lundi 6 août 2018

Les Collisions de Joanne Richoux

Auteure : Joanne Richoux

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 288 pages

Année de sortie : 2018





Gabriel et Laetitia entrent en Terminale Littéraire.
Lui, il est brumeux et arrogant.
Elle, elle est fière comme pas possible et cleptomane.
Eux, ils s’ennuient royalement,
et ils ont comme une envie de le faire payer à tout le monde…
Ça tombe bien : cette année, ils vont étudier Les Liaisons dangereuses.,
Forcément, ça va leur donner des idées…
Acoquiner Solal et Ninon, par exemple.
Rendre fou Dorian, l’ex de Laetitia, à l’aide de théories du complot.
Et puis Gabriel, il pourrait tenter de décrocher un rencard avec Mademoiselle Brugnon, la prof d’Arts Plastiques.
Bref : Valmont et Merteuil ont trouvé leurs proies.
Tout est en place. À deux doigts d’exploser.






Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Joanne Richoux a largement rythmé ma fin d'année dernière, puisqu'elle signe l'une de mes lectures préférées de 2017, à savoir Marquise et sa chute couperet. Je me retrouve donc face au nouvel ouvrage de cette formidable romancière, avec pour seules indications une couverture absolument magnifique et quelques mots chipés sur le web. Il sera donc question d'amour cette fois-ci, quelque chose complètement différent de Marquise, en somme. Très bien, voyons ça ! 





"Tout le monde les fixait - il fallait s'y attendre. Certains avec dégoûts, d'autres avec envie. Entre honte et triomphe, ils ont ralenti le pas. Encore. Davantage. Ils rendaient les regards à chacun, sourire aux lèvres. Ils s'en échangeaient entre eux. Prendre l'escalier. On les bouffait des yeux, on les bousculait, on baissait la tête; ils acceptaient tout. Une victoire? Peut-être pas... mais un exploit, incontestablement."


Ce livre est une énorme gifle, et encore, c'est vraiment peu dire. Je ne veux pas trop vous en dévoiler sur l'histoire, cela gâcherait tout l'interêt de l'oeuvre. 'Les Collisions' est un roman qui ne peut vous laisser de marbre. J'ai parcouru quelques avis avant de rédiger cette chronique, et je pense que les personnes l'ayant déjà lu seront d'accord avec moi : c'est un bouquin qui vous marque au fer rouge, que l'on ait apprécié sa lecture ou non. Car oui, je conçois tout à fait qu'on puisse ne pas apprécier cet ouvrage, même si ce n'est pas mon cas. Je ne crois pas non plus que ce soit un livre à mettre entre toutes les mains, car il reste assez complexe et très percutant à la lecture. 'Les Collisions'... Un titre plutôt évocateur sur ce que l'on ressent lorsqu'on le dévore. Cette histoire est un concentré d'émotions, de sensations, de sentiments en tout genre, tout aussi lumineux que sombres, même si la balance penche plutôt pour la noirceur. En effet, que ce soit avec son histoire ou ses personnages, l'auteure nous offre une incroyable vision de l'adolescence dans toute sa complexité. Le lecteur y découvre ainsi l'amour, la passion, la douleur, l'ennui, le besoin de faire mal, le besoin de s'exprimer. Il y perçoit l'importance des silences, l'instinct presque animal qui guide les actions des protagonistes. Et tout cela monte petit à petit, prêt à exploser. Je ne savais pas trop quoi penser de ce livre au début, j'étais un peu pris à contre-pied. Dans mon cas, même si je me suis pris toutes les révélations en pleine figure lors de ma découverte (expédiée en 3 jours tout de même), c'est  ma post-lecture, en repensant à Laetitia et Gabriel, qui m'a fait mesurer l'ampleur qu'a pris ce roman dans mon esprit, et à quel point j'ai été chamboulé par ma lecture. D'après les retours, je suis loin d'être le seul à m'être littéralement pris 'Les Collisions' en pleine tronche, avec la marque de sa magnifique couverture imprimée dans l'esprit pour les nombreux mois à venir. 



"Laeticia est la plus belle catastrophe naturelle au monde." 


Bon, bon, bon... Gabriel et Laetitia. Ces deux p'tits cons que l'on aime tellement. Je les ai autant adorés que détestés, autant admirés que répugnés. Ils (bon surtout Gabriel) ont tantôt été très proches, tantôt très éloignés de moi, et je me suis parfois retrouvé dans leur réaction autant que je m'en suis tenu éloigné. Si ce roman est aussi fou, c'est en très grande parti à cause/grâce à eux. Joanne Richoux découvre ses personnages petit à petit, et le système de narration alternative est un excellent choix pour cela. Aussi complexes que simples dans leurs attitudes, ce sont des protagonistes fouillés qui attrapent peu à peu une âme dans le livre, pour finalement apparaître presque réels au lecteur. Je pourrais vous en parler des heures complètes, tant certaines de leurs attitudes prêtent à débat pendant de nombreux passages de l'ouvrage. Ils dégagent un certain charisme qui fait qu'on retient leur présence, ou leurs paroles... Tout comme les personnages secondaires, d'ailleurs. Ils sont nombreux, tout aussi bien construits que Gabriel et Laetitia malgré le fait qu'ils ne crèvent pas l'écran (ou les pages), possèdent une personnalité qui leur est propre et sont très importants pour le déroulement de l'histoire. Sans trop vous spoliez, ce sont en quelque sorte les pions de l’échiquier géant des Collisions. Et dans le rôle des maîtres du jeux... Laetitia. Gabriel. 



"Mon ange, pourquoi t'es parti ? Les vacances sans toi, c'est comme le Père Noël sans cellulite, les gosses sans morve au nez ou les repas de famille sans le tonton raciste : pourri !" 

Après un Marquise avec une ambiance particulière, presque moyenâgeuse pendant les 9/10ème de l'histoire, on retrouve ici la romancière dans un style très différent, c'est sans doute la première chose que je me suis dis en commençant cet ouvrage. Mais alors, différent dans un sens négatif ou positif ? Et bien, vraiment positif, pour le coup. Tout en gardant une certain
e poésie dans sa plume (en témoigne les citations ajoutées avec mon avis), j'ai trouvé qu'elle avait réussi à rendre les personnages plus proches du lecteur et l'action encore plus réel. J'ai pris un plaisir de dingue à découvrir ce bouquin, et ce un petit peu plus d'un an après ma lecture de Marquise. Un avenir plein de promesses pour cette auteure terriblement sympathique, que je remercie pour cet incroyable moment passé au côté de ses personnages, dans son univers ! 


