome.




Très mauvais élève sur les (jeunes) éditions Scrinéo, que j'ai découvert il y a un peu plus d'un an, aux Imaginales, avec des interviews et des titres mis en avant comme "La voix des Oracles" d'Estelle Faye ou "Les Rois des Fauves" d'Aurélie Wellenstein. Cet ouvrage de Nadia Coste m'avait interpellé lors de sa présentation dans une conférence du créateur de Scrinéo, Jean-Paul Arif (que vous pouvez retrouver ici). Une rencontre l'année dernière à Nancy plus tard avec son auteure, et me voila avec le roman dans les mains, pour mon plus grand plaisir !



Il faut tout d'abord savoir que, malgré son synopsis plus qu'alléchant, ce roman me fait considérablement sortir de ma zone de confort, moi qui suit loin d'être un aficionados des romans parlant de zombie et autres créatures surnaturels, et, à ce que j'ai pu comprendre, il en est de même pour Nadia Coste, qui n'avait jamais écrit un tel roman auparavant. Eh bien mes amis, quelle claque j'ai pris !


Vaïn est le personnage principal de cette oeuvre, et il est également le premier vampire de l'Histoire. Loin d'être un anti-héros, il est toutefois bien loin des personnages principaux "traditionnels" que l'on retrouve dans la plupart des romans. Vaïn est très froid tout au long du roman, autant avec le lecteur qu'avec tous les autres personnages qu'il croisera au cours de son aventure, et j'ai souvent eu le sentiment que lui n'avait justement aucune émotion, et encore moins d'empathie pour son prochain. Nadia Coste nous montre vraiment bien ce processus de déshumanisation avec tous les étapes qui éloignent toujours un peu plus Vaïn de sa condition d'Homme, et de quelle manière celui-ci s'habitue à sa nouvelle vie. J'ai été décontenancé dans un premier temps, mais j'ai finis par réellement m'attacher à lui, jusqu'à être vraiment triste au moment de le quitter, quand j'ai terminé le bouquin. En effet, derrière cet aspect cruel et violent de sa personnalité, avec tous les massacres qu'il perpétue sur la descendance d'Urr, se cache encore des traces d'un homme seul, blessé, qui se pose beaucoup de questions sur sa mission et ce qu'il lui arrive (tout ce côté amènera d'ailleurs tout un pan complet de l'histoire, mais je vais y revenir).  Difficile toutefois de m'identifier à lui, tout comme à son frère Urr, qui représente lui le mythe du Loup-Garou. Quant aux autres personnages, on les découvre au fur et à mesure des traques de Vaïn, difficile cependant de vous en parler sans en dévoiler trop sur la suite du livre...


On retrouve donc les deux frères le jour de la dernière épreuve de l'initiation du plus grand, Urr. Kaïn est alors un adolescent égoïste, qui ne pense qu'à empêcher son frère de réussir. C'est au cours de ces premières pages que Kaïn meurt, puis revient à la vie, pour selon lui traquer son frère, qui est entre temps devenu un loup-garou (oui ça promet !). C'est une aventure haletante, avec énormément d'action, de suspens et parfois des scènes violentes. Nadia Coste nous plonge merveilleusement bien dans la nouvelle vie de Kaïn, avec ses nouveautés et les changements qu'elle implique. Il m'a été pratiquement impossible de lâcher le roman, et quand (malheureusement) j'y étais contraint, c'était pour reprendre avec un plaisir grandissant plus tard ! J'ai adoré découvrir de quelle manière l'auteure allait poursuivre son histoire, avec beaucoup de rebondissements et de surprises à découvrir ! Nadia Coste a découpé son livre en trois parties bien distinctes qui aurait pour moi constituer un tome chacun. C'est comme si elle nous avait offert une saga entière, avec une histoire assez "indépendante" pour chacun des opus qui la composerait. J'ai vraiment eu la sensation en finissant le bouquin d'avoir assisté à la vie complète de Kaïn, avec toutes les principaux passages de ces aventures, et là encore, j'ai adoré !


Nadia Coste possède une écriture très visuelle, ce qui fait que l'on s'imagine parfaitement bien la scène décrite, et rend notre immersion dans cette univers préhistorique encore plus profonde, et finalement, c'est un roman qui se lit extrêmement vite, malgré ses 300 pages ! La fin m'a rendu, comme je le disais plus haut, triste et apaisé à la fois. La boucle est bouclée, avec cette petite référence historique qui m'a énormément plu, d'autant plus qu'elle était vraiment inattendue ! 



Petit coup de coeur pour roman assez dur mais rempli d'action, de suspens et de rebondissement ! Bravo à Nadia Coste !