"Ca y est, Laeticia a compris. 
Un jeux ça se joue jusqu'au bout."




Un incroyable claque que cet ouvrage sombre, terrible, incroyable, fou et addictif. Il se positionne comme l'un des Exprim' phare de cette première moitié d'année 2018. Bravo à Joanne Richoux !

La sauvageonne d'Anne Schmauch

Auteure : Anne Schmauch

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 272 pages

Année de sortie : 2018






« Les vapeurs d’essence, ça ronge les cerveaux.
Regardez mes parents : trente ans qu’ils moisissent dans leur station-essence.
De mon côté, c’est pas beaucoup mieux. J’aime trop la baston pour une fille, à ce qu’il paraît – surtout une fille qui s’appelle Fleur.
Il n’y a bien que mon frère Killian pour relever le niveau. Il a un truc, lui. La musique. Sauf que c’est pas en restant ici qu’il deviendra violoniste.
Alors forcément, quand un type vient nous agoniser à la station avec une mallette pleine d’argent, difficile de résister à l’envie de fuguer pour Paris… »






Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Après un premier ouvrage publié chez Sarbacane dans la collection Pépix en 2015, nous retrouvons cette année Anne Schmauch avec un roman plus sombre, publié cette fois dans la collection Exprim'. Réussite ou échec ? Eh bien... Plutôt une belle réussite. Je vous en dis plus juste en dessous ! 





"A présent qu'on se trouve à la lisière, une grande trouille me tord les boyaux. Je sais qu'il existe un monde au-delà de ce grillage, j'en ai vu les reflets sur Internet. Mais à force de m'en tenir éloigné, j'en ai fais une sorte de rêve innatteignable."


Après une excursion en Grèce Antique, au temps des mythes et légendes, l'auteure nous emmène cette fois-ci dans un décor pour le moins inhabituel : une station-service, perdue dans la campagne française, qui dépérit peu à peu à cause du centre commercial installé à proximité. Le lecteur y fait la connaissance du père, un type assez sanguin et tantôt violent, de la mère, soumise à son mari, du cadet, Kilian, prodige du violon et de l'aînée, Fleur, prodige de la baston. Un joli tableau... Très prenant. Dès les premières pages, le lecteur est parfaitement propulsé dans cet univers rempli par l'essence et les moteurs de voiture, avec une facilité déconcertante. Les premiers chapitres sont dévorés en quelques dizaines de minutes, le bouquin entier en deux jours. J'ai rapidement pris énormément de plaisir à suivre Fleur et son frère dans leurs discussions enflammés à propos de départ, d'évasion loin de cet endroit qu'ils considèrent comme nocif. Le décor planté, j'ai rapidement pensé découvrir une aventure assez fermée, avec la fratrie essayant de partir avec un plan extraordinaire et autres idées saugrenues... Ca aurait pu se passer ainsi. Mais non, pas pour Anne Schmauch, qui propulse ses personnages à Paris, avec pour tout élément déclencheur ce gars un peu louche qui lâche son dernier soupir sous le toit de la station. De là, le huis-clos imaginé se transforme en un presque road-trip dans la capitale parisienne. Un sacré contraste entre le début du livre et la suite, qui n'a absolument pas entaché mon enthousiasme et mon addiction pour cet oeuvre, au contraire. Je me suis souvent demandé comment Anne Schmauch allait tourner son intrigue, et j'ai toujours été agréablement surpris en la matière. On retrouve ainsi des lieux, des personnages pour le moins inhabituels, comme isolés du monde actif. Tout cela donne lieux à des actions, des aventures complètement inattendues, qui font s'écarquiller les yeux de ceux qui les poseront sur cette pépite. C'est un monde sauvage, pour rejoindre le titre, que vont découvrir Fleur et son frère, , qui prend aussi une toute autre tournure le jour que la nuit... Intriguant, n'est-ce pas ? Je ne vous en dis pas plus, peut-être ai-je déjà trop parlé, mais sachez simplement que cette histoire, que ce soit pour son originalité ou son intrigue, vaut totalement le détour ! 


"César chantonne et regarde partout autour de lui, tout excité. Comme si c'était la première fois qu'il faisait du vélo. La première fois qu'il voyait la ville. La première fois qu'il était heureux. Un peu comme moi. Je me suis rarement senti aussi bien. Jamais, en fait."


Ce que j'apprécie aussi tout particulièrement avec cette oeuvre, ce sont sans aucun doute les personnages. Ceux-ci ne sont pas lisses, au contraire, ils sont fouillés, très recherchés, avec des attitudes et des réactions qui leur sont propres. On ressent en chacun d'eux un potentiel, des rêves inavoués, notamment pour le personnage principal, Fleur, qui reste tout de même très renfermée sur elle-même une bonne partie du bouquin, malgré le fait qu'on soit dans sa tête. Le lecteur apprend peu à peu à la connaître, à l'apprivoiser, à l'accepter, à l'adopter. On ne sait pas tout d'elle, elle dit au final rarement ce qu'elle pense vraiment, surtout au début de l'histoire. Fleur, c'est comme un diamant brut, en quelque sorte. Ou une orchidée qui éclot. Peu à peu. Sous nos yeux. Du reste, j'ai grandement apprécié tout son entourage, y compris son frère, que l'on connaît limite plus facilement que sa soeur, même si le lecteur le voit d'un point extérieur. De plus, on s'attache grandement aux différentes personnes que la fratrie croisera sur sa route au cours de son périple, et une fois celui-ci achevé. Cela va sans dire qu'ils sont tous atypiques, et que l'on est vite triste de les quitter, une fois la dernière page achevée. Un savant mélange. La Sauvageonne d'Anne Schmauch, quoi. 


"Le bruit des moteurs, ici, fait une bande-son aux rêves"


Comme je l'ai souvent répété pendant cet avis, les lieux sont une pièce centrale dans cette ouvrage. Et la romancière illumine ces derniers avec des descriptions magnifiques, très réalistes, qui fait que l'on s'imagine vraiment bien les lieux ou se situe l'action. L'action et l'aventure donne un certain rythme à l'ouvrage, qui fait que l'on ne s'ennuie jamais, même durant les moments les plus calmes. Sacré voyage... 


"Alors, quelque chose en moi se fendille. D'abord parce que le quatuor vient de me souffler que ma place est sur les chemins. Ensuite, parce que César a posé ses mains sur mes hanches et ses lèvres dans mon cou." 




Anne Schmauch signe là un roman pleinement réussi, aux nombreux rebondissements, qui offrira un superbe moment à quiconque ose l'ouvrir. A vos risques et périls de devenir accro, et sous peine de le dévorer en quelques heures/jours !

mercredi 1 août 2018

Au bonheur des dames d'Emile Zola


Auteur : Emile Zola

Editeur (original) : Georges Charpentier

Année de sortie : 1883

Nombre de pages : 512 pages 







Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s’amoncellent, éblouissants, délicats. Tout ce qu’une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d’enfer. Denise échoue de Valognes dans cette fournaise, démunie mais tenace.

Zola fait de la jeune fille et de son puissant patron amoureux d’elle le symbole du modernisme et des crises qu’il suscite. Personne ne pourra plus entrer dans un grand magasin sans ressentir ce que Zola raconte avec génie : les fourmillements de la vie.






Quelques semaines seulement après ma lecture de Thérèse Raquin, me revoici plongé dans une œuvre de ce cher Emile Zola. En ayant beaucoup entendu parler au lycée ou même avec mes proches, je décide de jeter mon dévolu sur le Bonheur des dames, qui s'inscrit en tant que onzième volume de la série des "Rougon-Macquart". C'est sans doute le classique qui me tentait le plus en ce moment, avec "L’Assommoir", également signé par ce cher monsieur Zola, et auquel je pense m'attaquer bientôt. Alors, quel avis concernant cette œuvre classique ? Bonne surprise, à l'image de Thérèse Raquin ? Ou déception ? 





"Crever pour crever, je préfère crever de passion que de crever d'ennui !"

C'est en écrivant ces lignes que je me rends compte qu'il va être compliqué de donner mon avis sur ce roman en restant crédible, tout en sachant que celui-ci a été décortiqué, analysé, étudié par les critiques depuis plus d'un siècle. Comme spécifié dans l'introduction, j'avais auparavant beaucoup discuté à propos de cet ouvrage avec beaucoup de monde, je connaissais ainsi le thème global, sans même avoir découvert la quatrième de couverture, à savoir : les grands magasins, la bourgeoisie, le développement d'une nouvelle forme de commerce à Paris en cette seconde moitié du XVIIIème siècle qui coule par conséquent les petits commerces. Des sujets intéressants à priori, et j'étais curieux de découvrir de quoi il découlerait et quelle  intrigue allait proposer Zola pour nous immerger dans ce monde impitoyable. Et globalement, j'ai bien accroché. Il y a certes d'énormes pages de description qui cassent parfois le rythme de la lecture, mais peut-on en vouloir à l'un des plus illustres auteurs réalistes ? Puis, honnêtement, je ne crois pas que le but du romancier était d'offrir une romance palpitante à son lectorat, mais plutôt de rédiger une sorte de témoignage de cette époque en mouvement constant, avec comme symbole cette idylle. En parlant de cette dernière, elle reste quand même prévisible dès les premières pages. C'est en revanche tout ce qu'il y a autour qui m'a subjugué : le magasin, la description des différentes ventes au cours de l'année, le lieux en lui-même ou encore les différents rituels comme le jour de l'inventaire. On ressent derrière cela le travail de l'auteur, avec ces fameux Dossiers Préparatoires auxquels il est fais références à de nombreuses reprises tout au long du bouquin. C'est sans aucun doute en cela que cet ouvrage, et plus généralement toute l'oeuvre de Zola est majeure dans l'Histoire de la littérature française,
véritable loupe sur les moeurs de la société à une époque pleine de rebondissements. 


"- Alors, vous finirez par boire l'argent de Paris, comme on boit un verre d'eau 
- Sans doute. Est-ce que Paris n'est pas aux femmes, et les femmes ne sont-elles pas à nous ?" 


J'ai pas mal étudié le courant réaliste cette année en cours, notamment la façon dont certains comme Balzac ou Zola liaient leurs oeuvres (Les Rougon-Macquart ou encore la Comédie Humaine) à travers des liens de parenté entre les personnages, et ce sur plusieurs générations. Je savais également que j'allais peut-être me retrouver avec un bon paquet de personnages en tout genre, mais j'étais loin d'imaginer ce à quoi j'allais avoir à faire. Au bonheur des dames compte beaucoup, beaucoup de personnages, secondaires comme principaux. Des nobles, des commerçants indépendants, des employés du magasins sans oublier les quelques supérieurs tels les chefs de comptoir ou les lieutenants de Mouret. On s'y perd un peu de temps à autre, mais l'auteur arrive sans peine à les différencier de part des caractères assez hétérogènes les uns des autres. Et si je pouvais choisir mon petit préféré en dehors de Mouret et Denise, desquels je me suis évidemment senti très proche et auxquels je me suis beaucoup attaché, ce serait sans doute Hutin, qui tient l'air de rien l'une des places quelque peu centrale dans cette histoire. En effet, bien qu'il ne soit pas mis en avant par l'auteur, il représente à plusieurs reprises l'élément perturbateur ou du moins déterminant pour la suite de l'oeuvre. Malin, calculateur, son ambition et sa volonté ont pour moi réussi à prendre le devant sur les côtés négatifs de sa personnalité, qui restent tout de même assez nombreux, et qui le rapprochent d'un statut de anti-héros. J'en suis conscient, mais j'aime beaucoup ce personnage, allez donc savoir pour quelle raison. Autrement, comme j'ai dis plus haut, il y en a pour tous les goûts. On se retrouve dans certains plus que d'autres, on s'attache également à certains plus qu’à d'autres. Bref, le Bonheur des Dames vous ouvre ses portes, et avec celles-ci tout un petit peuple qui vit au rythme de cette grande machine ! 


"Vivez donc heureuse, vous qui êtes jeune, et n'empêchez pas les vieux de partir avec leurs idées."


La plume de Zola est absolument sublime, mais ai-je vraiment besoin de le dire ? Les lignes coulent comme du miel dans une petite crêpe (ça se voit tant que ça que j'écris à midi et que j'ai littéralement la dalle ?). Tantôt engagé, tantôt piqueté de métaphores et autres figures de style en tout genre, cette minutie dans les descriptions qui m'avaient quelque peu gêné quand j'ai découvert Zola m'a cette fois-ci subjugué, et ce notamment lors des fameuses mises en ventes d'hiver ou autre. Je ne pouvais vous parler de cet ouvrage sans vous évoquer ces moments qui sont pour moi les meilleurs du livre. C'est sans aucun doute de ces instants dont parlait le résumé lorsqu'il évoquait "le fourmillement de la vie". Ainsi, on retrouve lors de ces jours de vente toute la nouvelle mise en place des rayons orchestrée par le génie d'Octave Mouret, les nouveaux tissus et autres accessoires de mode, et tout ce petit monde qui grouille. Justement, c'est dans ces instants que l'on peut s'y perdre quelque peu niveau personnages, mais on se perd déjà dans cette machine grouillante de vie, alors qu'importe, au final. Le gros bémol réside pour moi en la fin, et ce par une simple phrase : "Tout ça pour ça !". En effet, j'ai trouvé que le tout était tiré en longueur pour nous amener à une fin que je trouve finalement peu marquante, a contrario des moments intenses de lecture que j'ai pu vivre et desquels je parlais au-dessus. Cinq ou six pages en moins, pas plus (pour garder la dernière vente, la plus grandiose), et je pense que j'aurais été séduit de bout en bout. 


"Du reste, pourquoi étalez-vous tant de marchandises ? C'est bien fait, si l'on vous vole. On ne doit pas tenter de pauvres femmes sans défense."





J'ai encore passé un agréable moment de lecture avec un Zola, sans doute meilleur qu'avec Thérèse Raquin. Plus qu'un simple livre, l'auteur pose ici un véritable témoignage d'une époque remplie de mouvements à tous les niveaux. L'écriture et les personnages rajoutent sans conteste un charme à l'ensemble. A lire ! 

lundi 30 juillet 2018

C'est lundi, que lisez-vous ? (30/07)

Il s'agit d'un petit rendez-vous très sympathique, qui permet de récapituler ses lectures du moment, ainsi que celles passées et à venir. Le rendez-vous, initialement créé par Mallou, qui s'est inspiré du rendez-vous intitulé 'It's Monday, what are you reading ?' by One Person's Journey Through a World of Books. Galleane a pris la relève et le récapitulatif des liens se fait maintenant sur son blog, juste ici. Vous connaissez le principe ? C'est parti ! 




J'ai pas mal lu cette semaine en raison des vacances, je dénombre ici pas moins de 3 romans dévorés ! 

















⦁ J'ai commencé ma semaine avec deux romans issus de la collection Exprim' de Sarbacane ! Le premier, la Sauvageonne d'Anne Schmauch, m'a beaucoup plu, avec son lot de personnages et de lieux assez inattendus ! Le second, Les Collisions de Joanne Richoux (l'auteure de Marquise, rien que ça) m'a offert là aussi un très bon moment de lecture, avec une intrigue basée sur la reproduction d'un livre en réel, tel un jeu de rôle ! Intéressant hein ?



⦁ Enfin, j'ai lu d'une traite hier après-midi Brouzouf Tour ou la folle virée de ma grand-mère complètement barrée de Cécile Chartre. Sans casser trois pattes à un canard, on passe un bon moment de lecture, sans prise de tête. Idéal pour une petite lecture de transition. 





   ⦁ J'ai donc commencé ce matin Le projet Starpoint tome 1 : la fille aux cheveux rouges de Marie-Lorna Vaconsin. Une lecture fantastique qui va réellement me faire sortir de ma zone de confort, et pour le coup, le début est assez prometteur ! 


Résumé : 
Pythagore Luchon a 15 ans. Il habite dans la ville de Loiret-en-Retz et s'apprête à entrer en seconde pour une année scolaire sans surprise : travailler - un peu -, écouter de la musique - souvent -, draguer les filles autant que cela lui sera possible, et notamment à l'occasion de la prochaine fête de rentrée pendant laquelle il officiera comme DJ. Il ne se fait aucune illusion sur les railleries qu'il devra endurer au sujet de sa mère - prof de maths au lycée -, ni sur la peine que lui causeront ses passages à l'hôpital pour rendre visite à son père - brillant chercheur en physique quantique, plongé dans le coma à la suite d'une agression. Toutefois, une chose le réjouit : il va bientôt retrouver Louise, sa meilleure amie, la fille du gardien du lycée. Le jour de la rentrée, Pythagore découvre que Louise a apparemment décidé de se passer de leur amitié. Elle s'est liée à une nouvelle élève du nom de Foresta Erivan, dont la présence à ses côtés est d'autant plus intrigante que les deux filles n'ont rien en commun. Louise est une geek passionnée de sciences et d'ingénierie, tandis que la nouvelle élève affiche un look d'un autre genre : elle a les cheveux rouges, s'habille toujours en noir, souvent en cuir, et distribue des gifles à ceux dont elle n'apprécie pas le comportement. À son contact, Louise s'isole de ses anciens amis, se désintéresse de son travail et commence à sécher les cours. Pythagore déplore silencieusement la présence de cette nouvelle élève qui l'irrite autant qu'elle l'attire, jusqu'à ce qu'elle débarque chez lui en pleine nuit pour lui annoncer la disparition de Louise. Elle lui explique que, pour la retrouver, ils doivent passer par ce qu'elle appelle l'« angle mort » des miroirs. Pyth la suit sans se douter qu'il est sur le point de basculer dans un monde parallèle - le monde dans lequel Foresta a grandi, et où Louise est sur le point de se perdre.







⦁ J'ai énormément de romans qui me font dans l'oeil dans ma biblio'. Peut-être Ne Tirez pas sur l'oiseau moqueur d'Harper Lee ou Tortues à l'infini de John Green... On verra bien ! 


Bonne semaine littéraire ! 

mercredi 4 juillet 2018

Shorba, l'appel de la révolte de Gaspard Flamant

Auteur : Gaspard Flamant 

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 216 pages

Année de sortie : 2018






« Depuis qu’on a abandonné le lycée, il nous reste pas grand- chose, à part le pied des tours. Nous, c’est mes deux potes et moi, Shorba.


Mais on a rencontré Léo, et tout a changé.

Léo, c’est un gars de trente balais, un gauchiste vraiment pas de notre monde. Il nous montre des choses qui se passent juste à côté de chez nous mais qu’on n’avait jamais vues. Il nous apprend plein de trucs – des trucs de militants. On danse dans des bidonvilles, on rencontre des sans-papiers. Et pour finir, on a décidé d’ouvrir un squat dans une villa de Bourges pour aider les migrants.

En vérité, pour Shorba, petit rebeu de Vénissieux, cette rencontre avec Léo, c’est une putain de Révolution. »





Je tiens tout d'abord à remercier grandement les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Troisième réception de ce début d'année, après Les quatre gars et Les insoumis du blizzard. Un titre complètement alléchant, un poing rageur sur une couverture à fond bleu et une comparaison avec l'exceptionnel Dans le désordre de Marion Brunet dans le communiqué de presse, voilà comment ce petit Shorba se retrouve au sommet de mes envies du moment, et pour de très bonnes raisons, sans l'ombre d'un doute !





"C'est un conseil ; tu tiens une occasion de faire un truc de fou, c'est tout. C'est Bone qui se tire en Jamaïque." 


Shorba est une oeuvre qui traduit un désir, un sentiment de liberté évident, et ceci se ressent dès les premières pages, avec la présentation des différents personnages. C'est simple, tout dans cette histoire traduit une envie d'évasion, en passant par la couverture et son fond montagneux ou encore la bande son du roman. Vous savez sans doute à quel point je suis client de ce genre d'histoire qui sort des sentiers battus en rassemblant humour, suspens, émotions tout en gardant un fond moral évident. En véritié, lire ce bouquin m'a fait un bien fou. Shorba (Je parle bien ici de l'oeuvre) est vraiment un livre unique et magique, et ce pour beaucoup de raison que j'ai visiblement du mal à vous exprimer (il faut dire que cette version, que j'espère être la définitive, est la quatrième concernant ce livre). Gaspard Flamant m'a vraiment embarqué pour le voyage qu'est son oeuvre. Oui, c'est bien de cela dont il s'agit. Un voyage. Je me suis senti extrêmement proche des personnages, très touché par leurs actions et par les moralités que ces dernières dégagent. Tout cela peut vous paraître flou, car j'essaie en effet de vous en dévoilé le moins possible. J'ai d'ailleurs choisit un résumé très précis, pour que la surprise qui fût la mienne deviennent bientôt vôtre. Excusez-moi, je m'égare, il y a tellement de choses à dire et très peu à la fois sur ce petit bijoux. Revenons à ce que je disais. L'auteur a pris des chemins très différents dans cette histoire, avec un contraste évident qu'il arrive à faire perduré tout au long de l'histoire. On retrouve ce contraste (oui je me répète) entre les paysages et les décors (on parle ici de la différence et de la diversité de "fonds" : campagne/ville, cité/quartier riche...) entre les personnages au sein de l'histoire même, avec des personnalités et caractères totalement opposés et hétérogènes. Il en résulte des décisions, des moments totalement inattendus, surprenants, épiques. Juste incroyable. Je me suis retrouvé happé là dedans avec une facilité, que j'en serais presque devenu violent si l'on se risquait à m'interrompre en pleine lecture. A aucun moment je ne me suis ennuyé. Absolument aucun. Un élément, une action ou encore une parole étaient toujours présents pour me motiver et me donner envie de continuer. Pour preuve, en recherchant des citations pour la rédaction de cet avis, je suis littéralement retombé dedans et ait enchaîné plusieurs chapitres sans vraiment m'en rendre compte, c'est dire la force de ce roman. En y repensant, avec le recul, plusieurs jours après l'avoir terminé (à mon grand regret), je me suis rendu compte que toutes ces aventures, toute cette révolte, car c'est bien de cela dont il s'agit, tous ces personnages, ces métaphores, tout cet incroyable roman, est comme un Carpe Diem engagé. A méditer.


P-S : Ce premier paragraphe a sans doute été le plus compliqué que j'ai eu à écrire depuis que je tiens ce blog. M'en voilà sorti, ça devrait aller mieux pour la suite ! 




"Léo, en vérité, c'était pas juste un hippie. C'était un guerrier." 


Tous les personnages de cette histoire m'ont marqué, même ceux qui sont un peu moins sur le devant de la scène, comme Zak, Youri, Mario et tout ce petit monde si éloigné socialement et culturellement mais à la fois si proche dans ce désir de révolte et de liberté. Ils sont tous géniaux, et j'aurais voulu que l'auteur fasse un focus sur chacun d'entre eux, pour en savoir un peu plus sur leur passé, leur histoire et tout ce qui s'en suit. Je les porte vraiment dans mon coeur, car si ce roman est aussi génial, c'est en grande partie grâce à eux, qui apporte chacun une pierre à l'édifice qu'est cette oeuvre forte et importante. Mais évidemment mes chers amis, c'est sans surprise Shorba et Léo qui sont mes coups de coeur absolus, surtout le second, et ce pour des raisons assez différentes. Je vais vraiment avoir du mal à vous parler d'eux sans m'attarder sur leur personnalité et caractère respectif, je m'excuse donc d'avance d'un potentiel spoil, et si vous désirez lire ce roman, je vous recommande de passer au paragraphe suivant. On peut dire qu'au début du roman, Shorba est l'antipode de Léo. L'adolescent est le typique cliché du jeune qui ne fait rien de sa vie et qui passe son temps à fumer et discuter avec ses potes. Pourtant, dès le début, le lecteur sent qu'il y a quelque chose derrière cette façade quelque peu repoussante. Et ça, c'est Léo qui va le révéler. Léo est le personnage mystère du début du roman. Etant dans la tête de Shorba (Bachir de son vrai prénom), nous découvrons sa personnalité petit à petit, de part ses paroles et ses agissements. C'est de suite quelqu'un qui m'a plu que ce trentenaire (si je ne dis pas de bêtise) hippie, qui se démarque des autres par sa façon de penser et ses agissements contre la bourgeoisie. Il m'a un peu fait penser à Robin des Bois des temps modernes, mais avec quelques nuances que je vous laisserais découvrir. Son caractère décontracté et son sourire permanent ont fait que je me suis immédiatement attaché à lui, et que je l'admire un peu quelque part, comme Shorba finalement. Il est à noter que l'auteur offre quelques petites apartés sur le passé de Mr. Léo, qui nous aide à comprendre ce personnage complexe et hors du commun. J'ai souvent eu la sensation que Léo s'est rapproché du jeune homme car celui-ci lui rappelait sa propre jeunesse, et qu'il se comportait ainsi comme un grand frère (ce qui est le cas, sans aucun doute). Quant à Shorba, j'ai aimé ses rêves, ses désirs de liberté, cette innocence teinté de maturité qu'il a dans la vie, ce regard fort et singulier sur les événements qui sont les conséquences de sa rencontre avec Léo. Je me suis souvent dis que Shorba avait encore beaucoup de choses à apprendre, et que c'était ce que son "grand frère" lui transmettait, et que nous étions les victimes collatérales de cette enseignement. En effet, notre regard évolue beaucoup durant cette lecture, sur des sujets tel que l'immigration, la prison et les conditions de détention ou encore la religion. Gaspard Flamant, à travers ses personnages, nous apprend à avoir un regard plus critique sur des sujets parfois difficile à aborder dans une société comme la nôtre. C'est ce qui fait la singularité des protagonistes, et plus largement de ce roman.



"- Faut pas laisser la haine sur les murs, qu'il a dit, ça nique le crépi !" 


Dans la continuité du paragraphe précédent, le romancier a vraiment su capter mon attention avec une plume faite d'encre et de bitume. Il arrive à rester moderne dans les dialogues de ses personnages avec les expressions que l'on emploie aujourd'hui, en transmettant des émotions, le rire, la frustrations et presque les larmes à certains moments. Le tout reste très agréable à lire, avec des figures de style, de véritables citations (j'ai essayé de récolter les meilleurs) et des réflexions moralistes. Le rendu est excellent, et contribue pour ma part au coup de coeur général qu'est cette oeuvre. Et dire que c'est son premier roman... Encore un talent à suivre ! 




"-Putain, on avait raison avec Zak : t'es vraiment un paysan !!
- Fais pas le malin, je t'ai vu avec le potager de Madame Hashmi... Alors ? Tu vas le faire ? Tu vas aller la vivre, ton aventure à l'autre bout du monde ?"






Je crois l'avoir déjà dis, mais vous vous doutez que "Shorba, l'appel de la révolte est un énorme coup de coeur pour ma part, le premier de cette année 2018. Sans trop m'étendre, je vous recommande absolument de le découvrir, de part sa force et plus simplement son importance dans la société d'aujourd'hui ! L'histoire, les personnages, l'écriture, tout est réuni pour vous faire passer un moment exceptionnel tout en vous apportant quelque chose en plus, ce quelque chose qui définit les coups de coeur !

Les insoumis du blizzard de Fanny Abadie

Auteure : Fanny Abadie

Maison d'édition : Sarbacane

Collection : Exprim'

Nombre de pages : 416 pages

Année de sortie : 2018








Cinq adolescents vivent dans la même communauté – Josh, le dénicheur, les sœurs Nejda et Liv, Afick et le pauvre Babak. Ils n’ont jamais connu que la neige, le blizzard et la glace : le froid intense a envahi l’Europe depuis des années, décimant une grande partie de l’humanité. Coupés du monde, ils endurent des journées rythmées par l’emploi du temps que leur imposent les adultes : Ilvina, Tamund le médecin-cuistot, Hélène et le chef Kelsang. Ceux-ci vivent mal le déclin de la communauté. Kelsang, surtout, est obsédé par l’idée d’assurer une descendance à leur groupe.

Mais cela fait longtemps que la procréation est devenue artificielle ; et, dans cet environnement hostile, il ne dispose pas des moyens technologiques pour créer des embryons…






Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Sarbacane pour cet envoi ! 


Une magnifique couverture et un communiqué de presse pour tout teaser de ce roman Exprim', sorti en février 2018. J'avais vaguement lu quelques lignes sur internet, qui le décrivaient comme un livre futuriste, qui sort des sentiers habituels de la collection (mais quels sentiers me direz-vous, tellement il en existent...). Moi qui est toujours aimé ce que nous propose Sarbacane, voyons ce que ça a donné cette fois encore ! 







"Comme elle ne reçut aucune réponse, elle cogna plus fort. Entre les coups, le silence. Pour autant, elle n'arrêtait pas de frapper le mur. Au moins, ça la réchauffait." 


C'est une histoire très fermée qui nous ait proposée cette oeuvre. En effet, les (nombreux) personnages présents restent 98% du temps dans le bâtiment principal, qui est d'ailleurs cartographié dès la première page du roman, à savoir la Vieille Bourse. Le lecteur assiste donc à un quasi huis-clos. Et figurez-vous, messieurs dames, que vous avez derrières ces lignes un très grand fans de huis-clos, mais si il n'en a pas lu énormément à ce jour ! Les intrigues, révélations, les émotions découlent donc des secrets et des relations que développent chacun des protagonistes de l'oeuvre. Oui oui, vous pouvez vous frotter les mains, c'est bien tout un menu alléchant que nous avons là. Pour ma part, j'y ai goûté pour environ 70% du livre (j'aime décidément beaucoup les pourcentages aujourd'hui). Les dialogues, découvertes, tensions m'ont vraiment transporté, comme si j'étais une sorte de caméra observant ces petites choses en tant que spectateur d'une sorte de télé-réalité très plaisante. Mais... Pour les 30% restants, le spectateur que je suis s'est ennuyé. En effet, j'ai trouvé que l'auteur tournait un peu en rond avec les attitudes, les intrigues des personnages, comme un certain manque d'évolution de la situation. En conséquence, j'ai parfois lâché le roman pendant plusieurs jours avant de le reprendre pour continuer ma lecture. L'autre conséquence concerne la fin, sur laquelle je suis... Mitigé. C'est une fin ouverte, logique, qui pouvait se sentir venir quelques dizaine pages avant, même si cela n'est pas dérangeant pour le lecteur. A contrario, à l'image de ce qui se passe dans ces dernières pages, j'ai trouvé cette chute assez précipitée, rapide, légèrement bâclée par Fanny Abadie, mais je pense aussi, après réflexion, que ça peut être un effet voulu par la romancière, par soucis de réalisme. Ceux qui auront découvert comme moi cette histoire partageront je pense mon avis : il faut une suite à ce bouquin. Pas que l'on reste sur notre faim (si peut-être un tout tout p'tit peu), mais je crois qu'il serait dommage d'en rester là, avec tout le potentiel que recèle les protagonistes et l'univers proposé par l'auteur, avec pourquoi pas une narration en deux temps, à voir... 


"Mirren leva son petit visage vers elle. Sa peau pâle, ses yeux transparents lui donnaient l'air d'un fantôme."


Parlons peu, Parlons bien, parlons personnages. Ceux-ci sont très nombreux, 11, si l'on veut être précis. Le roman débute d'ailleurs par une sorte de prologue, qui explique rapidement l'état du monde en 2330, mais qui liste également chacun des comparses, leur âge, ainsi que les liens qui existent entre eux. J'ai eu peur de les confondre, de ne plus savoir qui était qui, mais ça s'est très dissipé, car la romancière arrive parfaitement à les différencier. Je vais pour ma part éviter de tous vous les énumérer, les présenter en détail ainsi que de donner mon avis sur chacun. Pour faire simple : nous avons ici affaire à 5 adultes et 6 adolescents/enfants. Chacun des grands à un rôle bien défini, avec à leur tête le chef de groupe : Kelsang. Les plus jeunes aident les grands et les assistent dans les tâches et les corvées du quotidien. Fanny Abadie concentre son livre sur les adolescents, leur place dans le groupe, leurs sensations dans cette vie cloîtrée, dans un monde en ruine. Je me rends compte en écrivant que j'ai un avis très précis pour chacun d'entre eux, et qu'il serait très très compliqué de faire une généralité ou de ne pas parler de certains d'entre eux, car ils ont tous un rôle déterminant dans l'histoire. Je vais encore essayer de faire simple : nous avons donc deux fratrie + deux adolescents uniques. La première fratrie est composée de deux filles, à savoir : Nejda, 15 ans, et sa soeur Liv, 14 ans. La seconde contient Baback, 16 ans, et sa petite soeur Mirren, 10 ans, dont la mère fait partie du groupe (Cette dernière est le personnage que j'ai le plus détesté, mais je vais vous en reparler). Viennent ensuite Afick et Josh, 16 et 15 ans. Ces p'tits loups ont chacun un caractère bien fort (Liv, Neyda...) ou plutôt passif (Josh...). Chacun apporte clairement une pierre à l'édifice de ce bouquin, puisque vous l'aurez sans doute vu au résumé, c'est de leur avenir dont il s'agit. J'ai mes petites préférences, notamment Josh, de qui j'adore le comportement calme mais très réfléchi à la fois. Au contraire, l'impulsivité des deux soeurs a eu tendance à m'agacer, même si là encore je pense que c'est un effet voulu par l'auteur. La complémentarité et les qualités de chacun rendent ce petit groupe stable et sympathique pour le lecteur, malgré les nombreuses difficultés à surmonter. Là où ça se complique pour moi, c'est le côté des adultes. Je ne me suis attaché à aucun d'entre eux, et Hélène (la fameuse mère) est sans doute l'un des personnages les plus égoïstes et détestables que j'ai rencontré cette année, même si on peut l'expliquer avec son passé. Pour résumé ce (trop) long paragraphe, j'ai une affection particulière pour les ado/enfants, qui m'ont offert de très bons moments durant ma lecture. 


"Ils étaient stupéfaits de découvrir qu'il suffit parfois de décider des événements pour qu'ils adviennent."


Sans casser trois pattes à un canard, j'ai bien aimé l'écriture de Fanny Abidie, qui offre une certaine fluidité à son histoire, en gardant toujours en ligne de mire l'action de ses personnages, sans plus décrire le monde extérieur (ce qui n'est absolument pas nécessaire pour moi, au contraire). Elle réussit parfaitement à alterner entre ses différents protagonistes sans emmêler le lecteur pour le moindre du monde. Que du bon en l'occurrence ! 


"- Qu'est-ce qu'on en a à foutre de la liberté quand on est mort comme des cons ?"




Ce roman m'a amené bien des surprises, autant dans sa forme (le nombre de personnages, le huis-clos) que dans le fond (l'histoire en elle-même avec ce rapport à la reproduction). Si j'ai été une bonne partie du bouquin, j'ai trouvé quelques redondances sur la fin et une chute quelque peu précipitée. Une bonne lecture donc, mais qui ne frôle pas non plus le coup de coeur !

Un classique et un contemporain : Thérèse Raquin d'Emile Zola et La Balafre de Jean-Claude Mourlevat

Holà tout le monde ! On se retrouve aujourd'hui (après une trop longue absence) pour un format de chronique un peu expérimental. En effet, je vais ici vous parler de deux romans très différents, pratiquement opposés, comme vous avez pu le constater dans le titre. Je trouve ça un peu plus sympa, ce format condensé, plutôt que d'une chronique longue et qui pourrait paraître inintéressante (surtout que je n'avais pas le contenu nécessaire pour faire une chronique complète). Alors, sans plus attendre, c'est parti ! On commence par le premier roman de Jean-Claude Mourlevat, intitulé La Balafre !


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Olivier vient d'emménager dans un hameau perdu. Un soir, l'adolescent est attaqué par le chien des voisins qui se jette sur la grille avec une rage terrifiante. Ses parents pensent qu'il a rêvé, car la maison est abandonnée depuis des années. Olivier est le seul à croire à l'existence de l'animal, le seul à voir une petite fille jouer avec ce chien. Obsédé par ces apparitions fantomatiques, Olivier veut comprendre... 







J'ai déjà lu énormément de bouquins de Jean-Claude Mourlevat depuis que j'ai commencé à faire de la lecture ma passion (vous pouvez d'ailleurs retrouver pas mal de chroniques de ses romans sur ce blog). Oui oui, je suis ce que l'on peut appeler un fan, oui. Je me devais, en conséquence, d'enfin découvrir son premier roman, sorti en 1998, qui surplombait mes étagères depuis plus d'un an déjà ! 

C'est un roman court, mais des plus intenses !
Le lecteur se retrouve plongé au coeur d'une sombre aventure mêlant Histoire, souvenirs, récit de vie... Tout ceci idéalement orchestré par l'auteur ! J'ai trouvé très pertinente la plume de Mourlevat, qui ne s'embourbe pas sous des tas de détails sans importances pour la trame initiale. Il nous signe ici un très bon roman, que je ne classerais toutefois pas non plus dans mon top des trois préférés. 

Le romancier nous immerge complètement dans son livre par le biais de son personnage, Oliver, dont nous suivrons les pensées tout au long de l'histoire, grâce à l'utilisation de la première personne. En effet, l'auteur nous fait comprendre à travers de petites phrases ou mots qu'Olivier, déjà grand, raconte cette histoire qui lui est arrivé pendant son adolescence. Ces espèces de petites ellipses rajoutent un effet de suspens et font que l'on a toujours envie d'en savoir plus sur la suite de l'oeuvre. Ce procédé, que j'ai déjà vu être utilisé plusieurs fois (dans Thérèse Raquin notamment, dont je vous parle juste après) m'a toujours été agréable, car il intrigue, fait se poser des questions au lecteur, qui se demande comment tel ou tel a fait pour en arriver là. Ce fût un bon point dès le début, pour ma part du moins. 

La suite ne fût qu'une succession de révélations, de situations périlleuses, qui gonflent le coeur de stress pour Olivier, de suspens, et de découvertes aussi. N'ayant pas lu le résumé à l'avance, j'ai été réellement surpris de découvrir la direction que prenait l'auteur dans son histoire, et avec quelle facilité tous les petits indices et éléments dissimulés concordaient dans ce sens. Je me suis d'ailleurs plusieurs fois demandé qu'elles furent les inspirations de l'auteur pour cette oeuvre, et s’il avait commencé par imaginer le début ou la fin. 

Jean-Claude Mourlevat, même son tout premier roman, ne me déçoit absolument pas (y arrivera-t-il un jour ?) et arrive même, au contraire, à me surprendre, une fois de plus. C'est en écrivant ces quelques lignes que je me rends compte à quel point sa bibliographie est diversifiée et exceptionnelle. Cela ne présage que du bonheur pour la suite, avec son petit dernier, intitulé "Jefferson". 


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Thérèse a été élevée par sa tante dans le but d’’épouser son fils, un homme au tempérament maladif. Bientôt, elle ne supporte plus cette vie cloîtrée, ni ce sinistre passage du Pont-Neuf où Mme Raquin installe sa mercerie. Toute sa sensualité refoulée s’’éveille lorsqu’’elle rencontre Laurent, un peintre raté dont elle devient la maîtresse. Les amants décident de noyer le mari. L’’âpreté, la sexualité, le crime. Zola est déjà Zola dans ce mélange puissant de roman noir et de tragédie, dans cet implacable réalisme social et humain.





Plus j'avance dans ma scolarité, plus les lectures de cours se font nombreuses (et cela ne devrait pas s'arranger, avec la première Littéraire qui se profile à l'horizon) et Thérèse Raquin fût la lecture majeure de mon année de seconde ! Peu d'entrain à l'idée de cette lecture au début, puis, avec le contexte, quelques renseignements sur l'Oeuvre majuscule de Zola, et je ne voyais plus sous un si mauvais oeil ce classique. 

Il faut tout d'abord savoir que le réalisme n'est absolument pas mon mouvement littéraire de prédilection, moi qui suit plutôt fans des Romantiques. Les premières pages du roman n'ont fait que confirmer cette impression, avec cette écriture très détaillée qu'affectionnent des auteurs tels que Zola ou Balzac, avec laquelle j'ai le plus grand mal, trouvant ça lourd et dénudé de toute intérêt. Et pourtant, au fil des paragraphes, j'ai réussi à me créer un chemin au coeur du passage du Pont-Neuf, pour rejoindre Camille et ses compères. Je dois bien admettre que ce style d'écriture me dérange de moins en moins, je pense qu'il fallait simplement un petit temps d'adaptation, voilà tout. 

De là, j'ai vraiment réussi à apprécier (ou plutôt détester) chacun des personnages de cette aventure. Zola précise dans sa préface qu'il voulait avec son livre effectuer une étude des caractères et tempéraments de ses personnages, et je trouve qu'il s'en sort à merveille, contrairement à  ce que purent en penser les critiques lors de sa sortie. Thérèse et Laurent nous sont ici dévoilés dans leur intégralité, dans la plus profonde noirceur de leurs âmes, et ce d'une manière quasi neutre et parfaite, tout comme les autres personnages de l'oeuvre. On peut ainsi se faire son propre avis sur les attitudes, caractères, tempéraments, agissements, comme le désire l'auteur. 

Je pourrais vous parler durant des heures de cette histoire et de ses protagonistes, l'ayant étudier en détail, avec en prime un exposé sur une problématique très précise. J'ai, à ma grande surprise, été très touché et pris par cette histoire sombre et déroutante. Pour un premier classique étudié en détail, c'est plutôt pas mal non ? 



Emile Zola, malgré mes quelques préjugés, a su me désarmer et me surprendre avec une oeuvre noire, détaillée, brusque mais non moins prenante et intéressante. Moi qui doit lire "Au Bonheur des Dames" durant l'été, notre relation auteur-lecteur commence bien !


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C'est tout pour aujourd'hui, n'hésitez pas à me donner votre avis pour que j'améliore ce nouveau format par la suite. Peut-être le referais-je avec plus d'oeuvres (trois ou quatre), et pas seulement des romans, qui sait !